Le 17 avril, le double pivot Rodri-Fernandinho, deux hommes habitués à évoluer en pointe basse du milieu. Le 8 mai, le seul Rodri derrière Ferran Torres et Raheem Sterling, deux ailiers qui peuvent jouer dans l’axe mais n’occupent jamais vraiment le rôle de relayeur. Et, dans les deux cas, une défaite de Manchester City face à Chelsea. Depuis le 19 décembre, les Skyblues ont remporté 35 de leurs 40 matches. Parmi les cinq rencontres restantes, deux défaites improbables (1-2 contre Leeds en finissant à 29 tirs à 2 ; 2-3 à Brighton après avoir mené 2-0 et en jouant 80 minutes à dix), un derby raté face à United (0-2 en encaissant un penalty au bout de deux minutes), et donc ces deux échecs contre les Blues.
Le premier en demi-finale de Cup (0-1), le second en championnat (1-2), avec à chaque fois l’excuse d’un match européen quelques jours avant… mais aussi la question du rapport de force tactique entre deux entraîneurs qui préparent des plans millimétrés. Et donc une interrogation simple : Thomas Tuchel a-t-il trouvé comment stopper la machine préparée par Pep Guardiola ?
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Deux matches, deux approches

Pour répondre à cette question, il faut prendre les choses par ordre chronologique. Étudier les ajustements entre deux rencontres séparées de trois semaines et loin d’être banales. La première parce qu’elle était l’avant-dernière marche avant un trophée, ce qui est encore moins anodin quand on vient d’arriver dans un nouveau championnat ou qu’on vise un quadruplé inédit. La seconde parce que disputée une fois l’affiche de la finale connue, avec pour Chelsea l’obligation d’engranger des points pour finir dans le top 4. Et la première chose que l’on remarque, c’est la différence dans les profils alignés par Guardiola.
Si Tuchel a gardé une base Kanté-Ziyech-Werner, complétée par Jorginho et Mason Mount en Cup puis par Billy Gilmour et Christian Pulisic en Premier League, son homologue a totalement repensé l’animation de l’entrejeu. Des choix qui obligent à tirer des conclusions prudentes, d’autant que c’est dans une troisième formule, avec un seul milieu reculé entouré de profils plus offensifs, que Manchester City a disputé la plupart des chocs de fin de saison – notamment la double confrontation contre Paris. Sans vouloir trop interpréter, on peut facilement imaginer que la composition défensive en Coupe était une adaptation ponctuelle, et que celle plus expérimentale en championnat visait à tester des choses en relançant des habitués au banc.
Battu les deux fois, le champion doit évidemment y voir un avertissement. Mais le scénario du deuxième affrontement, perdu à la dernière seconde, masque le basculement du rapport de force. Malgré une composition expérimentale, avec Sergio Agüero et Gabriel Jesus alignés ensemble devant Torres et Sterling, City a bien plus maîtrisé son sujet et rappelé son adaptabilité. Une carte importante face à une formation qui préfère perfectionner son plan A plutôt que de préparer des solutions alternatives. Une approche logique, le coach étant là depuis trop peu de temps pour que la maîtrise parfaite des concepts de base puissent autoriser à se diversifier, qui fait de Chelsea la constante d’une finale aux multiples variables. À un détail près...

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Bataille du milieu

Depuis le début de son mandant, Thomas Tuchel a pris l’habitude de changer les hommes mais n’a quasiment jamais dévié du 3-4-3. Selon les profils alignés, l’animation offensive peut cependant prendre différentes formes. Timo Werner, dont la principale qualité est d’attaquer l’espace, peut partir de plusieurs zones, donc être aligné sur le côté avec un vrai numéro 9 ou dans l’axe avec des ailiers près de lui. Mais la clé se trouve surtout dans le profil du troisième joueur offensif. Contre Manchester City, le remplacement de Mount par Pulisic d’un match à l’autre a ainsi totalement changé le rapport de force, sans qu’on ne sache vraiment ce qui relève de la consigne ou des habitudes des joueurs.
En Cup, Mount, théoriquement aligné en tant qu’ailier gauche, a dans les faits beaucoup aidé Kanté et Jorginho et permis d’avoir une supériorité numérique dans l’entrejeu contre Rodri et Fernandinho. Même avec l’aide de Kevin de Bruyne, City n’a jamais dominé cette zone et y a perdu la bataille du contrôle (46 % de possession à l’heure de jeu contre 54 % trois semaines plus tard).
Sans cesse dans la réaction, le bloc n’a jamais réussi à lire les déplacements d’un milieu mobile, disponible et moins scolaire qu’à l’habitude. Si Chelsea a tendance à répéter ses gammes, appliquant proprement la recherche du troisième homme (passe verticale vers un joueur qui remise sur un partenaire face au jeu), il y avait cette fois la créativité d’une équipe capable d’improviser. Et l’explosivité d’éléments capables de s’ouvrir l’espace en trois appuis.
Ce différentiel physique s’est d’abord vu dans la zone de Rodri, excellent pour couper les passes mais médiocre quand il faut arrêter les hommes. Mais le temps de retard s’est aussi retrouvé sur le côté, où Reece James a fait vivre un enfer à Benjamin Mendy, très loin ce jour-là des qualités d’appuis requises pour évoluer à ce niveau. Le Français, aligné sur l’aile lors de la revanche et donc moins exposé, ne devrait pas disputer la finale. Mais James va plus vite que Joao Cancelo, Nathan Aké et Oleksandr Zinchenko, les autres solutions à gauche. Mieux vaut donc éviter de lui donner l’opportunité de jouer des un contre un, donc faire en sorte de prendre le ballon avant qu’il lui arrive.

