Il y a des anniversaires qu’on aimerait pouvoir éviter. Mais en 2021, on n’échappe pas aux souvenirs. Chaque jour est une occasion de rappeler que cinq, dix, quinze ou cinquante ans plus tôt, quelque chose d’extraordinaire s’est produit. "On this day" est devenu le marronnier ultime des réseaux sociaux. Pour le PSG, pas besoin de remonter aussi loin. Lundi, ce fut une vague de tweets, de posts Instagram et de vidéos Facebook venus rappeler que la "remontada" était d’un passé finalement encore très récent. Pour les supporters parisiens, on parlera plutôt de traumatisme.
"Je me souviens du lendemain, c’était horrible, nous assure Julien, 40 ans. En arrivant au boulot, je savais que j’allais prendre cher". La cicatrice à vif a longtemps été difficile à refermer. La faute à des scénarii de matches que seul Paris semblait pouvoir offrir, si ce n’est garantir. Alors, forcément, la "remontada" est devenu le mot magique pour parler des possibles défaillances parisiennes. "Je pense que le sentiment de peur n’est pas entretenu par les médias ou par les réactions des supporters, mais avant tout par les performances sportives de Paris. On s’en est quand même pris deux des remontadas !", se marre rétrospectivement Ambroise, 23 ans et supporter depuis son plus jeune âge.

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Climat de peur désagréable

Mais les temps, les joueurs, les entraîneurs et même les directions ont changé. En quatre ans, Paris a surmonté son traumatisme, cassé son plafond de verre européen et connu, lui aussi, son moment d’hystérie collective, après un 8e de finale disputé à huis-clos mais conclu par une fusion avec ses supporters après une qualification arrachée à Dortmund. Alors, quatre ans après, faut-il encore évoquer le fantôme de la remontada ? A cette question, Abdou Diallo, absent il y a quatre ans, n’a pas tourné autour du pot."Rhoo... Vous nous saoûlez avec la remontada !, a-t-il lâché après la victoire à Brest (0-3). C'était avant, il y a des nouveaux joueurs, c'est totalement autre chose. Il n'y a pas de stress par rapport à ça". Un son de cloche que l’on a retrouvé chez beaucoup des supporters interviewés.
"Le terme en lui-même est emprunté aux journaux catalans, et en utilisant ce mot-là, les médias collent aux Parisiens une étiquette de "loser" en fait, estime Antoine. A chaque fois que les journaux emploient ce mot-là, c’est comme si on nous mettait une étiquette sur le front qu’on ne peut plus enlever. Comme si on était au même stade depuis 2017, alors que beaucoup de choses ont changé, on a quand même fait une finale de Ligue des Champions l’an dernier".
"Bien sûr que les médias ont le droit d’utiliser le terme ‘remontada’, on ne va pas non plus faire les autruches comme si c’était une sorte de croquemitaine dont on ne peut pas parler, balaie d’entrée Charles, 21 ans.Ce qui dérange, c’est que ce thème ressorte à des moments particuliers, comme par exemple directement après la qualification du Barça en Coupe d’Espagne. C’est le symbole qui dérange, les médias savent que c’est une formule qui marche, qui est impactante. Le fait de le ressortir avec intensité pour en débattre une semaine avant le match, ça crée un climat qui ne me plaît pas, en tant que supporter parisien". Le coupable idéal est tout trouvé : les médias et leur faculté à ressasser le passé, aussi douloureux soit-il pour certains, quitte à en faire trop.

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Ils pourraient supporter un minimum…
"Je ne pense pas que les supporters cultivent le sentiment de peur, ils s’insurgent plutôt contre le fait qu’on leur répète sans arrêt la remontada, complète Antoine. Par exemple, c’est comme si les journaux catalans qui ont subi les remontées de Rome et Liverpool les deux saisons d’affilée, rappelaient que Barcelone avait pris des raclées les saisons précédentes avant chaque match du Barça. Ils ne le font pas, eux". Une comparaison souvent revenue : les médias français devraient-ils 'supporter' le PSG ?
"Parfois, on a le sentiment qu’ils cherchent toujours la petite bête, nous explique Christophe, 45 ans qui n’est pas supporter de Paris mais s’est plaint d’un de nos tweets évoquant la "remontada" du Barça face à Séville en Coupe d’Espagne. "On a l’impression en lisant les unes des journaux italiens et espagnols qu’ils sont beaucoup plus derrière leurs grosses équipes nationales, quitte à parfois aller taper sur l’adversaire de cette équipe, abonde Ambroise. Nous en France, j’ai le sentiment que la presse sportive est un peu plus neutre, un peu plus lisse, et davantage dans l’information en tant que tel plutôt que dans le supportérisme. Ça ne la rend pas anti-PSG pour autant".

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Tous ne sont pas de cet avis, à l’image de Julien : "Ils pourraient supporter un minimum, réclame-t-il. C’est le dernier club français en Europe, il faudrait quand même un minimum les soutenir. […] La remontada de 2017 a marqué un tournant dans la manière dont est traité le PSG. On a aussi eu Manchester qui a accentué ça. Est-ce que même sans le Covid, TFI aurait fait son journal de 20h en direct de Lisbonne pour la finale de la Ligue des champions l’été dernier comme il l’avait fait à Munich pour l’OM dans les années 1990 ? Je ne suis pas sûr... Paris, c’est un peu le grand méchant loup, c’est comme ça que je le vois". "On a l’impression qu’avant tous les matches de Paris, ses adversaires sont hyper forts mais si Paris gagne, c’est parce que les autres sont faibles", ajoute Christophe.

Sereins mais…

Luc, 28 ans et abonné à Auteuil, est bien loin de tout ça. "Je ne comprends pas pourquoi ça dérange certains supporters, explique-t-il. Le rôle de la presse n’est pas de supporter le PSG. Donc le délire 'il ne faut pas parler de la remontada, ça peut déstabiliser les joueurs', je ne comprends pas". "Je ne veux pas qu’ils supportent le PSG, mais je ne veux pas non plus l’instauration d’un climat de défaite, de doute, d’inquiétude, qui ne sert personne, lui répond Charles. A part si le but est de faire du buzz… […] On ne donne pas en France l’image du PSG comme un club fort qui va s’imposer ".
Alors, pas de remontada et un PSG encore souverain mercredi ? C’est tout le paradoxe. Car s’ils se disent confiants, la peur reste toujours présente. On ne guérit jamais vraiment d’un traumatisme. "Je reste confiant, mais c'est vrai qu’avec le PSG, il y a toujours une mini-part de doute, nous avoue Antoine. On reste prudent et on s’attend à tout avec Paris". "Je ne suis pas inquiet pour mercredi, conclut Ambroise avant de nuancer de lui-même. Au fond de moi je pense qu’on va passer. Mais on a toujours ce truc-là de dire 'si on a pris 6-1 un jour…'.

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