L'Atlético de Madrid est en difficulté. Sur les quatre dernières rencontres, il n'en a remporté qu'une. Sur ses sept dernières, il a encaissé neufs buts, soit autant que sur ses 21 premières. En définitive, les Madrilènes sont en train de vivre le sort que le football réserve à toutes les équipes au moins une fois dans l'année : passer par une période creuse.
Au-devant des excitations d'une presse madrilène qui voit déjà l'Atlético perdre la tête, Simeone dédramatise : "Cette situation nous occupe plus qu'elle ne nous préoccupe. Quand on a un objectif, le plus important est le chemin pour arriver à cet objectif. Et le chemin est rempli de stations par lesquelles il faut passer". Une phrase banale pour rendre compte d'une réalité banale. Il n'empêche que malgré sa normalité, cette baisse de forme est bien malvenue avant d'affronter Chelsea en Ligue des Champions. Une compétition qui comporte son lots de sensations étranges pour les Madrilènes cette saison…

La priorité est à la Liga

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La conquête de l'Europe continue d'occuper les rêves des supporters rojiblancos et il ne faut pas compter sur El Cholo pour jeter une compétition à la poubelle. Pourtant, il existe le sentiment qu'une élimination en huitièmes ne ferait pas office de drame. Cette saison, c'est surtout la Liga qui cristallise les espoirs des supporters de l'Atlético. Si la celle-ci finissait par leur glisser entre les doigts, les regrets seraient éternels. Jamais dans l'histoire de la compétition une équipe trônant en tête du championnat avec dix points d'avance à la trêve n'a été rattrapée. Dès lors, quelle place octroyer à la Ligue des Champions dans le quotidien d'une équipe tournée vers la conquête de la couronne nationale ? Difficile à dire…
D'une part, l'état de forme actuel de l'équipe ne lui facilite pas les choses. Diminués par d'innombrables cas de Covid lors des dernières semaines, les pensionnaires du Metropolitano ont été le collectif de Liga le plus touché par le virus. La bonne entente des joueurs aussi bien sur le terrain qu'en dehors peut avoir des effets collatéraux surprenants… Ensuite, il y a les blessures de Carrasco, Giménez ou encore Herrera, des hommes précieux, ainsi que la suspension de deux mois et demi dont Kieran Trippier fait l'objet pour avoir enfreint les règles relatives aux paris sportifs en Angleterre.
Pour Simeone, l'absence de l'Anglais est en train de s'avérer plus préjudiciable que les autres. L'entraîneur est contraint de bricoler en permanence pour occuper un poste d'extérieur droit pauvrement doublé. La perte de Trippier, c'est aussi la perte du meilleur allié de Marcos Llorente, l'arme la plus indéfendable des Matelassiers en attaque. À eux deux, ils formaient un duo ne se lassant jamais de martyriser les défenses ibériques. En outre, João Félix n'est pas non plus dans la forme de sa vie. Au-dessus de la mêlée en automne, le Portugais doit à présent trouver un nouveau souffle dans une saison où ses performances vont decrescendo. Ajoutons aussi une contrainte qui fait grincer des dents : celle de jouer le match aller à Bucarest plutôt qu'à Madrid.

João Félix

Crédit: Getty Images

L'Atlético peut-il être une exception espagnole ?

Mais à la rigueur, ces cas particuliers seront de l'histoire passée pour le match retour et les Madrilènes auront retrouvé leur allant d'antan. La grande interrogation tient davantage du niveau intrinsèque des Indios en Ligue des Champions que de leur forme du moment. En Europe, les équipes espagnoles sont à la peine et cela n'a rien de surprenant. En une après-midi, n'importe quel spectateur pourrait élucider les causes des maux espagnols : il suffit de comparer le rythme auquel on joue au football en Liga avec le rythme des trois autres grands championnats. Les équipes de Liga attaquent plus lentement que leurs homologues et mal habituées, elles sont incapables de contenir la vitesse des offensives étrangères.
À ce jeu-là, les Colchoneros peut-il être une figure d'exception ? Pourquoi pas. Les hommes de Simeone forment le collectif espagnol le mieux armé pour survivre au rythme de la Ligue des Champions. Dans leurs rangs, ils disposent de plusieurs joueurs aptes à résister à la vélocité imposée par les équipes étrangères. À défaut d'être une garantie au vu du niveau de la Liga, c'est déjà ça. Problème, c'est ailleurs que le bât blesse.
2020/2021 marque la saison où Simeone a enfin obtenu ce après quoi il courrait depuis des années : une équipe versatile, combinant les phases de possession qualitatives avec les phases sans ballon. Cette équipe-là est la synthèse de toutes les versions de l'Atlético que Simeone a développé au cours de ses neufs années sur le banc madrilène. Toutefois, cette synthèse est moins convaincante les mardis et les mercredis. "C'est vrai que ça nous a coûté un peu de nous qualifier, reconnaissait Koke au sujet de la phase de groupe inutilement compliquée vécu par les siens. Mais là ça change totalement. Plusieurs mois se sont écoulés".
Les mots du capitaine peuvent paraître bien optimistes. Sur la scène européenne, "l'Atléti" n'est pas encore capable d'imposer son train de jeu à ses adversaires. Il en résulte un retour fréquent aux fondamentaux dignes de l'Atlético pré-2017, la maîtrise en moins. Ce groupe n'a plus la puissance de feu du passé en contre-attaques, ce qui rend vaine l'application de ce plan de jeu face aux meilleures équipes du continent. Jouer avec Suárez à 60 mètres des buts adverses, c'est se tirer une balle dans le pied. Le cas de l'Uruguayen est finalement un symbole des difficultés des siens en attaque. En Liga, il marche sur l'eau. Il y masque ses carences dans le jeu à coup de buts. Mais en Ligue des Champions, c'est une autre histoire…

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Manque d'efficacité

En quatre rencontres, il n'a cadré que deux tirs, qu'il n'a pas transformés. Et là, ses limites dans le jeu sont impossibles à dissimuler. À l'instar de son numéro 9, la phase de groupe très poussive de l'Atlético a mis en évidence son manque d'efficacité face au but. Il a peu marqué : avec sept buts en six matches, il est l'équipe qualifiée pour les huitièmes avec le total le plus faible de réalisations. Comme toutes les équipes espagnoles dans la compétition, son taux de conversion a été désastreux. Il faut dire qu'il a eu pour coutume de rater des montagnes. Impossible d'avoir de hautes aspirations sans être souverain dans les deux surfaces. C'était précisément sur une intransigeance aux deux extrémités du terrain que reposaient les épopées de 2014 et 2016. Depuis, l'Atlético a gagné en versatilité tout en perdant en compétitivité.
Chelsea ayant aussi ses problèmes, peut-être l'Atlético arrivera-t-il à les battre. Peut-être. Dans tous les cas, l'équipe ne paraît en aucun cas armée pour aspirer à la victoire finale. Mais de la suite de l'Histoire, Simeone s'en préoccupe peu. Le ciel bleu peut bien s'écrouler sur son Atlético, il ne changera jamais la façon dont il aborde ses rencontres : partido a partido, match après match.
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