"Les ennemis de Marseille (on vous met le feu!)
La parole est dans mon camp donc je fais ce que je veux"
On ne saura jamais vraiment si Jacques-Henri Eyraud est un fin connaisseur d'IAM comme il l'a prétendu lorsqu'il est arrivé à Marseille. Mais tout était dans ces deux vers écrits il y a 27 ans par le groupe d'Akhenaton et Shurik'n. JHE aurait dû se méfier. Sur la Canebière, on ne badine pas avec le peuple bleu et blanc, c'est bien souvent lui qui a le dernier mot. La situation était devenue intenable. Jusqu'ici, il avait résisté à tout : des crises institutionnelles (départ de Zubizarreta puis Villas-Boas), des choix stratégiques discutables (prolongation de Rudi Garcia), des comptes dans le rouge, des résultats sportifs médiocres. A Marseille, on peut résister à tout, mais pas à la vindicte populaire.

Une banderole anti-Eyraud déployée dans Marseille.

Crédit: Getty Images

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Eyraud, chantre de la disruption, l'a oublié et a lâché les chevaux : il a désentimentalisé le rapport au club en évoquant le "danger" d'avoir trop de supporters dans les bureaux de la Commanderie puis stigmatisé "l'OM des magouilles". En franchissant la ligne rouge, et à plusieurs reprises, il a concentré comme aucun autre président avant lui la haine et la rancœur de tous les groupes de supporters. "On va repartir au combat", déclarait-il après les insupportables affrontements de la Commanderie. En vérité, il était perdu d'avance pour lui.

La réappropriation du club à ses supporters

Si son règne s'est étiré sans doute plus que de raison, plus de quatre ans tout de même, il le doit à sa ligne directe avec Frank McCourt. Longtemps, le propriétaire américain n'a lu les évènements marseillais qu'à travers le prisme de son président salarié. L'éloignement géographique n'a pas aidé. Mais même depuis Boston, difficile d'ignorer le soulèvement populaire. Il suffit de décrypter cette révolution qu'il incarne pour comprendre que McCourt, sans doute éclairé par Pablo Longoria, son nouvel homme fort, a tout saisi des enjeux de la crise olympienne. Puisqu'il a répété qu'il ne comptait pas vendre mais bien s'inscrire dans la durée, il n'avait pas d'autres choix que de réagir et de tout chambouler.
Ce grand chambardement est d'abord à lire comme une réappropriation du club à ses supporters. Les Marseillais ne se reconnaissaient plus dans cet OM. Les résultats catastrophiques, le départ de Villas-Boas, les états de forme discutables de Payet ou Thauvin n'étaient que l'écume d'un mal bien plus profond : une crise d'identité majeure et inédite. Elle a touché à ce que les Marseillais ont de plus cher : leur légitimité, leur attachement au club et même leur identité phocéenne. Voilà ce qu'il fallait très vite réparer.

Jacques-Henri Eyraud

Crédit: Getty Images

De la tisane au feu de Sampaoli

L'éviction d'Eyraud en est la principale conséquence. Mais pas la seule. Dans son communiqué, McCourt a insisté, plusieurs fois, sur sa volonté de rencontrer les supporters. Avant de se payer une pleine page dans les colonnes de La Provence pour rappeler : "Le moteur de l'OM, c'est la passion de tous ses fans." Mais le véritable deuxième étage de la fusée se nomme Jorge Sampaoli. Si on ne sait pas encore s'il sera le coach capable de relever l'équipe, il est le personnage qu'il faut pour reconquérir le Vélodrome.

"Bielsa-dépendant" et sourires inexistants : Sampaoli, alléchant mais pas sans risque pour l’OM

"Je consommais tellement de Marcelo (ndlr : Bielsa) que j'étais presque devenu comme lui", confiait-il en 2016. Il est aujourd'hui le coach le plus fidèle de l'école Bielsa disponible sur le marché. Tatouages du Che, jeu vers l'avant et héritier de l'ancien idole des virages : Sampaoli apparaît comme celui capable de rallumer la flamme. "L'OM est une passion (...) je sens moi-même cette chaleur", a-t-il déjà fait savoir comme pour souffler sur les braises.
En un communiqué, l'OM est passé des tisanes et de la financiarisation désentimentalisée à la passion incandescente et au feu sud-américain. Pourtant, à son arrivée, Eyraud avait bien cerné le fond du problème sur le plateau de la Provence en citant les Bad Boys de Marseille :
"Ici, c'est Mars, surface rouge, la populace panique
Histoires tragiques, atmosphère tendue, volcanique"
Il a juste oublié de s'y tenir.
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