Le football français est en apnée. Vendredi prochain marquera la reprise du championnat (deux matches par journée de Ligue 1 n'ont pas de diffuseur) sur fond de bataille juridique entre trois acteurs, Canal+, beIN et la Ligue. Et les clubs, dans l'inconnu, restent suspendus à de multiples procédures. "Arrêtez de tourner autour du pot et dites nous si vous allez payer et diffuser le foot": lors d'une audience vendredi matin, les avocats de la Ligue de football professionnel (LFP) ont semblé commencer à perdre patience...
Devant le tribunal judiciaire de Paris, ils ont vigoureusement interpellé beIN Sports et Canal, qui jugent le montant des droits excessif. Les dirigeants de la Ligue sont en effet dans l'urgence avant le redémarrage de la saison vendredi prochain. Samedi 7 août, il n'y a pas de diffuseur assuré pour Troyes-PSG, lors de la première journée, ni pour Metz-Lille le lendemain. Les huit autres matches sont programmés sur Amazon, qui a récupéré en juin 80% des droits de la L1 pour 250 millions d'euros annuels. Cela n'est pas du tout du goût de beIN Sports, qui avait promis, dès 2018, 332 millions d'euros annuels pour seulement deux matches par journée, avant, quelques mois plus tard, de sous-licencier ce fameux "lot N.3" à Canal+ pour le même montant.
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Une camera au Parc des Princes.

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Les deux diffuseurs s'estiment donc discriminés par rapport à Amazon et demandent la renégociation ou la résiliation de ce contrat. Mais la question la plus urgente est la suivante : qui, de beIN ou Canal+, doit honorer le premier versement de 68 millions d'euros TTC le 5 août, et par conséquent diffuser les premières journées ? "Le grand déçu, c'est Canal+ ! Canal fuit et se carapate (alors que) l'obligation est chez Canal, qui doit exécuter sa sous-licence", a lancé l'avocat de beIN Sports devant le tribunal, vendredi.
C'est un moment grave : probablement la majorité des clubs est en risque de cessation de paiements
La chaîne cryptée, de son côté, veut résilier son contrat de sous-licence et laisser à beIN le soin de traiter avec la LFP... Après avoir longtemps agi de concert sur ce dossier, les deux ex-partenaires sont désormais en guerre ouverte. En attendant, "la seule victime c'est la Ligue, les clubs, le foot français et le sport en général", a plaidé vendredi l'avocat de la LFP. "L'écosystème du foot est sur le fil du rasoir. C'est un moment grave : probablement la majorité des clubs est en risque de cessation de paiements", a-t-il repris, fataliste.
La Ligue, qui veut être payée et craint la catastrophique hypothèse de "l'écran noir" (la non-diffusion de certains matches), assigne en référé beIN en vue de faire exécuter le contrat. Dans ce dossier, une décision est attendue mercredi à la mi-journée. En parallèle, beIN assigne lui Canal+ en référé devant le tribunal de commerce de Nanterre, en vue de forcer la chaîne de Vivendi à honorer sa part du contrat. Dans ce volet, une audience est programmée lundi à la mi-journée.

Le lot 3 renégocié ?

Deux décisions cruciales sont donc attendues la semaine prochaine à quelques heures à peine du coup d'envoi de la saison, mais cela suffira-t-il à mettre un terme à la crise ? "Dans l'unique but de protéger (ses) intérêts", le groupe beIN s'est placé sous la protection du tribunal de commerce de Nanterre et une conciliatrice, Hélène Bourbouloux, a été nommée pour tenter de "trouver une solution à l'amiable pour faire face à la crise actuelle", précise vendredi le patron de beIN Sports France, Yousef Al-Obaidly, dans un courrier interne dont l'AFP a obtenu copie.
Cette conciliation, qui peut prendre plusieurs mois, vise à renégocier le montant du "lot N.3" et rappelle avec angoisse une conciliation similaire engagée par l'ancien diffuseur défaillant, Mediapro, à l'automne 2020. Mais cette fois-ci, assure Al-Obaidly dans son courrier, cela ne "concerne pas la solvabilité" du groupe qatarien. Enfin, une autre assignation au fond est engagée par beIN Sports contre la Ligue auprès du tribunal judiciaire, mais celle-ci ne s'ouvrira pas avant novembre. De quoi étirer le chaos pour quelques mois supplémentaires...
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