Il existe un baromètre imparable pour mesurer la côte de popularité d'un entraîneur passé à la Roma. Deux-trois coups de fil pour prendre le pouls de la ville éternelle, allumer une ou deux radios romaines et (surtout) connaître le sentiment de Francesco Totti. A de nombreuses reprises, celui dont l'avis compte probablement plus que celui du pape s'est montré très élogieux envers Paulo Fonseca, resté deux ans sur le banc giallorosso (entre 2019 et 2021). "Pour moi, c'est un très grand entraîneur qui comprend le football italien et surtout la ville de Rome. Tout le monde m'en parle bien, les joueurs en premier lieu", confiait l'ancien numéro 10 en avril 2020.
Si son aventure romaine a connu bien des turbulences, sur le terrain comme en dehors, Fonseca est toujours parvenu à maintenir plus ou moins le cap. En privé, ce dernier aime en raconter les meilleures périodes, dont notamment une demi-finale de Ligue Europa perdue face à Manchester United, malgré un contexte "compliqué" tout autour de lui. Doux euphémisme. Il ne cache pas non plus les privilèges de vivre dans une telle ville, à tel point que rester y habiter ne lui aurait pas déplu. "Entre moi, le club et les tifosi, il y a un lien très fort qui va rester", confiera-t-il au média portugais SIC peu après son départ. Remplacé par José Mourinho, déjà envoyé au Panthéon après la victoire de la Ligue Europa Conférence la saison passée, le désormais entraîneur du LOSC ne semble plus qu'un lointain souvenir. Mais il a le mérite d'être bon.
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Une personnalité qui séduit et un caractère fort

Si, au compteur, lui ne compte aucun trophée, mais seulement une 5e et une 7e place en deux saisons, avec donc ce joli parcours en C3 en bonus, la personnalité de Paulo Fonseca a beaucoup plu. "Il ne s'est jamais plaint de rien malgré mille difficultés, se remémore Augusto Ciardi, journaliste romain à la radio Teleradiostereo et suiveur du club depuis plus de vingt ans. A peine arrivé, il se retrouve sans directeur sportif, puisque Gianluca Petrachi claque la porte assez rapidement. Il commence sa deuxième saison avec presque plus de méfiance à l'intérieur du club qu'en dehors, les joueurs ont toujours été de son côté. Puis il y a eu aussi l'interruption liée à la pandémie, la vente du club en coulisses... Et malgré ça, Fonseca a toujours été un gentleman. Les tifosi l'ont beaucoup apprécié."
Après une première saison coupée en deux avec la pandémie, l'entraîneur portugais commence la deuxième sans vraiment de repères dans un club à peine vendu à la famille Friedkin. "Il ne savait même pas à qui s'adresser, assure le journaliste transalpin. Le dirigeant à qui parler, c'était Guido Fienga, qui était plus issu de l'administratif et très influencé par les agents. Les Friedkin arrivent le 20 août et font ce qu'ils peuvent sur le mercato. Après avoir construit quelque chose d'intéressant les premiers mois, Fonseca se retrouve pris dans le tourbillon d'un moment historique. Il y a même des rumeurs de licenciement au tout début de sa deuxième saison, qu'il démarre en fin de contrat. Peut-être qu'il aurait dû élever un peu plus la voix et se faire entendre..." Mais s'il doit le faire, ce n'est pas forcément devant les micros. Toujours tiré à quatre épingles, cheveux parfaitement gominés, Fonseca sait aussi se mettre en colère. Edin Dzeko s'en souvient bien.
Janvier 2021. Battue 4-2 par La Spezia en Coupe d'Italie à domicile, la Roma se voit infliger une défaite sur tapis vert pour avoir effectué six changements. Mais le même soir, le Portugais s'embrouille avec Edin Dzeko, son capitaine, qui voulait alors partir. "Il lui retire le brassard et le donne à (Lorenzo) Pellegrini, puis il décide d'écarter Dzeko de son effectif pendant deux ou trois matchs. Fonseca a généralement une bonne relation avec ses joueurs, mais il a aussi de la poigne quand il faut. Déclasser son capitaine et le meilleur joueur de son effectif devant les autres, ce n'est pas tout le monde qui le ferait", prévient Augusto Ciardi.

