Thomas Tuchel le confirmera mieux que personne : décoller une étiquette ne permet pas toujours de passer Noël en poste. Lui qui était arrivé dans la capitale avec l’image d’un coach qui joue bien mais gagne peu (une coupe d’Allemagne) a empilé pas mal de trophées mais perdu une partie de ses idées en route.
En attendant de savoir si Mauricio Pochettino connaîtra la même fin, il arrive avec un bagage similaire : une réputation, un style, des clubs qui progressent à son contact à défaut d’aller au bout des compétitions et une dernière expérience à l’épilogue contrarié. Dans leur approche tactique, les deux hommes ne sont cependant pas des clones. Apôtre de l’intensité, l’Argentin refuse tout dogmatisme dans la construction des actions et aime que son équipe crée le désordre. Ce qui nécessite des courses et un état d’esprit commun.
Gagner en s’adaptant. Il y a eu beaucoup de très bonnes choses avant, plus trop après, et on ne peut résumer dix ans de coaching à quelques matches. Il n’empêche : pour mieux comprendre l’approche de Mauricio Pochettino, difficile de trouver mieux que ce printemps 2019. En quart de finale de Ligue des champions, Tottenham affronte Manchester City, adversaire qui compte alors 16 points de plus en Premier League et largement favori. Vainqueurs 1-0 à l’aller face à un adversaire conservateur, les Spurs abordent le retour sans Harry Kane et dans un 4-4-2 losange qui coulisse en 4-3-3.
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Le début de match fou voit Heung-Min Son mettre un doublé mais le coach n’est pas totalement convaincu de la viabilité du système, Kevin de Bruyne dézonant sur l’aile pour sortir de la densité et Kyle Walker attaquant Victor Wanyama balle au pied. À peine la consigne de passer en 4-2-3-1 transmise à Danny Rose, le troisième but tombe, puis Moussa Sissoko se blesse, Tottenham bascule en 4-4-2 et la rencontre perd en rythme. Nettement dominé mais toujours cohérent, l’outsider court ensuite beaucoup après le ballon et marque le but de la qualification sur l’un de ses rares temps forts.
Au tour suivant, c’est l’Ajax qui se présente. Battu 1-0 à domicile malgré une vraie domination pendant une heure, Tottenham est mené 2-0 à la pause au retour, fait entrer Fernando Llorente à la place de Wanyama à la pause et impose une énorme intensité. L’incroyable domination individuelle de l’Espagnol (13 duels aériens gagnés en 45 minutes !), ajoutée à une bonne capacité de l’arrière-garde à relancer proprement, étouffe des Néerlandais qui finissent par craquer dans les derniers instants. Victimes de longs temps faibles en quart et d’un scénario défavorable en demi-finale, les Londoniens s’adaptent et sortent deux fois gagnants avant de tomber face à Liverpool en finale.

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Presser pour durer

Comment juger le travail de l’entraîneur à travers ces matches à enjeu – les mêmes où il sera en premier lieu attendu à Paris ? Le premier point concerne sa flexibilité tactique, dans les systèmes comme dans le projet de jeu. Contre Manchester City, alors machine à garder le ballon et créer des espaces, changer la position des joueurs visait à trouver le meilleur équilibre possible. Répondre au problème adverse avant de lui en poser un, l’approche restant réactive et la vitesse des attaquants faisant office de menace permanente en cas de récupération. À l’inverse, face à des Ajacides eux aussi très à l’aise avec le ballon, le tableau d’affichage a obligé à monter le bloc et engager un long bras de fer.
Si le premier contexte, accepter de subir face à meilleur que soi parce qu’on est en position de force, n’est pas celui attendu à Paris (même si c’est la capacité à le faire contre Leipzig qui a sauvé l’aventure européenne), la réussite de l’entreprise est un indicateur positif. La double confrontation contre l’Ajax permet en revanche de tirer d’autres enseignements tant elle ressemble au match-type de Mauricio Pochettino en Premier League : envie d’attaquer l’adversaire peu importe le onze aligné, accentuation de la pression si jamais les choses ne fonctionnent pas. Des courses, du combat, du cœur. Un cocktail qui nivelle le rapport de force individuel.

