Depuis plusieurs semaines, voire même plusieurs mois, la question n'était plus vraiment de savoir si Bordeaux allait descendre en Ligue 2. Mais plutôt quand. Le couperet est finalement tombé ce samedi : les Girondins quittent officiellement l'élite après 32 ans. Un jour tristement historique pour un club qui l'est tout autant. C'est également le point final d'une saison agonisante, faite de mauvais choix, de conflits, de rupture, de contestation, de sifflets et, surtout, d'un club et d'une équipe en perdition. Pour le club au scapulaire, autant dire qu'il était devenu impossible d'échapper à cette fatalité.
La genèse de cette descente remonte à presque neuf mois en arrière. Nous sommes alors en plein été. Le 23 juillet, plus précisément. C'est ce jour-là que le tribunal de commerce de Bordeaux donne son accord à la reprise des Girondins par l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez. L'ancien patron du LOSC avait notamment permis d'éviter, un mois plus tôt, un redressement judiciaire après l’annonce d’un accord avec King Street. Quelques jours plus tard, dans une vidéo pour le moins singulière, où l'on y rappelle l'échec des Bleus à l'Euro face à la Suisse, le club annonce la nomination de Vladimir Petkovic. Le sélectionneur de la Nati succède à Jean-Louis Gasset. "Nous sommes tellement fiers de pouvoir recruter Vladimir Petkovic. Il a le profil parfait pour s’inscrire dans un projet long terme avec le Club", annonce Gérard Lopez dans le communiqué. Il va rapidement déchanter.
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Petkovic, l'échec cuisant

Si pas moins de huit joueurs débarquent lors du mercato (Fansergio, Onana, Pembélé, Gregersen...), Bordeaux réalise le pire début de saison possible. Après dix rencontres, le compteur affiche... huit points. Soit le plus faible total dans son histoire depuis le passage de la victoire à trois points. Il y a également quelques claques qui sonnent tout le monde, comme la défaite face à Clermont (0-2) lors de la première journée, encore celle à Nice (4-0), Monaco (3-0) et Strasbourg (5-2). Vladimir Petkovic a beau être sur la sellette, Lopez décide de le confirmer début janvier malgré un classement alarmant (17e).
"Je fonctionne de la façon suivante : commencer à parler d’un ultimatum pour un coach, ça revient à attendre quelques semaines pour le virer, prévient-il. Ce n’est pas du tout le cas ici (...) Aujourd’hui, le classement ne va pas, les raisons sont identifiées depuis plus longtemps qu’une semaine, mais on savait qu’il fallait attendre le mercato pour changer. Mais il est clair que le coach, les joueurs, moi, sommes tous responsables de cette 17e place."
Problème, rien ne s'arrange et Bordeaux s'enlise. Il y a tout d'abord cette défaite historique face à l'OM lors de la 20e journée, faisant tomber une invincibilité vieille de plus de quarante ans. Dix jours plus tard, le point de non-retour semble atteint après l'humiliation sur la pelouse du Stade Rennais (6-0). Mais que nenni. S'il se dit "désolé" par la situation, Petkovic ne démissionne pas et ses dirigeants ne tranchent pas. Le salaire de l'ex-technicien de la Lazio (280 000 euros brut mensuels) n'y est pas étranger. Si les Girondins ont (au moins) un sursaut d'orgueil contre Strasbourg (4-3), la claque reçue à Reims (0-5) est celle de trop : Petkovic est officiellement mis à pied. La direction bordelaise estime qu'il n'est plus l'homme de la situation et que son profil, marqué notamment par son calme inébranlable et son flegme légendaire, n'est plus adapté au contexte dramatique dans lequel le club se trouve.

