Le décalage est total. C’est pourtant bien ce qui illustre le mieux Eduardo Camavinga. Le 7 juillet dernier, depuis Dinard, c’est un gamin tout sourire qui fêtait l’obtention de son bac auprès de ses coéquipiers. Dans le car rennais, une musique tourne en boucle : celle de la Ligue des champions. Trois mois plus tard, c’est cet hymne iconique qui va encore accompagner le prodige rennais à un autre examen, au moins aussi important : celui de l’Europe.

Ligue des champions
"On était tellement des losers qu'on se disait que ça ne pouvait pas nous arriver"
16/10/2020 À 18:42

"Moi je la trouve belle cette chanson, pour un joueur ça peut donner des frissons, honnêtement", avouait lundi Damien Da Silva, conscient qu’il s’agira pour lui d’un aboutissement là où cela ressemble à un commencement pour "Cama". A 17 ans, le jeune milieu rennais est l’attraction de cette édition 2020, aux côtés des autres sensations attendues, d’Ansu Fati à Phil Foden ou Jude Bellingham.

De quoi lui mettre une pression démesurée ? Ce serait finalement peut-être le plus surprenant. Depuis ses débuts, le jeune milieu rennais n’a cessé d’impressionner, justement, par sa maturité. "Il est jeune, mais c’est comme Kylian (Mbappé), 'tu m’parles pas d’âge !', se marrait Paul Pogba au dernier rassemblement tricolore après avoir rencontré le phénomène. Les deux, je les mets dans le même sac : ils ont une sérénité, une maturité que je n’avais pas à cet âge. Être aussi à l’aise, c’est très bien, c’est un talent".

Qui pour succéder au Bayern ? Nos favoris à la victoire finale en Ligue des champions

Le joueur parfait pour la C1 ?

Dans un collectif rennais parfaitement huilé, notamment au milieu de terrain, Camavinga ressemble au joueur moderne par excellence. De ses débuts en sentinelle, il a gardé un sens de l’anticipation et du timing parfait, une capacité à jaillir dans les pieds et à gratter des ballons hauts, ô combien précieux dans ces matches au couteau. De son adaptation en relayeur, il a appris à prendre ses responsabilités à l’organisation, à créer le décalage, voire à se montrer décisif dès que la situation le demande, à l’image de son but en Bleu ou de son but d’ailier face à Montpellier.

En cela, la C1 sera un révélateur ô combien précieux pour Camavinga. Pour les recruteurs européens aussi, tous affairés autour de son cas pour une passe d’armes l’été prochain. Car cette polyvalence dans l’excellence, c’est finalement très rare. C’est ce que soulignait récemment Benoît Cauet auprès de Ouest France : "Il est toujours sur les lignes de passes de ses partenaires, expliquait l’ancien milieu de l’Inter. Il donne toujours la solution, se met toujours dans les angles où ils peuvent le toucher. Lui, après, peut faire vivre le ballon, changer le jeu ou créer la supériorité numérique grâce à sa capacité à se démarquer".

Partenaire privilégié et protecteur particulier, Steven Nzonzi ne disait pas autre chose lundi dans les colonnes de L’Equipe : "Il a un gros volume de jeu. Or, c’est quelque chose qu’on apprend avec l’âge d’habitude. C’est positif pour la suite. (…) C’est un joueur facile, dans le sens où il peut prendre le ballon et aller vers l’avant avec. Il peut aussi décrocher et le faire le jeu plus bas. Ce n’est pas compliqué de jouer avec lui, ni dans cette équipe, parce qu’il y a beaucoup de joueurs intelligents".

Haaland meilleur buteur, un grand Griezmann :Nos cinq paris osés de la saison de C1

Pour Deschamps, ça compte énormément

Alors, tout va bien dans le meilleur des mondes ? Pas si vite. Car même s’il a porté son pécule de matches pros à 50 vendredi face à Dijon (oui, déjà !), Camavinga reste un bijou à polir. Et la C1 et ses si "fameux détails" ne s’attardent jamais trop longtemps sur le sort des prodiges en devenir. Ca passe ou ça casse. C’est cet étalon-là qui va finalement guider la saison de "Cama". Car sa place en Bleu, dans le groupe mais pourquoi pas dans le onze, se jugera forcément à l’aune de ses prestations européennes.

Didier Deschamps a suffisamment insisté sur l’importance de l’expérience du haut niveau pour que le jeune rennais rate son grand rendez-vous. Mais visiblement, même lui ne semblait s’en faire outre-mesure après un premier rassemblement réussi chez les Bleus. "D’autres joueurs ont connu une sélection sans lendemain, expliquait Deschamps. Pour lui, je n’ai pas beaucoup de doutes qu’il aura beaucoup de lendemains". Surtout s’il brille en C1…

Eduardo Camavinga

Crédit: Getty Images

Ligue 1
Les Rennais encore frustrés
27/11/2020 À 21:53
Ligue 1
Guirassy, symbole de la crise de confiance de Rennes
26/11/2020 À 18:44