"Le risque existe !" Victor Font a mis le feu aux poudres. Début février, le candidat à la présidence du FC Barcelone a enflammé le débat en évoquant le sacro-saint statut du club avec une menace bien réelle selon lui si les bons choix ne sont pas faits à l'avenir : l'ouverture du capital du Barça, afin d’en faire une société anonyme (ndlr : une SAD, société sportive anonyme en espagnol). Quelques jours plus tard et devant le tollé généré, l'homme d'affaires proche de Xavi a même dû signer devant notaire un document où il promet "de ne prendre aucune décision pouvant mettre en péril le modèle du club".
Cette opération de communication en dit long sur le sujet, sensible à point. Sans grande surprise. Comment oser toucher à un modèle si cher à nombre de supporters catalans, qui sont grâce à cela propriétaires de leur club ? C'est impensable, surtout en période électorale. Et pourtant, il ne faut jamais dire jamais, surtout en période de crise majeure. C'est bien connu, elles sont propices à toute révolution. Or le Barça est dans une situation catastrophique avec des bilans dans le rouge et plus d'1,173 milliard d'euros de dette.

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Revoir le modèle serait une erreur
Si Victor Font a osé évoquer le sujet - même si son but était d'illustrer les risques de faire confiance à nouveau au favori Joan Laporta -, cela ne vient pas de nulle part. Depuis des années, des investisseurs privés salivent à l'idée d'entrer dans le capital du club blaugrana. Et cette crise ressemble à une occasion unique de nourrir les vautours à l'affût d'une proie, qui a encore généré 715,1 millions de recettes la saison dernière selon le cabinet d'audit anglais Deloitte.
Alors, le modèle des socios devenu iconique en Catalogne est-il vraiment en danger ? Dans son éditorial pour le quotidien généraliste La Vanguardia le 20 janvier dernier, Joaquín Luna n’y va pas par quatre chemins. Le Barça est "condamné à devenir une société anonyme", écrit-il. Alors que les "finances sont désastreuses", le journaliste glisse qu'il vaut mieux un "changement de modèle clair" que de croire aux promesses électorales des candidats à la présidence du club.
Cette vision ne fait évidemment pas l'unanimité. "Revoir le modèle serait une erreur, nous répond Marc Ciria, économiste et membre de l'équipe de Joan Laporta en 2015. Ce que nous devons garantir, c'est que le prochain conseil d'administration ne puisse pas dévier du modèle sportif et économique et ainsi mettre le club en péril".

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Un attachement fort au club

Le sujet est brûlant. Car le FC Barcelone reste une exception dans le football moderne, où les clubs sont de plus en plus détenus par des riches milliardaires. Comme au Real Madrid, à Bilbao ou encore à Osasuna, le club catalan fonctionne sous le régime des socios, des supporters actionnaires qui ont voix au chapitre. Ils sont près de 150 000 en tout. Selon les règles établies (âge, temps d'adhésion…), 110 635 ont le droit de voter notamment pour élire leur nouveau président. Et s'ils ont un impact en fait assez limité sur la politique générale du club au jour le jour, ils peuvent être consultés pour des choix importants et symboliques, comme les rénovations du stade par exemple.
Ce système démocratique est dans l'ADN du Barça. Il fait partie de son charme. Et explique en partie pourquoi le club est si populaire dans la Péninsule. "Je vais vous répondre comme financier mais aussi comme socio du Barça. Comme socio, je me sens propriétaire du club, nous confie d'ailleurs encore l'économiste Marc Ciria. Je pense que c'est grâce à ce modèle unique de propriété que nous avons une fierté d'appartenance qui nous rend, je le crois, différents."

Un tifo déployé dans les tribunes du Camp Nou, le stade XXL du FC Barcelone.

Crédit: Getty Images

Le sponsor maillot, première étape ?

Songer à faire évoluer cette particularité de fonctionnement revient à prendre le risque de perdre une partie de l'identité ce Barça. Et ce serait un nouveau délitement de l'intuition catalane, qui a déjà accepté de rogner ses principes sur l'autel du foot-business en signant un partenariat avec la Qatar Foundation comme sponsor maillot à partir de 2011, une première dans l'histoire du club. A l'époque, cette décision avait d’ailleurs été prise sans l'avis des socios, dont la majorité était contre.
Si cette possibilité d’ouverture du capital fait bondir les fans, le FC Barcelone n'aura cependant peut-être tout simplement pas le choix. Si le Barça ne trouve pas le moyen de réduire sa dette avant le 30 juin mais aussi dans les prochaines années, le sujet d'une ouverture du capital à des investisseurs privés pourrait s'imposer comme une bouée de sauvetage vitale et ultime. Mais ce sera sûrement la dernière option envisagée. Une option qui changerait beaucoup de choses en Catalogne, où le Barça perdrait une partie de l'essence qui rend ce club unique.
Avec Elias Baillif
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