Il est assurément l'entraîneur le plus marquant de la décennie écoulée. Et quand on dit décennie, on englobe la fin des années 2000. Après tout, on n'est pas à deux ans près quand on tutoie l'éternité. De 2008, et son arrivée à la tête d'une équipe barcelonaise qui ne demandait qu'à reprendre son souffle et allait s'élancer dans une formidable odyssée, à 2021, année qui le verra peut-être redevenir champion d'Europe, Pep Guardiola a été une figure incontournable et, sans contestation possible, le technicien le plus influent de la planète. Mais on avait (presque) fini par oublier qu'il pouvait régner sur le continent.
L'Europe, Guardiola l'a mise au pas deux fois. A deux ans d'intervalle. La première fois en 2009, avec cette nouvelle génération barcelonaise, bardée des nouveaux préceptes de Pep et d'un talent incommensurable. La deuxième en 2011, au cœur de Wembley, seul écrin qui méritait l'accomplissement ultime de Messi et de sa bande. Les deux fois, ce fut face à Manchester United, club qui n'a pas fini de maudire Guardiola alors qu'il a porté City à des hauteurs qui, historiquement, étaient réservées aux Red Devils. Le 29 mai, United ne fera pas partie du décor. Ce sera Chelsea ou le Real. Mais ce sera aussi et surtout la fin d'une disette de dix ans pour Guardiola. Disette sur laquelle personne n'aurait parié un kopeck à l'époque.

Des demies en pagaille...

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Après Barcelone, il y a eu une année sabbatique, du côté de New York. Puis le Bayern, trois ans. Et City, depuis 2016. Il y en a eu des titres, à la pelle. Mais ceux-ci n'ont jamais dépassé les frontières nationales, hormis une Coupe du monde des Clubs qui venait parachever l'œuvre de Jupp Heynckes. Avec le Bayern, le Catalan semblait pourtant lancé sur une autoroute. Le meilleur entraîneur du monde à la tête de la meilleure équipe de la planète et dans un club qui lui apportait les meilleures garanties post-Barça. Pep-Bayern, ça ressemblait à une évidence. Et ça ne pouvait que mettre l'Europe à genoux. Qu'à cela ne tienne, le Real et Ronaldo en 2014, le Barça et Messi en 2015, l'Atlético et Griezmann en 2016 leur avaient tous coupé l'herbe sous le pied sur l'avant-dernière marche. Après avoir été gâté et biberonné aux victoires en C1, l'étiage et le sommet de Pep le Bavarois se situait alors dans le dernier carré.
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Guardiola est donc parti chercher un autre défi, du côté de l'Angleterre et de Manchester City, club richissime dirigé par des vieilles connaissances catalanes, Ferran Soriano et Txiki Begiristain. City venait d'atteindre les demies pour la première fois de son histoire.
ll faudrait une saison à Pep avant de prendre la pleine mesure de la Premier League. Et un peu plus de temps avant de dompter le continent. Avant ce 4 mai 2021 et cette qualification, la route aura été plus sinueuse qu'il l'imaginait avec des claques "en veux-tu en voilà". Une première face à Monaco, en huitième de finale. Deux autres face à Liverpool et Tottenham en quart. Et puis, l'été dernier, la leçon lyonnaise sur un match et au même stade de la compétition.

L'influence sans l'influx

A Lisbonne, Guardiola s'était dévoyé avec son 3-4-3 et avait très mal vécu l'élimination des siens, longuement ressassée par le principal intéressé. A un an de la fin de son contrat, plus que bousculé par Liverpool, par Klopp aussi et sa philosophie kryptonite, Guardiola restait influent. Mais l'ancien international espagnol semblait avoir perdu son influx. City l'a prolongé. Il a finalement rebondi. Et Pep l'a remercié au centuple.
Armé de sa modestie, parfois feinte, comme lorsqu'il minimisait la victoire des siens au Parc des Princes, assurant que le qualifier de génie était exagéré quand le sort d'un match se décide par un ballon qui passe entre deux hanches, Guardiola n'a jamais dévié de son ambition première. Ses équipes doivent avoir le ballon et respecter un plan. Le sien. Il lui arrive parfois de se tromper dans l'interprétation. Mais il revient toujours à l'essentiel et à l'évidence : il est plus simple de gagner avec le cuir dans les pieds et le football est, avant tout et surtout, un sport collectif.
Manchester City, bourreau de Paris, en est une preuve hautement accomplie. Mardi soir, le principal intéressé n'a pas oublié de le rappeler une fois la qualification obtenue. "Je suis incroyablement fier et ma première pensée va toujours aux joueurs qui n'ont pas joué, je sais que pour eux c'est dur mais tout le monde apporte sa contribution dans cette saison de Ligue des Champions. On a été tellement calmes, on a défendu ensemble, on a souffert ensemble. On est en finale de la Ligue des Champions, ce sont des mots agréables à prononcer". Et que lui-même avait (presque) fini par oublier.

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