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"Il demande beaucoup d’intensité. Souvent, on s’entraîne à un niveau d’intensité supérieur à celui des matches, disait Hugo Lloris à France Football il y a un an. Alors, pas tous les jours, sinon on laisse beaucoup de jus. Mais, dans les séances fortes, c’est l’idée." Quatrième du championnat cette saison-là, Tottenham avait pris onze points sur les douze dernières journées et donné l’impression de finir sur les rotules. Dynamique confirmée lors de l’exercice suivant, marqué par un recul du bloc et une perte de résultats. L’évolution du nombre de passes adverses par action défensive, indicateur du pressing, est à ce titre parlant : 7,72 (3e de PL) en 2014/15, puis 6,44 (1er), 7,40 (3e), 7,58 (2e), 9,40 (2e) et 10,98 (11e). En clair, Pochettino a fini par laisser l’opposition construire.

Convaincre Neymar et Mbappé

La corrélation entre résultats et intensité est grande, et peut laisser penser que l’ancien défenseur a du mal à bâtir des équipes qui construisent. La réalité est plus complexe. Parce que le meilleur moyen de presser sur la durée est d’avoir pu s’installer dans le camp adverse, donc de bien attaquer, mais aussi parce que ses passages à l’Espanyol et Southampton dessinent une vraie envie de passer par le sol. Mais ses mots, notamment ceux livrés à El Pais en mai 2019, dessinent un vrai pragmatisme : "À qui appartient le football de possession ? Aux joueurs. On se fait un film qu’il y aurait des entraîneurs qui auraient inventé le football de possession, mais ce n’est pas ça. J’aime jouer avec le ballon. Je veux avoir le ballon autant que je peux. Mais si je n’ai ni les outils, ni les joueurs techniques pour jouer, je dois chercher une approche différente."
Dans toutes ses prises de parole, il évoque les notions d’adaptation, d’attitude et d’intensité – pouvoir faire ce que le jeu demande mais sans s’épargner les efforts indispensables. Influencé par ce qu’il qualifie "d'énergie universelle", une recherche d’harmonie dans le management humain, il y voit la clé du succès. Au point de construire un projet de jeu en accord avec ses hommes à Tottenham, lui qui imposait ses idées à ses débuts en Espagne. Ce qui, dans le contexte parisien, permet d’envisager pas mal de scénarios.
Comment celui qui dans le livre Brave New World disait vouloir que ses équipes "provoquent un désordre contrôlé, qu’elles créent tellement de mouvement que cela ébranle l’adversaire" pourra-t-il associer écoute des joueurs et convictions personnelles ? Pas vraiment habituée aux efforts, la ligne offensive parisienne ne fait les courses défensives que lors de rares grands matches. Une question de mentalité (ni Neymar ni Kylian Mbappé n’ont une VMA de 13 qui forcerait à les sortir à la pause s’ils fermaient les lignes de passes) qui n’a jamais été réglée sur la durée mais attend peut-être son homme providentiel.
La problématique concerne au moins autant ce qui est fait avec ballon. Même quand les choses tournent bien, la plupart des Parisiens le demandent dans les pieds – même en transition. En l’absence des "courses sacrifices" qui ont pour seule vocation d’embarquer des adversaires, la différence vient des inspirations ou de la précision de circuits offensifs. Les premières ont amené Paris en finale de Ligue des champions, et rares sont ceux qui rivalisent avec Tuchel dans les idées en possession. Ancien joueur du club, Mauricio Pochettino arrive avec un petit crédit supplémentaire et une vision moderne de son poste. Mais son histoire sera celle de son prédécesseur : puisque son football n’est pas celui de Neymar et Mbappé, le jeu du PSG dépendra de celui qui se montre le plus convainquant.
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