Un simple tweet, parfois, en dit long. À une journée de l'ultime match de la Ligue des champions, la compagnie aérienne Qatar Airways a félicité via le réseau social à l'oiseau bleu ses partenaires, PSG et Bayern, pour leur accession à la finale, parlant pour l'occasion de... "Qlassico". Lorsque les intérêts sont communs, nécessité fait loi. "Il est intéressant de constater que, si le Paris Saint-Germain est critiqué en Allemagne pour la provenance de ses fonds, ce n'est guère par les dirigeants du Bayern, et pour cause : les Bavarois s'entraînent au Qatar pendant l'hiver, ce qui est d'ailleurs très critiqué ici, par les supporters et par les médias", analyse avec malice Arne Bensiek, journaliste au grand quotidien berlinois Tagesspiegel.

Aurait-on changé d'ère après une longue période de mépris de classe entre les aristocrates de Bavière et les nouveaux riches d'Île-de-France ? Pas si évident. Si les relations entre les deux entités se sont réchauffées, le grand amour n'est pas pour tout de suite. Les critiques saignantes d'Uli Hoeness, l'ancien président du Bayern, envers le PSG ont fait date, notamment au début des années 2010.

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"Je me souviens lui avoir rendu visite en 2012 et 2013 et l'avoir entendu dire pis que pendre au sujet du Paris Saint-Germain", rappelle, amusé Philippe Auclair, chroniqueur d'Eurosport, qui aurait tout aussi bien pu citer un Rummenigge critiquant, à la même période, le salaire de Zlatan Ibrahimovic comme lui donnant "mal à la tête, sachant qu'il est égal en une saison à ce que perçoit Javi Martinez en cinq." Oui, mais "aujourd'hui, les deux clubs ont des intérêts communs...", constate Philippe Auclair auquel le fameux tweet de Qatar Airways n'a pas échappé. Ce qui n'empêche pas leurs dirigeants de continuer à s'échanger des amabilités, même si le fleuret paraît plus moucheté.

Rummenigge : "Nos relations sont très bonnes"

Au cœur de l'été, avant que ne commence le tournoi final de cette Ligue des champions 2020, Rummenigge a taclé la politique des transferts des Rouge et Bleu dans les colonnes de l'hebdomadaire France Football. "Dans les deux prochaines années, nous devons élargir notre effectif avec des jeunes de talents, pas avec des stars, a lâché le président du directoire. Contrairement à Paris, nous ne sommes pas sur des vedettes comme Mbappé ou Neymar. Nous portons nos trois "S" dans notre cœur : solidaires, solides, sérieux."

Rummenigge trinquera-t-il à la santé du Bayern ?

Crédit: Imago

Difficile de faire plus clair, comme critique... Mais l'ancien double Ballon d'or d'ajouter : "Nos relations avec le PSG sont très bonnes. Je suis volontiers en relation avec mon collègue Nasser Al-Khelaifi, qui s'engage vraiment dans son projet et qui fournit un remarquable travail. Nos relations avec Leonardo sont très bonnes elles aussi."

Le transfert de la pépite parisienne de 18 ans Tanguy Kouassi vers le géant de Bavière, contre lequel s'était prononcé l'entraîneur parisien Thomas Tuchel, n'en a pas moins participé, dernièrement, à la longue liste des crispations entre les deux parties. Qui dépasse largement le cadre de simples escarmouches médiatiques entre dirigeants pour ruisseler allègrement chez les supporters, comme le confirme Tobias Altschäffl, grand reporter à l'hebdomadaire Sport Bild :

Au Bayern, aussi bien chez les supporters que dans le directoire et à la présidence, on a longtemps vu Paris avec un regard critique. Du point de vue allemand, avec la règle du 50+1 qui empêche tout investisseur de prendre le contrôle d'un club, Paris passe pour celui qui a vendu son âme, justement, à un investisseur, en l'occurrence du Qatar. On considère que l'argent gagné par le Bayern l'a été par lui-même, tandis que celui de Paris vient de l'étranger.

"Le PSG n'existe pas"

Mario Harter, journaliste indépendant à Munich, appuie le propos de son confrère. "Le PSG, en Allemagne, n'est pas particulièrement apprécié de la plupart des amateurs de football. Ce n'est pas tant qu'ils n'aiment pas le PSG en tant que club, que ce soit clair, mais les supporters allemands chérissent plus la tradition que l'argent et le marketing. C'est le même raisonnement avec Manchester City ou Chelsea : le fan de football allemand n'apprécie pas qu'un pays, un cheikh ou des oligarques investissent dans un club. Les Allemands n'y sont pas habitués car, ici, c'est interdit. Des clubs comme le Bayern ou Dortmund n'appartiennent pas à un autre pays, si l'on peut dire, même si pour sa part le RB Leipzig s'en rapproche, officieusement – mais en Allemagne, il n'existe pas de supporter de Leipzig, ou pratiquement pas. C'est pareil avec le Paris Saint-Germain."