Paulo Fonseca et Edin Dzeko - 2020-21

Crédit: Getty Images

Quelques mois plus tard, le technicien portugais s'en prend également à la presse italienne. "J'accepte les critiques, pas les mensonges (...) Ce qui a été écrit est injuste et malhonnête", lâche-t-il après la victoire contre l'Ajax Amsterdam en quart de finale de Ligue Europa. En cause : un présumé face à face entre lui et son équipe quelques jours plus tôt après un match nul contre Sassuolo (2-2) à Trigoria.

Un entraîneur qui sait s'adapter...

Dès son arrivée à Rome, Fonseca déclare vouloir mettre un nouveau jeu en place. Un 4-2-3-1 basé sur la possession, offensif et spectaculaire. Ballon au pied, son équipe se positionne en 1-3-3-3 ou 3-1-3-3. Et sans, généralement en 5-4-1. Mais si l'entraîneur portugais a des idées, des principes, des dogmes, il n'en est pas pour autant buté. Après une première partie de saison mitigée, et conscient des difficultés de son équipe, le passage à une défense à trois est décrété. Un bouleversement tactique qui porte ses fruits, limitant ainsi la "Dzeko-dépendance", laissant place à plus de créativité et amenant plus de solutions offensives. Son équipe se transforme en rouleau compresseur en fin de saison. Problème, le retard accumulé est trop important. Et la Roma ne parvient pas à décrocher une qualification en Ligue des champions.

Fonseca et Mancini (Roma Ajax)

Crédit: Getty Images

La suite ? Pas mal de tourments, avec une équipe toujours aussi inconstante sur le terrain et souvent déséquilibrée (58 buts encaissés contre 51 la première saison), des blessures à répétition, une épée de Damoclès au-dessus de la tête et un joli parcours en Ligue Europa qui se termine par une humiliation en demi-finales (2-6 à l'aller contre United, 3-2 au retour).
"C'était une saison caractérisée surtout par les blessures, regrette Augusto Ciardi. Il y avait visiblement eu un problème dans la préparation. Fin mars, l'objectif de la 4e place s'était déjà envolé. Si l'on repense à Fonseca, on a donc quelques regrets avec un sentiment d'inachevé. Pour moi, c'est un très bon coach, peut-être pas un très grand mais un très bon. Mais en raison du contexte et peut-être aussi de certaines limites caractérielles, il n'est pas parvenu à totalement le montrer ici. Je dirais même qu'il est même difficile à juger au vu de tout ce qu'il s'est passé ici durant son passage. Aujourd'hui, le club a de nouvelles ambitions, avec un mercato de haut vol et un entraîneur à la renommée internationale."

... au bilan mitigé

A la Roma, le bilan des deux années de Paulo Fonseca est mitigé. L'homme, loyal et toujours droit, reste apprécié par l'ensemble de l'environnement romain. Mais l'entraîneur, lui, laisse pas mal de regrets. Ses principes de jeu n'ont été aperçus que par bribes, notamment lors de la première partie de l'exercice 2019-2020. Le Portugais a le mérite d'avoir tenté, essayé, se heurtant à un contexte difficile et un effectif aux limites évidentes. Mais lui aussi a commis certaines erreurs, avec des choix qui ont pu parfois interroger. Ses méthodes d'entraînement ont également été contestées. Quelques mois avant son départ, le Corriere dello Sport avait révélé que certains joueurs, "dubitatifs", avaient décidé de se "rajouter du travail sous forme privée".
"C'est totalement faux, nous fait savoir un salarié haut placé du club. Tout n'a pas toujours été lisse, mais nous n'avons jamais eu vent de ces faits. Les joueurs appréciaient Paulo Fonseca, avec qui la séparation a été cordiale. Nous en gardons un bon souvenir et nous lui souhaitons le meilleur avec Lille."
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