On aurait aimé prendre le temps, vous raconter l’évolution progressive d’un joueur qui a appris à aimer le but. Mais ce serait mentir. Ça lui a pris tout à coup, comme une crise d’adolescence précoce, ce fut brutal, violent et clinique. Et finalement délicieux. Rien de plus beau qu’un joueur qui se révèle à lui-même et aux autres à 30 ans, après une décennie de très haut niveau à un poste dont on pensait qu’il avait touché les limites.
Cette poussée d’acné de buts, c’est celle qu’a connue Ilkay Gündogan depuis mi-décembre. Une 13e journée anodine, face à West Bromwich (1-1) et un but franchement banal après un beau travail de Raheem Sterling. Derrière, ce fut une frénésie, une rage incontrôlable et des compteurs qui s’affolent. Entre le 15 décembre et le 13 février, l’Allemand a disputé 12 matches. Bilan : 11 pions. Sur la période, personne n’a fait mieux en Europe. Ridicule mais vrai : avant d'affronter Mönchengladbach ce mercredi, il est 4e au classement du Soulier d'or européen, derrière Lewandowski (12), Messi (11), Haaland (10) et à égalité avec Alexander Isak, André Silva et Cristiano Ronaldo (9).
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Que diable Gündogan vient faire là ? A cette question, même le principal intéressé avait l’air circonspect : "Je ne sais pas vraiment ce qui a fait la différence", avouait-il cette semaine. Il faut dire qu'elle est conséquente : cette saison, en 27 matches, il a déjà trouvé le chemin des filets 13 fois. Son plus haut total en carrière, déjà, et de loin. Avant cela, l’Allemand n’avait marqué "que" 22 buts en 164 matches. Déjà honorable mais pas spécialement marquant.
Gündogan, c’était ce talent souvent blessé (46 matches ratés avec City depuis son arrivée), parfois dilettante, pas toujours intense dans le football de transition du moment et dont le rôle, entre sentinelle technique mais trop exposé et box-to-box irrégulier, semblait difficile à trouver en Premier League et en Europe. Et puis…

L’ajustement de Guardiola

Le changement, il le doit d’abord à Pep Guardiola. L’ajustement tactique de son coach a provoqué un changement radical pour Gündogan. Second relayeur dans le 4-3-3 des Citizens, l’Allemand est en réalité devenu un grignoteur d’espaces, un amoureux d'intervalles et un instinctif. Explications : en phase de relance, le 4-3-3 des Skyblues passe en 3-2-2-3 avec Cancelo qui vient former un double pivot efficace au milieu. Voilà donc l’ancien du Borussia mieux protégé. Son binôme à la création, Kevin de Bruyne (ou Bernardo Silva voire Phil Foden), reste la rampe de lancement central du jeu citizen. Voilà donc Gündogan mieux assisté. Dans cette symphonie offensive, il incarne le facteur X.

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Libre et sans rôle contraint, il se projette à foison dans la surface adverse pour plonger dans le dos de défenseurs déjà mobilisés par le trio infernal de devant des Citizens. A l’inverse, quand les bolides sur les côtés enclenchent le turbo, il est souvent l’homme en retrait, prompt à finir grâce à une précision diabolique. Une touche que n'avait pas spécialement David Silva, dont il a pourtant fini par prendre la place après le départ du maestro. Autrement dit, le schéma pensé par Guardiola a fait naître un rôle nouveau pour lui, qu’il n’avait pas l’habitude d’autant incarner. Avec la réussite que vous connaissez.

"Il a toujours eu ce petit truc dans la surface"

"J'ai juste l'impression de jouer un rôle plus offensif, avançait-il, pas sûr de son fait. Peut-être que mon désir d'arriver dans les bons espaces a augmenté par rapport aux autres saisons, mais je joue aussi ce rôle offensif maintenant. J'essaie juste d'aider mon équipe autant que possible, mais pas seulement offensivement, aussi défensivement, j'essaie d'être là, j'essaie de gagner des duels, j'essaie de bloquer les tirs, être là où il le faut". Le tout avant de préciser en conférence de presse mardi : "Ce n'est pas parce que je marque plus de buts que je joue mieux". On a envie de lui donner tort.

Ilkay Gündogan (Manchester City)

Crédit: Getty Images

Car sa partition de relayeur moderne, tout en simplicité et vision de jeu, n’a pas changé. Elle a simplement été sublimée par une efficacité rare et donc précieuse pour City, encore privé de sa gâchette Agüero et donc contraint de trouver des réponses (encore) plus collectives. Visiblement, l’idée de Guardiola n’est pas neuve puisque même Mikel Arteta, ancien adjoint de Pep à City et connaisseur du poste, avait aussi noté une certaine aptitude dans le domaine : "Franchement, il a toujours eu ce petit truc dans la surface, expliquait-il avant d’affronter les Citizens le week-end passé. Il a un super timing et une vraie qualité pour finir. Il jouait un peu plus bas avant et n’avait pas vraiment la 'permission' pour faire ça mais c’est un joueur extraordinaire".
La permission, Gündogan ne la demande plus. Il la prend. La crise d’adolescence a beau être violente, elle est salvatrice et franchement régénérante pour un joueur de 30 ans. Et pas sûr que Guardiola joue les pères fouettards cette fois-ci. La maturité lui va si bien.
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