Philippe Auclair va même plus loin. "Pour moi, vu d'Angleterre, le PSG n'existe pas, constate le chroniqueur. Le club a été acheté par les Qataris, est devenu le QSG, terminé : c'est ainsi que les gens perçoivent les choses. Il n'a pas de mode de fonctionnement. C'est comme si ce n'était pas un club de football. C'est très difficile à appréhender, et très différent de Marseille ou Saint-Etienne. Le PSG est, d'une certaine manière, hors compétition, hors sol. Même pas comme Manchester City, qui fonctionne au moins, malgré tous ses défauts, comme un club de football normal. C'est paradoxal car le PSG de Susic, Rai et Valdo était tout sauf artificiel et avait une moelle historique. Ce qui peut changer les choses, ce serait une victoire ce week-end. Mais le public anglais, demain, sera à 75 ou 80% derrière le Bayern, qui est cette année très apprécié des connaisseurs en Angleterre."

Une opinion qui trouve un large écho en Allemagne. "On ne peut pas se réjouir que des clubs comme le RB Leipzig ou le PSG empilent les titres et s'achètent des joueurs avec un budget sans fond. Désolé, mais pour moi c'est l'anti-modèle. Si c'est ce à quoi ressemble le football du futur, ce sera sans moi", ronchonne Christoph Ruf, journaliste indépendant.

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"On pourrait comparer ce club à une équipe d'Allemagne de l'Est"

Jens-Uwe Kunze, président de la ligue de gymnastique allemande et footballeur de longue date, ose même un parallèle paroxystique. "Pour moi, le Paris Saint-Germain n'est en aucun cas un club avec un esprit, en aucun cas un club avec du charme, en aucun cas un club qui me vient en tête quand je pense au sommet de la hiérarchie footballistique européenne", avance le dirigeant.

"Je n'irai pas jusqu'à dire antipathique, mais pour moi il n'a aucune importance dans le paysage, ajoute-t-il. Il est là, il fait des achats, il essaie de grimper au sommet, mais c'est vide. Et ça ne s'est pas amélioré avec Tuchel. Même s'ils avaient pris Klopp, ça n'aurait vraisemblablement rien changé, contrairement à Liverpool, qui s'appuie sur une histoire, des titres, des supporters. D'Allemagne, on rend compte de ce que fait le Liverpool de Klopp, en bien ou en mal, mais absolument personne ne parle de Paris. On pourrait comparer ce club à une équipe d'Allemagne de l'Est comme le BFC Dynamo, même si ce dernier était lié à la Stasi et à la police politique. Le BFC était là, était mal aimé, ça ne rimait à rien."

Michael Grub, directeur sportif du FC Bruchsal, abonde : "Le PSG ne trouve aucune grâce à mes yeux. Club de cheikh, image négative, troupe faite de bric et de broc... ce n'est pas comparable au FC Barcelone, au Real Madrid, à Manchester United."

La venue de Thomas Tuchel comme entraîneur à Paris n'a-t-elle vraiment rien apporté sur le plan sentimental ? "Ce qui est particulier, évidemment, c'est le fait que l'entraîneur de cette équipe soit un Allemand et qu'il se soit façonné une bonne image à Mayence puis à Dortmund. Les Allemands regardent son parcours parisien avec attention et empathie et, parmi ceux qui ne supportent pas le Bayern, quelques-uns souhaitent peut-être la victoire du PSG de Tuchel", avance Arne Bensiek. Ce à quoi rétorque René Dankert, chef des sports du quotidien Badische Neueste Nachrichten : "Bien sûr, vu d'Allemagne, Thomas Tuchel est un vrai sujet. Mais malheureusement, il est vu comme quelqu'un qui travaille là simplement pour des raisons pécuniaires." L'animosité, du moins la méfiance, est décidément tenace.

Thomas Tuchel

Crédit: Getty Images

"Neymar tombe sur le terrain comme un vieillard"

En Allemagne, Paris est surnommé le "club des cheikhs". Supporter, Matthias Jung confirme "ne pas penser beaucoup de bien du PSG. Neymar correspond d'ailleurs bien à une équipe de cheikh : une forte valeur footballistique mais des critères moraux qui piétinent l'esprit sportif. À 28 ans, il a laissé passer sa chance d'être une authentique star tels Xabi, Iniesta, Neuer ou Salah."

Le Brésilien est effectivement largement haï par les amateurs de football allemands. "Il y a quelque chose que nous, les Allemands, n'aimons vraiment pas, et d'autant moins à l'approche d'une finale contre le Bayern : c'est sa propension à tomber sur le terrain comme un vieillard", persifle Detleft Sünkel, supporter historique du Bayern.

