Vendredi, Brest va recevoir Lyon, candidat au titre, et qui possède une des meilleures attaques de Ligue 1. A Lille (0-0, le 14 février), votre équipe s’est surtout signalée par sa rigueur défensive. Doit-on s’attendre au même schéma face à l’OL ?
A Lille, j’ai aimé le résultat, car prendre un point chez le leader, c’est forcément une bonne opération, comptable, mais aussi pour la confiance. J’ai apprécié également notre rigueur. L’équipe a été solide, face à un adversaire qui pratique un football offensif. Nous avions demandé à nos milieux défensifs de se projeter moins vite devant, de conserver un équilibre, et de renforcer notre vigilance défensive. Tout cela a été bien fait. J‘aurais néanmoins voulu qu’on profite un peu plus de certaines occasions. En résumé, je ne veux pas qu’on soit plus solide, au détriment du jeu. Contre Lyon, nous jouerons chez nous, et les joueurs ont davantage de repères. L’OL a du talent, des joueurs qui peuvent marquer à tout moment, mais aussi des moments d’absence, comme on l’a vu lors de sa défaite contre Montpellier (1-2), lors de la dernière journée. Nous chercherons à porter le danger dans le camp lyonnais, comme on l’avait fait à l’aller (2-2).
Après une série difficile, et notamment une défaite face à Metz (2-4), votre formation a su réagir, en continuant à marquer, mais en encaissant moins de buts…
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Il fallait qu’on se rassure. On a eu un match compliqué contre Strasbourg, qui a mené 2-0, mais on a su revenir (2-2). Contre Bordeaux et Rodez, en Coupe de France, l’équipe a été également menée, pour finalement s’imposer 2-1 à chaque fois. De tout cela, je retiens la force mentale des joueurs, jamais abattus après un but encaissé. Et cette rigueur défensive, associée à une volonté de jouer. A Lille, comme je l’ai dit, nous avons peut-être manqué d’audace, mais cela a été compensé par l’état d’esprit affiché et le résultat obtenu.
Aujourd'hui, j'aime regarder Sassuolo ou Brighton, des équipes qu'on peut comparer à Brest
Vous avez été joueur professionnel à Ales, Strasbourg, Rennes et Perpignan. Étiez-vous un défenseur latéral tourné vers l’offensive ?
Oui, car à la base, j’étais milieu de terrain, et je suis devenu défenseur un peu par défaut. J’avais donc cette facette offensive en moi. A l’époque, au début des années quatre-vingt, les latéraux n’étaient pas aussi offensifs qu’aujourd’hui. Quand j’ai débuté ma carrière pro, à Alès, j’avais un entraîneur, Léonce Lavagne, qui me laissait attaquer, puisque j’avais une bonne endurance, une certaine puissance et que j’aimais centrer. Évidemment, quand j’en faisais trop, il me recadrait. Mais j’étais convaincu qu’un défenseur avait un rôle à jouer dans le jeu offensif, tout en gardant en tête que ma première mission était de défendre. L’équilibre a toujours été une priorité.
Avez-vous été influencé par certaines équipes ?
Bien sûr. Je précise quand même qu’à l’époque, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, il y avait très peu de matches retransmis, hormis les grandes compétitions. Mais oui, j’ai aimé les Pays-Bas, l’Ajax Amsterdam notamment. J’étais très intéressé par ce football total, où tout le monde attaquait et tout le monde défendait. Il y avait toujours du mouvement, le ballon vivait, c’était un football de possession avec, souvent, beaucoup de buts. J’ai aimé, aussi, le FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau, puis de Raynald Denoueix. Il y avait cette recherche de l’équilibre, car l’aspect défensif n’était pas négligé.
Le football est avant tout un spectacle
Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui, j’aime regarder Sassuolo, en Italie, Brighton en Angleterre, des équipes qu’on peut comparer à Brest. Mais j’aime aussi regarder des grosses équipes, comme Liverpool, l’Ajax, Manchester City, même si je sais que je n’ai pas l’effectif pour mettre en place des choses comparables à celles de Klopp ou Guardiola. Pour moi, le football est avant tout un spectacle. On vient pour vibrer, pour prendre du plaisir, voir des buts. Je déteste m’emmerder sur mon banc…
Vous préférez donc gagner 4-3 que 1-0…
Oui. Attention, prendre des buts, ça ne me plaît pas. Surtout quand on perd. Mais quand on gagne 4-3, cela veut dire qu’on a pris des risques, qu’on a proposé quelque chose. Je sais très bien que cela demande une très bonne condition physique. Je demande à mes défenseurs de participer au jeu. Les latéraux doivent attaquer, revenir défendre. J’aime aussi que les centraux soient capables de bien relancer. Que des milieux défensifs soient impliqués dans le jeu offensif. Evidemment, cela demande du travail tactique, car il ne faut pas que le milieu défensif aille empiéter dans le secteur d’un attaquant de pointe. Ça, on le bosse à l’entraînement, où le ballon est quasiment toujours présent. Je sais que le football que je prône est exigeant, qu’il comporte des risques.
Un défenseur qui attaque beaucoup peut accuser le coup physiquement, dans les dernières minutes…
Absolument. Il faut doser le travail offensif d’un défenseur comme il faut doser le boulot défensif d’un attaquant. En général, un défenseur aime attaquer ; Un attaquant aime moins défendre. Certains sont plus réticents, mais pour moi, ce n’est pas négociable. Nous ne sommes pas le PSG, une équipe qui a quasiment toujours la possession. Quand on est Brest, il faut que tout le monde fasse son boulot défensif.

