"Hasan Salihamidzic et Hansi Flick poursuivent le même objectif : le succès sportif du club." La phrase, prononcée par le président du conseil de surveillance Herbert Hainer, date de la fin du mois de mars. Si l'on en croit la communication du boss du Bayern, tout serait concorde et harmonie chez le géant de Bavière. Las, dans la grande tradition locale, les discussions, rivalités et autres intrigues ne se sont pas éteintes par la grâce des prestigieux titres consciencieusement empilés ces derniers mois.
Octuple champion d'Allemagne en titre, sextuple vainqueur de la C1 - dont la dernière édition, en août 2020, contre le Paris Saint-Germain (1-0) qu'il retrouve ce mardi -, champion du monde des clubs et on en passe, le Bayern rafle tout ce dont un club peut rêver. Une moisson à mettre évidemment, en premier lieu, au crédit de son entraîneur Hansi Flick, qui a redressé de manière spectaculaire un groupe cabossé par les exigences de son prédécesseur Niko Kovac. Et pourtant, le coach est au cœur de la tempête du moment.
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12/04/2021 À 09:56
Des vents tournants qui viennent de l'intérieur comme de l'extérieur. L'annonce faite par le sélectionneur Joachim Löw, au début du printemps, de quitter son poste de manière anticipée à l'issue de l'Euro – il disposait d'un contrat jusqu'en 2022 – a provoqué un puissant appel d'air. La question de la succession de "Jogi", qui libèrera dans quelques mois un trône très prestigieux, agite le landerneau. Pourtant sous contrat au Bayern jusqu'en 2023, et bien que son président Rummenigge ait expliqué que le club "serait fou" de le laisser partir avant l'heure, Hansi Flick fait d'autant plus figure de favori que son appétence pour de telles fonctions est connue.
Si les noms de Stefan Kuntz, en charge des Espoirs, et de Ralf Rangnick, goulu architecte des récents succès d'Hoffenheim et de Red Bull, circulent logiquement, Flick fait autorité pour des raisons diverses, dont sa pertinence comme adjoint de Löw entre 2006 et 2014 n'est pas la moindre. Bien que le président de la fédération allemande, Fritz Keller, ait décidé de n'engager aucune démarche pour réclamer Flick au Bayern, ce dernier doit faire face aux questions insistantes des journalistes à ce sujet. À tel point qu'il a sévèrement recadré l'un d'entre eux, la semaine dernière, lui intimant de ne plus l'interroger du tout. Mise à feu des réseaux sociaux garantie...

Hansi Flick

Crédit: Getty Images

Neuer et Kimmich appellent au calme

Les remous sont internes, aussi. Il y a quelques semaines, le ton est monté entre le directeur sportif, protégé d'Uli Hoeness qui l'apprécie depuis l'époque où Salihamidzic était joueur (1998-2007), et l'entraîneur, dont Karl-Heinz Rummenigge passe pour le principal allié. La pomme de discorde ? Les transferts, avant tout. Flick entend avoir son mot à dire dans le recrutement, secteur dont "Brazzo" est le responsable et que le Bayern confie, traditionnellement, bien peu volontiers au seul entraîneur. La mésentente n'est pas nouvelle, reste à savoir jusqu'à quand elle peut durer. Éditorialistes et consultants influents, alarmés, réclament désormais régulièrement le départ de l'un ou de l'autre cet été.
Le conflit est tellement larvé que même les joueurs, lassés d'un bras de fer qui résonne bien au-delà des couloirs de la Säbener Strasse, appellent au calme. À l'image de Joshua Kimmich, après la qualification contre la Lazio, expliquant que "ce serait bien que l'on ne mette pas le feu en interne" sur des thèmes qui ne manquent pas, ensuite, d'être malaxés publiquement. Ou encore de Manuel Neuer, ce week-end : "Cette question n'est pas si importante qu'on veut bien le dire", a-t-il certes nuancé, mais "tout ce qui, de l'extérieur, retombe sur les joueurs, on peut s'en passer", a lâché le capitaine au micro de la chaîne de télévision Sky.
Faisant ainsi écho au discours de son entraîneur, qui a plusieurs fois cette saison demandé que le vacarme cesse, surtout à l'approche d'échéances importantes. Un brouhaha venu de l'intérieur : c'est Herbert Hainer lui-même qui a officialisé le départ d'Alaba, que Flick aurait aimé conserver, avant un match contre Dortmund. De même, la nouvelle de la non-reconduction du contrat de Jérôme Boateng est tombée avant le match aller contre le PSG...

