Si vous êtes français et supporter parisien, il y a de fortes chances que Manuel Neuer vous ait gâché votre plaisir à de nombreuses reprises. En 2014, déjà, en stoppant sans sourciller un missile de Karim Benzema lors d’un bel après-midi brésilien, mettant fin au parcours mondial des Bleus. En 2020, un soir d’août dans la chaleur lisboète, en maraboutant Neymar et Mbappé lors d’une finale de Ligue des champions qui aurait pu tourner en faveur du PSG sans l’intervention du cyborg allemand. Entre ces deux matches, six ans qui n’auront pas ressemblé à un long fleuve tranquille pour "Manu".

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Adoubé logiquement en 2014 après le sacre allemand, qualifié de révolutionnaire après sa prestation de libéro face à l’Algérie, solide 3e du Ballon d’Or, Neuer est alors au sommet de la hiérarchie mondiale à 28 ans, âge finalement précoce pour un gardien. Aux commandes d’une Mannschaft amenée à régner sans partage en sélection et leader d’un Bayern Munich toujours aussi impitoyable, l’Allemand n’a personne pour venir contester sa supériorité. Puis vient le tournant : une fracture du métatarse face au Real Madrid le 20 avril 2017 et le début d’une longue période d’incertitude autour de l’ancien prodige de Schalke 04.
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"Carrière en balance" et reconstruction

Pour un gardien connu pour son timing parfait lors de ses sorties, c’est un joli paradoxe : sa saison 2017-2018 sera blanche. Le pire moment possible alors que se profile le Mondial russe et que, dans le même temps, Marc-André ter Stegen brille de mille feux dans la cage barcelonaise. Et son retour n’a rien d’une évidence comme il l’expliquait en décembre dernier à L’Equipe : "À ce moment-là, l'important pour moi était de rejouer au football. Ma carrière était un peu en balance. […] La blessure était très préoccupante car mon pied se fracturait trop souvent. Je ne savais même pas si je pourrais revenir."
Le retour se fait tout juste pour la Coupe du monde où Joachim Löw lui réserve le poste par fidélité, plus que par réelle logique sportive. "A son retour, il y a eu des critiques, évidemment, assure Florian Bogner, journaliste allemand pour Eurosport. Surtout parce que ter Stegen avait tout fait pour mériter son statut de numéro un en Allemagne mais Löw avait décidé de réserver la place à Neuer malgré son absence de matches. Le débat est vite passé au second plan après la performance de l’Allemagne au Mondial 2018". Dans le naufrage, Neuer passe inaperçu. Inhabituel pour lui et presque inquiétant.

Thomas Müller, Manuel Neuer et Julian Brandt lors de Corée du Sud-Allemagne / Coupe du monde 2018

Crédit: Getty Images

Son retour à la compétition n’efface en rien les doutes. Mais le cocon que l’Allemand s’est construit depuis plusieurs années lui permet de croire en son étoile. "Mentalement, il est vraiment très fort, il sait ce qu’il doit faire en toutes circonstances, souligne notre collègue. L’environnement au Bayern l’a beaucoup aidé car ils ont été patients. Il a aussi eu toujours eu Toni Tapalovic à ses côtés, une sorte de coach personnel pour lui. Ils se connaissent depuis Schalke, sont amis et partent en vacances ensemble. Leur relation et la confiance mutuelle entre les deux a beaucoup aidé". "J'ai eu du temps et beaucoup de soutien aussi", confirmait d’ailleurs Neuer.

"L’attaquant ne doit pas voir le but, mais moi"

Sa saison 2019-2020 a fini par remettre tout le monde d’accord : difficile de faire mieux que lui dans les cages. Son expérience, sa lecture du jeu, son sens de la parade et son leadership ont fait de lui l’un des artisans majeurs du triplé munichois de la saison passée. Moins visible que Lewandowski, moins loué que Kimmich ou Müller mais tout autant déterminant. "Je n’ai rien contre Lewandowski mais pour moi, le joueur de l’année c’est Manuel Neuer, avançait d’ailleurs son sélectionneur après la folle saison munichoise. Ce qu’il a arrêté dans ce Final 8 à Lisbonne ! Il a gardé la maison étanche. Une grande part de la victoire est pour lui".
Memphis Depay, Karl Toko Ekambi, Neymar ou Kylian Mbappé ne diront pas autre chose tant l’Allemand aura dégagé une impression d’invulnérabilité à toute épreuve, facilitant l’entreprise du FC Hollywood. "Très peu de temps avant un match, j'analyse les joueurs adverses, expliquait-il encore à L’Equipe. Cela représente cinq ou six joueurs, sur les actions offensives et les coups de pied arrêtés. Donc, il y a des situations qui surgissent dans la tête. Mais des attaquants comme ceux-là ont une telle classe qu'il faut se dire qu'ils feront toujours des choses inattendues. Alors j'essaie de rendre l'angle le plus petit possible, de telle manière que l'attaquant ait le plus de problèmes. En quelque sorte, il ne doit pas voir le but, mais moi. À partir de là, cela ne dépend plus que du geste du joueur et de ma réaction". La sienne est souvent parfaite et ça change tout.
A 35 ans, Neuer n’est pas encore repu. Une aubaine pour le Bayern qui s’était un temps mis en quête d’un successeur que la légende allemande a pris un malin plaisir à frustrer d’entrée. La gardien qui a révolutionné son poste fait désormais figure d’ancien dans un casting de portiers toujours plus modernes. Comme Casillas ou Buffon avant lui, il sait que sa sortie sera commentée et que le moindre signe de défaillance pourrait lui être préjudiciable. Alors, fidèle à sa ligne de conduite, il reste terre à terre : "Je ne pense pas à battre des records de longévité. Je veux juste prendre du plaisir et que mes coéquipiers disent : 'Hey, tu es toujours important pour nous'". Pas de doute, cette phrase, il l’entend encore très souvent. Et pour longtemps.

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