Timo Werner est là, seul face à Johnstone, le portier de West Bromich Albion. Chelsea est largement mené (1-4), évolue à dix contre onze et à vingt minutes du terme du coup de sifflet final, un but des Blues ne changera probablement rien à l'issue du match. À quelques mètres de la cage, l'Allemand est idéalement servi par Marcos Alonso. Mais il ne frappe pas. Il privilégie le dribble avant de servir Mason Mount... qui marque. Pour la première fois depuis que Thomas Tuchel a succédé à Frank Lampard, Chelsea finira par s'incliner lourdement (2-5).
Sur cette occasion en particulier, Werner a fait le bon choix. À moins qu'il s'agisse plutôt d'un choix par défaut. L'ancien joueur de Leipzig traverse une profonde crise de confiance qu'un incroyable raté avec la Mannschaft, trois jours plutôt, n'a pas aidé à dissiper. Alors que la sélection allemande était tenue en échec par la Macédoine du Nord, le joueur de 25 ans avait été mis en orbite par Ilkay Gündogan, plein axe, seul dans la surface. Il avait complètement manqué son tir du pied gauche. Cinq minutes plus tard, l'Allemagne concédait un nouveau but et une défaite humiliante (1-2).
Qualif. Coupe du monde
Troll efficace : quand un journal local offre un passeport.... macédonien à Werner
01/04/2021 À 12:42
"Il doit marquer, il n'y a aucun doute là-dessus, avait commenté sur RTL Joachim Löw, pourtant plus habitué à protéger ses joueurs. Il a montré qu'il pouvait marquer des buts." Ces derniers mois, pourtant, ses échecs ont été beaucoup plus nombreux. Et marquants. Face à Leeds, en décembre dernier, il avait envoyé un ballon sur la barre transversale alors qu'il se situait à quelques centimètres de la cage. Depuis, il n'a inscrit que deux petits buts, dont un contre la modeste équipe de Morecambe en FA Cup. L'été dernier, Chelsea avait pourtant dépensé 53 millions d'euros pour l'arracher au RB Leipzig et en faire la nouvelle arme offensive d'un projet de rajeunissement de l'effectif.

Un problème technico-physique ?

Werner n'a pas toujours été clinique, et ce n'est pas Lyon, qui avait profité de sa maladresse en C1 la saison dernière, qui dira le contraire. L'international allemand a surtout bâti son rendement autour de son sens du placement, de sa vitesse et de la justesse de ses courses. Il avait ainsi cumulé 28 réalisations en Bundesliga la saison dernière. Seul Robert Lewandowski, le meilleur buteur d'Europe, avait fait mieux. À Chelsea, ses prestations franchement convaincantes tant dans le jeu que devant le but, en octobre et novembre derniers, laissaient présager une intégration réussie.
La suite a largement remis en cause cette hypothèse. "La Premier League est un peu différente de mon ancien championnat, confiait-il en décembre dernier sur le site officiel de son club, pour justifier sa baisse de régime. Je dois dire que c'est plus difficile que ce que je pensais. Les contacts sont plus rudes qu'en Allemagne. Je m'y attendais un peu, mais pas à ce point." Plus récemment, l'ex-buteur de Stuttgart avait également laissé entendre que son utilisation par Frank Lampard et son positionnement - seul à la pointe d'un trident offensif - ne l'avaient pas aidé non plus.

Choupo-Moting ne change rien pour le Bayern… mais facilite la tâche du PSG

"Désormais, je joue plus comme un numéro dix excentré à gauche mais pas comme un ailier, expliquait-il en février, au moment d'évoquer le nouveau rôle que lui a conféré Thomas Tuchel. J'ai donc plus d'espaces pour mes courses au milieu et je peux jouer derrière un attaquant. Ou avec un numéro dix derrière moi, en tant que deuxième attaquant." Autre conséquence, bien moins avantageuse : Werner est aussi beaucoup plus loin du but. Le week-end dernier, face à West Brom, il n'a touché que cinq ballons dans la surface adverse. Forcément, marquer devient beaucoup plus difficile. Surtout en pleine crise de confiance.
Ton corps et ton cerveau savent comment marquer des buts
Car les dimensions physique et technique pourraient n'être qu'un écran de fumée. Derrière cette panne sèche, l'autre problème semble être psychologique. Hasard ou non, la période de vaches maigres a débuté le 17 novembre dernier, jour de l'humiliation qu'il avait vécue avec la Mannschaft, en Espagne (6-0). "Il rate des occasions de but et tout le monde ne parle que de ça, s'était agacé son manager Thomas Tuchel après son raté face à la Macédoine du Nord, en conférence de presse. C'est un peu agaçant. Je suis content qu'il soit de retour parmi nous car ici, il est protégé." L'ancien coach du Paris Saint-Germain, issu d'une nouvelle génération d'entraîneurs nounours réputés très proches de leurs joueurs, se retrouve là face à un cas d'école. Werner est rongé par le doute. Il y a peu, il avait même concédé se sentir en partie coupable du licenciement de Lampard.
Tuchel, lui, a déjà tenté de remettre son joueur sur les rails. En dédramatisant. La semaine dernière, le technicien des Blues l'a dispensé d'une partie de l'entraînement, alors que Werner souhaitait faire un peu de rab pour travailler sa finition devant le but. "Le gars met des buts depuis qu'il a 5 ans, a expliqué Thomas Tuchel en conférence de presse. Je lui ai dit : 'Tu n'as pas besoin de ça. Ton corps et ton cerveau savent comment marquer des buts.' Si une femme ne veut pas sortir avec vous pour dîner, vous n'allez pas la forcer. Vous prenez un peu de distance, et peut-être qu'elle vous rappellera. Les buts, eux aussi, reviendront." À Porto, la réussite se laissera-t-elle draguer par Werner ?

Timo Werner lors du match opposant Chelsea à Manchester United, le 28 février 2021, en Premier League

Crédit: Getty Images

Premier League
Le match entre Watford et Chelsea interrompu pour un malaise en tribune
HIER À 20:13
Premier League
Chelsea et Manchester City ne flanchent pas
HIER À 19:35