Koscielny évincé, Guion nommé

En dehors du terrain, la situation n'est pas plus glorieuse. Avec un dossier en toile de fond : celui de Laurent Koscielny. Dans un entretien accordé à Sud-Ouest le 12 janvier, Gérard Lopez annonce le départ de son défenseur. "C'est une décision prise pour des raisons d'orientation stratégique (...) Ce n'est pas pour des raisons économiques puisqu'il a un contrat, cela ne nous fera pas gagner quoi que ce soit. Ça a été discuté avec lui et son entourage. Ce sera fait en bonne intelligence, dans le respect du joueur et de son contrat", lâche-t-il.
Le défenseur aux 51 sélections lui répond rapidement dans les colonnes de L'Equipe : "Le problème est mon gros contrat ? Oui (...) Quand je signe en 2019, c'est GACP et King Street qui sont à l'origine de ce contrat. Depuis, les choses ont changé, et pas qu'un peu. On a changé de propriétaires, il y a eu le Covid, Mediapro... Donc, que mon salaire leur pose problème, je le comprends au vu du contexte économique actuel. Moi, je suis prêt à écouter, je suis prêt à entendre. Mais quitter le navire ? Impossible. En tout cas, pas de cette manière."
Le 31 janvier, cette séparation est toutefois confirmée dans un communiqué. "Le FC Girondins de Bordeaux et Laurent Koscielny ont trouvé un accord pour que ce dernier, dans une fonction qui reste à définir en lien avec sa carrière, puisse contribuer au développement des partenariats à l’international", annonce Bordeaux, qui boucle les arrivées de Josuha Guilavogui, Marcelo, Danylo Ignatenko, et Anel Ahmedhodzic durant le mercato hivernal.
Pour sortir de l'impasse, les Girondins, bons derniers de Ligue 1 à la mi-février, décident de nommer David Guion après un match d'intérim dirigé Jaroslav Plasil. L'ancien entraîneur de Reims a une mission : sauver les meubles et le club. Une mission désespérée, mais pas impossible. Ses deux premiers matches se concluent par deux nuls face à Monaco et Clermont. Pas l'Everest, certes, mais déjà ça de pris. Surtout quand on connaît la suite : trois défaites (Troyes, PSG, Montpellier) et un nul (Lille), juste avant le succès épisodique contre Metz et l'humiliation lyonnaise (6-1).

Costil accusé de racisme

En délicatesse sur le terrain, les Girondins vont voir les turbulences s'aggraver en dehors malgré l'annonce d'une "union sacrée". Tout vole en éclats lors du match face à Montpellier. En supériorité numérique pendant une mi-temps à onze contre neuf, les Girondins tombent (0-2) et perdent leurs nerfs. Les supporters aussi. Il y a tout d'abord cette brouille entre Benoît Costil et Anel Ahmedhodzic, qui jouent pour la première fois ensemble. Mécontent de l'attitude du gardien, le virage sud des Ultramarines laisse alors éclater sa colère contre le portier international aux 179 matches disputés avec Bordeaux. A la mi-temps, ce dernier est interpellé par un leader ultra, durant lequel il mime un geste suggérant que ce supporter est à la solde de la direction.
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Via un tweet, les Ultramarines évoquent "des comportements scandaleux, parfois racistes" de Costil, en y associant le nom de Laurent Koscielny, poussé à la retraite en janvier. La direction bordelaise réagit à cet épisode... 53 heures plus tard. Avec deux versions. Une première où elle confirme "l'existence d'allégations concernant des comportements inacceptables et des propos à caractère raciste qui auraient pu être tenus par des salariés du club". Puis une autre où elle édulcore un passage associant "les joueurs (qui) tiennent par ailleurs à affirmer que ceci ne correspond pas à la réalité de ce qu'ils vivent dans le vestiaire". Plus de deux semaines après ce match, Benoît Costil, défendu par son coéquipier M'Baye Niang, annonce porter plainte contre ces "fausses accusations" et ces "individus mal intentionnés".

Le sabordage de Nantes

C'est donc dans ce contexte que le club au scapulaire compte arracher un maintien qui apparaît de plus en plus comme un mirage. Surtout que le destin semble avoir choisi son camp. Quatre jours après s'être vu refuser le but de la victoire pour un pied hors-jeu de M'Baye Niang face à Saint-Etienne, Bordeaux fait connaissance avec l'invraisemblable à Nantes. Alors qu'ils mènent 2-0 à la mi-temps, les Girondins s'écroulent au retour des vestiaires en encaissant deux buts coup sur coup (2-2). Mais Kwateng parvient quand même à redonner l'avantage aux siens à vingt minutes de la fin (2-3). La suite ? Deux nouveaux buts de Nantes (4-3), un penalty raté de Briand et le coup de massue final de Bukari (5-3).
"Il y a encore énormément de déception, de frustration et d'incompréhension", confie un David Guion dépité dans la foulée. Il le sera encore plus après les revers contre Nice et Angers : "Je ne trouve plus les mots (...) Les joueurs sont incapables de surmonter leurs grosses erreurs individuelles. Le collectif en souffre, il est en difficulté. Il y a encore beaucoup trop de faiblesses. C'est l'histoire de notre saison." Le nul contre Lorient (0-0) la semaine passée condamnait déjà quasiment Bordeaux à la descente. Elle est désormais effective malgré une victoire à Brest pour boucler la saison (2-4). Un triste épilogue qui ne pouvait être différent.
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