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Temps forts et temps faibles

C’est ce qu’a beaucoup mieux fait City en championnat, en étant un peu aidé par Pulisic. L’Américain, au profil plus offensif que Mount, n’a pas fait les décrochages permettant de construire à trois. Le trois contre deux est devenu deux contre trois, avec en plus un Cancelo s’intégrant plus souvent au milieu qu’à l’aller, et Chelsea a été dans la réaction. Une approche peut-être calculée, la rapidité du trio offensif permettant d’être dangereux même en étant coupé en deux, mais qui n’a pas apporté grand-chose de positif.
Les Blues ont d’ailleurs trouvé des décalages quand ils avaient le ballon, marquant notamment un but refusé pour hors-jeu sur une sortie depuis l’arrière en fin de rencontre, et leurs contre-attaques sont nées de longs ballons adverses. Car City, qui avait effectué du turnover à d’autres postes (deux fois Aymeric Laporte plutôt que John Stones par exemple), a tenté plus d’ouvertures que d’habitude, avec ce que cela comporte d’incertitudes. Certains ballons ont été bien exploités, le but et un penalty étrangement non-sifflé contre Kurt Zouma venant de passes dans le dos des trois défenseurs centraux.
D’autres sont revenus aussi vite qu’ils sont arrivés, Werner se retrouvant ainsi seul dans la surface pile dix secondes après un ballon dégagé de la tête par Marcos Alonso. Que les effets soient positifs ou non, ces choix ont sorti le match du cadre auquel on peut s’attendre samedi. Celui où les entraîneurs construisent la phase d’attaque en anticipant une éventuelle perte de balle et refusent que le tempo s’emballe. Un match posé, une bataille tactique où on ne force pas si l’espace ne s’ouvre pas.

Thomas Tuchel devant Pep Guardiola

Crédit: Getty Images

Alors qui est favori ?

L’intensité, plus présente côté City au deuxième match, est passée par les intentions sans ballon. Plus actifs au pressing sur les trois centraux adverses, les Mancuniens ont tout fait pour éviter de se retrouver à défendre en bloc médian, eux qui ont beaucoup progressé dans la protection de leur surface avec l’arrivée de Ruben Dias mais manquent de profils box to box. Avec la réussite de la manœuvre et un temps de repos permettant d’optimiser le travail physique, la piste devrait être reconduite. De quoi imaginer voir le fameux quitte ou double dans les 30 mètres de Chelsea au moment de solliciter les milieux : passe ratée, occasion de but concédée, passe réussie, énorme espace à attaquer en égalité numérique.
Selon la façon dont on prend le problème, on peut faire de chaque équipe un favori logique. Chelsea a gagné deux fois, montré un vrai avantage de vitesse et dominé l’entrejeu quand il avait ses meilleurs éléments. City a lui réglé les soucis structurels entre les deux matches en alignant un onze totalement expérimental, sans la fameuse utilisation de quatre milieux offensifs permutant en permanence qui doit encore ajouter des possibilités de bien construire.
L’absence d’enjeu a sans doute poussé Guardiola à brouiller les repères, comme l’a fait l’incompréhensible angle de caméra utilisé à Wembley en Cup. Il n’empêche : dominateurs ou dominés, les hommes de Thomas Tuchel, si peu efficaces face aux adversaires qui refusent le jeu, ont toujours eu des occasions qu’ils ont su exploiter. Et c’est bien la gestion des temps faibles, plus que la durée des temps forts, qui a empêché Pep d’étoffer son palmarès européen depuis dix ans.

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