Olivier Dall'Oglio

Crédit: Getty Images

Brest a cette réputation d’équipe joueuse, comme l’avait Dijon avant votre licenciement, en décembre 2018…
(Il coupe) Oui, mais ce n’est pas l’attaque à outrance. Avant de bien attaquer, il faut bien défendre. Par exemple, je ne dis pas à mes latéraux de passer leur temps à attaquer. Car je sais aussi, tout en tenant compte du profil de l’adversaire, qu’un défenseur va se fatiguer en multipliant les allers-retours, et donc perdre en lucidité dans les dernières minutes. Cela peut te coûter des points. C’est pour cela que la rigueur est indispensable.
Mais à Brest, il y a une forme de continuité, puisque vous avez succédé à Jean-Marc Furlan en 2019, un entraîneur qui partage une conception du jeu très proche de la vôtre...
Oui. Quand Jean-Marc, après avoir fait remonter Brest en Ligue 1, est parti, les dirigeants souhaitaient engager un entraîneur ayant le même projet de jeu. J’ai cette philosophie de jeu, et si un jour, je dois aller ailleurs, dans un autre club, je ne la changerai pas. A Dijon comme à Brest, nous avons à chaque fois pu nous maintenir en jouant, car bétonner, on ne sait pas faire ! Je pars du principe qu’un joueur doit prendre du plaisir sur un terrain. En match, mais aussi à l’entraînement. C’est pour cela que le ballon est presque toujours présent dans les séances. Parfois, il fait froid, il pleut, on va demander aux mecs un travail physique, tactique, qui n’est pas toujours très marrant. Eh bien, à partir du moment où ils touchent le ballon, cela devient plus ludique.
Le recrutement d’un joueur, c’est le fruit d’un travail entre le staff, le directeur sportif, les recruteurs
Avez-vous des discussions tactiques avec vos joueurs ?
Avec certains, oui. Vous trouverez toujours des joueurs qui manifestent un intérêt plus poussé, qui posent des questions. D’autres se contentent de faire ce qu’on leur demande. A partir du moment où le boulot est fait, c’est le plus important. Mais on remet à chaque joueur un montage vidéo de sa prestation, après chaque match. Évidemment, les vraies discussions tactiques, c’est avec mon staff technique. On travaille sur la vidéo, les stats, car nous avons accès à de nombreux outils. Cela nous permet de mieux connaître les joueurs et de les faire progresser. Avec mon staff, nous échangeons beaucoup, mais à la fin, c’est toujours moi qui tranche. Lors des entraînements, j’ai plus un rôle d’observateur. J’interviens quand c’est nécessaire
Êtes-vous particulièrement impliqué dans le recrutement ?
Oui. On s’intéresse au joueur, mais aussi à l’homme. Il faut bien sûr qu’il corresponde à nos besoins, par rapport à notre projet de jeu. Pour cela, on a les vidéos, notamment. Mais on se renseigne aussi beaucoup sur la mentalité du joueur, comment il se comporte dans le vestiaire, en dehors. Nous avons nos réseaux. Le recrutement d’un joueur, c’est le fruit d’un travail entre le staff, le directeur sportif, les recruteurs. On peut toujours se tromper, mais on limite les risques. Par exemple, on a obtenu le prêt de Jean Lucas (Lyon), qui a voulu venir malgré la concurrence. Il a une très bonne mentalité, et son apport est bénéfique pour nous, car c’est un bon joueur. Ce qui est dommage, c’est qu’il ne pourra pas jouer vendredi, en raison d’une clause dans son contrat…
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