"Neymar est observé de manière particulièrement critique", abonde Arne Bensiek. Dans les grands médias allemands comme Sky ou le Bild, les discussions reviennent sans arrêt sur le fait qu'il soit toujours par terre. Bien sûr, c'est un footballeur génial mais je crois que les gens sont dérangés par son caractère peu fair play, par le fait qu'il essaie toujours de tirer la situation à son avantage de manière pas très sport, en jouant la comédie. Et ce prisme, en fait, va au-delà de Neymar, c'est toute l'image du PSG qui est ainsi. Pourtant, le regard porté depuis l'Allemagne sur un Mbappé est nettement plus positif. Son crédit est bien supérieur et il est vu comme l'un des cinq meilleurs joueurs du moment sur la planète."

Mbappé, le Parisien pur jus, trouve grâce aux yeux des Allemands pour son talent, son état d'esprit et le fait qu'il représente une jeunesse francilienne qui, selon eux, devrait avoir sa place au PSG. Marco Fuchs, chef des supporters de Karlsruhe, constate que "le club forme des jeunes avec succès et la Bundesliga est bien placée pour le savoir avec la venue récente de Diaby, Nkunku et Coman. Mais la question se pose de savoir pourquoi ces joueurs n'arrivent pas à intégrer l'équipe première du PSG et pourquoi le club achète des stars venues de l'extérieur pour des sommes qui ne sont propres qu'à lui. Ça jette un regard critique sur le modèle parisien, comme sur d'autres en Europe d'ailleurs. Arrivera peut-être un moment où le Qatar se désengagera et le club se retrouvera alors face au vide", esquisse-t-il.

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"Le Bayern n'a jamais pris autant le PSG au sérieux que maintenant"

D'ici là, Paris aura au moins convaincu les Allemands par la qualité de son jeu. "Le Bayern n'a encore jamais pris autant le PSG au sérieux que maintenant, parce que le club parisien a montré qu'il pouvait réussir en Ligue des champions et en raison des bons joueurs qui composent abondamment l'effectif. La considération des dirigeants bavarois pour le niveau sportif de Paris a, assurément, nettement augmenté", affirme Arne Bensiek.

Depuis les tribunes, ou à défaut devant son poste de télévision, Laura Mainusch, supportrice du RB Leipzig, abonde. "En dehors de Thiago Silva, Paris est une équipe plutôt jeune, dynamique et joueuse, qui forme de nombreux jeunes. Je les regarde volontiers jouer et je les apprécie beaucoup car les caractéristiques de l'équipe sont comparables aux nôtres. C'est un bon mélange de technique et de spontanéité dans le jeu. Contre Leipzig, ils ont mérité de gagner. Ils avaient de meilleures idées de jeu et les ont mieux appliquées", constate-t-elle, belle joueuse.

Christoph Lother, journaliste d'agence, complète le tableau. "En Allemagne, la critique envers le PSG est très marquée, avec les milliards qui affluent du Qatar, pays lui-même très critiqué ici. La sympathie est donc très faible mais les Allemands éprouvent néanmoins un grand respect pour cette équipe, en particulier pour son secteur offensif et pour Tuchel, qui a réussi à gérer les egos pour en faire un collectif."

La revanche de Bernat

Frank Thomas, également journaliste d'agence mais surtout fanatique de l'Union Berlin, est d'accord : "Comme le RB Leipzig en Allemagne, le PSG est l'accouchement ultime de la commercialisation, avec l'investisseur qatari qui allonge les millions sur la table. Je renie évidemment ce mode de fonctionnement, ce qui ne m'empêche pas de voir le football brillant que joue l'équipe, avec Neymar et Mbappé, et qui réjouit les spectateurs. En outre, Thomas Tuchel a effectivement su donner un esprit d'équipe à son groupe."

Au point de faire basculer la finale dans le camp parisien ? Detleft Sünkel a sa petite idée sur la question. "Paris, ce n'est pas seulement Neymar, c'est aussi Bernat, que l'équipe du Bayern connaît très bien, qui a encore de bons contacts avec ses anciens coéquipiers mais qui a aussi évidemment toujours la fameuse phrase d'Uli Hoeness, qui l'avait rendu responsable d'une élimination en Ligue des champions, dans un coin de la tête. Hoeness lui a présenté ses excuses, mais il a été profondément blessé parce qu'on a beau être professionnel, on n'en est pas moins humain, rappelle le supporter. Lothar Matthäus a dit d'entrée, dès que les matches de ce tournoi final de Lisbonne ont été connus, que l'ultime match opposerait le Bayern à Paris et que les Bavarois l'emporteraient 3-1. Si cela s'avère juste, je le remercierai et l'embrasserai volontiers !" Histoire de ne pas avoir à trop respecter Paris quand même...

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