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"On ne leur demande pas non plus d'être amoureux"

Du haut de l'imposant piédestal que constitue son palmarès avec le Bayern – il a tout gagné en quelques mois –, Hansi Flick comptabilise de solides soutiens. "Je pense qu'il est l'entraîneur qu'il nous faut", a ainsi déclaré Neuer. "Nous nous réjouirions si cela se poursuivait ainsi." Outre des sirènes de l'équipe nationale, la continuation de sa mission en Bavière dépendra cependant des choix sportifs et managériaux conduits dans un futur proche. En expliquant vendredi, puis en le répétant le lendemain, que l'équipe dont il disposait en ce moment était moins bonne que celle de l'an dernier, il a fait passer entre les lignes le message que d'une part, le recruteur (Salihamidzic) avait failli et que, d'autre part, il voulait du lourd s'il poursuivait sa mission.
Flick, jusqu'ici, ne s'est que très peu appuyé sur les recrues du Bosniaque et, quand il l'a fait, c'était par nécessité. Marc Roca ? Invisible. Bouna Sarr ? Défaillant. Alexander Nübel ? Flick s'appuie exclusivement sur Neuer. Choupo-Moting ? Inutilisé, sauf nécessité absolue. Tangui Kouassi ? Blessé jusqu'à ce week-end. Douglas Costa ? Hors sujet, et en partance. Tiago Dantas ? L'entraîneur voudrait le conserver mais doute que son directeur sportif exauce ce vœu. Lucas Hernandez ? Moins fantomatique que la saison dernière, certes. Mais même Leroy Sané ne le convainc qu'à moitié, point de vue au demeurant défendable tant l'ailier international doit encore progresser dans la finition. Et dans l'optique de la saison prochaine, pour ne pas faire porter aux frêles épaules du talentueux Musiala tout le poids du départ de Thiago Alcantara et Philippe Coutinho, le coach milite pour un milieu axial de haut niveau, qui lui a été refusé jusqu'ici pour des raisons financières.

Hansi Hans Flick et Hasan Salihamidzic lors de Werder Brême - Bayern Munich en Bundesliga le 13 mars 2021

Crédit: Getty Images

Gerland, le garde-fou

En bon diplomate, le président Hainer a continué d'arrondir les angles à la télévision ce dimanche. Le bras de fer Salihamidzic-Flick ? "Il s'agit d'un soi-disant conflit, qui engendre de nombreuses interprétations de l'extérieur. À l'intérieur, la relation est intacte." Une partition digne d'une philharmonie, que l'intéressé lui-même a nuancé. "Leur relation n'est pas étroite mais on ne leur demande pas non plus d'être amoureux ; l'important, c'est qu'ils collaborent de manière professionnelle. Nous travaillons à ce que ce soit dans la joie et la conviction. Je suis d'ailleurs convaincu que l'entraîneur honorera son contrat, et ce avec Salihamidzic comme directeur sportif." La probabilité diminue, pourtant. Surtout quand le Bosniaque courtise ouvertement Julian Nagelsmann, le prodigieux entraîneur du poursuivant immédiat au classement qu'est le RB Leipzig...
Il existe néanmoins, au milieu de ce brouhaha inhérent à tous les grands clubs, un garde-fou non négligeable. Situé très précisément entre les deux belligérants sur le banc du Bayern : l'entraîneur-adjoint Hermann Gerland. L'homme qui a formé Thomas Müller. Un monstre, surnommé "Tiger", au service de l'institution depuis plus de trente ans, hormis une courte interruption dans la seconde partie des années 1990. De ces personnalités qui mettent de l'huile dans les rouages, comme la manager Kathleen Krüger, proche du coach mais qui part en congé maternité ce mois-ci.
L'institution, d'ailleurs, est sans doute le meilleur des remèdes au choc des personnalités qu'elle renferme. À la demande de leur direction, Flick et Salihamidzic s'étaient rabibochés, courant mars, l'entraîneur reconnaissant s'être emporté contre "Brazzo" et avoir lâché un "Mais tu vas la fermer !" légèrement excessif. Pour faire bonne mesure, Uli Hoeness, désormais président d'honneur et tout nouveau consultant télé, envoie lui aussi quelques punchlines sur les ondes, dans le plus pur style maison. Du genre : "Si j'étais le sélectionneur, je ne ferais plus appel à Jérôme Boateng." Le punch, au Bayern, ça les connaît. Bixente Lizarazu, auteur d'une cultissime gifle au monument Lothar Matthäus il y a vingt ans, peut en témoigner...

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