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Manchester United - PSG : Old Trafford, théâtre de leurs cauchemars

Old Trafford, théâtre de leurs cauchemars

Le 12/02/2019 à 08:37Mis à jour Le 12/02/2019 à 12:58

LIGUE DES CHAMPIONS - Mardi, le Paris Saint-Germain défie Manchester United en huitième de finale aller de la Ligue des champions (20h45). Une première pour le club de la capitale qui va, de surcroit, découvrir Old Trafford et son ambiance qui n’a jamais réchauffé l’atmosphère. Mais a rarement fait le bonheur des équipes françaises.

La dernière fois que Paris est passé par la cité mancunienne, le club de la capitale n'avait pas fait de crochet par la Sir Matt Bubsy Way, lui préférant l'Etihad Stadium, à l'est de la ville. Un soir d’avril 2016, City et son stade sans histoire étaient venus à bout d'un piètre Paris Saint-Germain, scellant par la même occasion l'avenir de Laurent Blanc. Lundi, pour le J-1, et mardi, à l'heure du rendez-vous majeur, Paris va se trouver plongé dans un tout autre lieu.

Seul Monaco...

Si le car des Parisiens s'arrêtait devant l'enceinte, ceux-ci pourraient voir la statue de la Sainte-Trinité rouge, composée de Sir Bobby Charlton, George Best et Denis Law. Ils pourraient y observer, aussi, le tunnel de Munich et son horloge éponyme, dont les aiguilles affichent, à jamais, l'heure de la tragédie. Ils ne verront rien de tout ça. Ce qu'ils sauront certainement en revanche, c'est que le lieu a rarement fait le bonheur du football français, sinon de certains de ses joueurs, parmi lesquels celui qui a ouvert grand les portes de l'eldorado anglais aux Hexagonaux, Eric Cantona.

Déjà, premier constat : de Strasbourg en 1964/1965 à Saint-Etienne il y a deux ans, aucun club français ne s'est jamais imposé sur la pelouse des Red Devils. Un seul s'y est qualifié, Monaco. C'était en 1998 et au terme d'une soirée inoubliable pour ceux qui l'ont vécue. Pas en raison du maillot bleu et or que portait l'ASM ce soir-là. Mais parce que les Azuréens, avec un David Trezeguet auteur du coup de canon fatal aux Anglais, avaient transformé le rectangle vert des rouges en Fort Alamo et éliminé au courage l'équipe qui allait tout rafler l'année suivante.

D'autres sont passés près de l'exploit, comme Marseille qui avait fait la course en tête avant de flancher sur le fil (2-1, 1999) alors que les hommes de Roland Courbis s'étaient retrouvés à 10 [blessé, Pierre Issa se faisait soigner au moment de l'égalisation, NDLR]. Au début de la même décennie, Montpellier y avait signé une performance XXL en quart de finale aller de la Coupe des Coupes (1-1, 1991) mais avait été condamné au retour par les gants en peau de pêche de Claude Barrabé. Bref, l'histoire se termine souvent mal face à MU.

Sir Bobby Charlton Stand

Sir Bobby Charlton StandGetty Images

Le plus terrible dans tout ça, c'est que l'on ne peut pas mettre les revers sur le compte de l'ambiance incandescente d'Old Trafford, enceinte XXL au silence vertigineux. José Mourinho, qui n’a pas fait grand-chose pour la réchauffer durant ses années mancuniennes, s'était plaint de la froideur locale au début de l'année dernière après une rencontre disputée et gagnée face à Huddersfield. Au moment de répondre à une question sur sa recrue Alexis Sanchez, qui venait de faire ses débuts dans le Théâtre des Rêves, le Portugais y était allé de sa petite pique en direction des fans de MU : "C'était son premier match à Old Trafford. Je pense que les joueurs s'y sentent bien parce que le terrain est grand, la pelouse est belle… même si le stade est silencieux. (…) Ici, ce n'est pas Portsmouth. Je me souviens du temps où ils évoluaient en Premier League. Ils avaient un petit stade mais l'atmosphère était incroyable. Ici, c'est un peu plus calme et moins enthousiasmant".

Spectateurs plus que supporters

Les critiques de Mourinho pouvaient sembler malvenues, compte tenu du spectacle proposé sur la scène par ses ouailles. Problème : l'ancien manager du club n'est pas le premier à regretter qu'Old Trafford soit, niveau décibels, plus proche du niveau d'une cathédrale un jour sans messe que d'un aéroport lors d’un week-end de chassé-croisé estival.

On ne peut pas tout avoir : le stade a suivi la trajectoire du club, devenu une multinationale qui fait la part belle aux spectateurs (et à leurs émoluments) plus qu'aux supporters (et leurs encouragements). Evolution qui s'est emballée au XXIe siècle mais que Sir Alex Ferguson regrettait déjà à l'aube de celui-ci.

La statue d'Alex Ferguson

La statue d'Alex FergusonGetty Images

Roy Keane, capitaine mythique, s’en était également plaint un soir de novembre 2000. A sa manière. La forte. Après une victoire en Ligue des champions face au Dynamo Kiev (1-0), le capitaine des Red Devils avait balancé tout le mal qu'il pensait du public. Avec une tirade restée célèbre et dirigée de plein fouet vers les costards-cravates et visiteurs d'un soir qui squattaient déjà Old Trafford, aux dépens de ceux qui n’en avaient plus les moyens.

"Quand on évolue à l'extérieur, nos supporters sont fantastiques. Ce sont nos fans invétérés. Mais ici, on se demande parfois s'ils comprennent quelque chose au football, avait-il lancé, en colère. A Old Trafford, ils prennent quelques verres et mangent probablement des sandwichs aux crevettes. A l’arrivée, ils ne se rendent pas tellement compte de ce qu'il se passe sur la pelouse. Je pense qu'une partie de ceux qui viennent à Old Trafford ne savent même pas épeler le mot football". La "brigade des sandwichs aux crevettes" - expression désormais consacrée en Angleterre - n’avait pas bronché. Sans doute avait-elle la bouche pleine. Près de vingt ans après, on mange toujours bien à Old Trafford. Et le crustacé reste apprécié.

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