Pour utiliser des concepts à la mode, et qui parlent à tout le monde désormais, commençons donc par le monde d'avant et le monde d'après. Ajoutons-y de la jalousie, la peur de l'un, l'admiration de l'autre, une humiliation, des représailles et des egos boursoufflés. Barça - PSG, c'est d'abord l'histoire de la plus grande rivalité de la dernière décennie en Europe. Avant de se retrouver, encore une fois, en 8e de finale de la Ligue des champions, les deux clubs se détestent cordialement. Et voilà des années que ça dure. "PSG = arrogance sans grandeur", taclait encore dans un édito Mundo Deportivo, voix non-officielle du Barça, mercredi dernier. Mais alors pourquoi tant de haine ?

Carnage en contre et duo Griezmann-Messi à museler : les clés tactiques de Barça-PSG

On en revient à 2011, date d'entrée de QSI au capital du club parisien. Au monde d'avant et au monde d'après. Le PSG incarne tout ce que le vénérable Barça ne veut pas : un nouveau concurrent sur le marché des transferts puis, à moyen ou long terme, sur le terrain. Le Barça incarne tout ce après quoi court le nouveau PSG : le succès, la gloire, la reconnaissance et, surtout, l'image immaculée. En somme, un nouveau monde qui veut ressembler à l'ancien et un ancien qui ne veut pas du nouveau. Voilà pour les bases.
Ligue des champions
Attention Paris, Messi est en mission
15/02/2021 À 22:35

Les écussons des deux clubs ennemis

Crédit: Getty Images

Baril de poudre et l'étincelle Thiago Silva

PSG-Barça, c'est donc d'abord l'histoire d'un baril de poudre. Le dossier Thiago Silva servira de première étincelle. En 2013, le Barça drague le Brésilien. Paris met les barbelés. L'été suivant, les Catalans font le forcing pour Marquinhos qui se dit séduit. Le PSG montre les dents. Il n'en fait pas une question d'argent mais de principe. Pour grandir en Europe, affirmer ses ambitions et son autorité, il lui faudra tenir, plier sans rompre au détriment du Barça. Histoire de légitimer le projet et de se faire sa place parmi ceux qui ne veulent pas de lui.
Mais l'incendie se déclare réellement en 2017. En trois temps. D'abord sur le terrain. A la faveur d'une humiliation historique du PSG au Camp Nou (6-1). Le Barça et son maillot floqué Qatar Airways, éparpille Paris, Nasser Al-Khelaifi et l'émir voit rouge. Désormais, Doha, persuadé d'avoir cédé face à la puissance et l'aura d'un club qui ont fait pencher les décisions arbitrales de son côté, veut tout faire pour rattraper son bourreau du soir.

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2017, été sanglant

Puis en coulisses et en Une de la presse espagnole. Marco Verratti veut rejoindre le Barça et pose en Une de Mundo Deportivo. Mais le petit prince du Parc est le chouchou de l'émir. Quelques semaines seulement après la déculottée en Catalogne, pas question de vendre les bijoux de famille à celui qui vous a fait perdre la face. Là encore, il est question d'honneur et toute cette rivalité est d'abord à lire à travers ce prisme. La fierté, le respect. Tout ceci n'est finalement qu'un immense combat d'égos.
La réplique de QSI est terrible. Et la relation entre les deux clubs se tend jusqu'à l'explosion. Neymar va faire basculer l'histoire côté parisien sans que le Barça n'ait rien vu venir. Un chèque de 222 millions d'euros pour régler la clause de départ, une promesse d'un club qui se met en quatre pour en faire sa tête de gondole : le Brésilien plie bagage. C'est un tournant majeur dans un rapport de force qui s'inverse instantanément. Le Barça ne pardonnera jamais au PSG sa prise de guerre.
Dès lors, plus aucun transfert ne se négociera entre les deux géants. Il faudra soit passer par un club tiers (Daniel Alvès passé par la Juve), soit attendre les fins de contrat (Rafinha). La communication est rompue. Le 27 août 2018, au cœur d'un nouveau mercato incandescent, le quotidien Sport titre "Guerre totale PSG-Barça". Au centre du conflit, Adrien Rabiot et Ivan Rakitic. Le PSG menace d'attaquer Barcelone pour être entré en contact avec Rabiot avant les six derniers mois de son contrat. Les Catalans voient l'offensive sur Rakitic comme une vengeance parisienne.

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Bonjour le tricheur
Comme il ne parvient pas à subtiliser les Parisiens qu'il désire, le Barça s'active en coulisses. Il met, comme d'autres (le Bayern notamment), la pression sur l'UEFA et son fair-play financier pour diligenter une enquête sur l'été record du PSG à plus de 400 millions du PSG (Mbappé + Neymar). Dans les couloirs de l'instance européenne, les rapports entre les deux entités sont glaciales.
Selon Mundo Deportivo, Nasser Al-Khelaifi, qui s'est rapproché du Real et de Florentino Perez, ennemis jurés du Barça, salue son homologue Josep Bartomeu d'un chaleureux : "Bonjour le tricheur" en février 2019. En cause, le transfert de Frenkie De Jong qui a choisi sur le fil le Barça plutôt que le PSG quelques jours plus tôt. Désormais dans la même cour, les deux clubs se disputent les mêmes talents : De Jong donc mais aussi De Ligt, Koulibaly etc.

PSG, Le président Nasser Al-Khelaifi et Neymar lors de la présentation du Brésilien au public parisien

Crédit: Eurosport

L'été 2019 marque un énième tournant. Neymar veut revenir au bercail. Le Barça, qui vient de dépenser 120 millions d'euros pour Griezmann, n'en a pas les moyens. S'engage alors un formidable jeu de dupes qui va durer tout l'été. Le PSG ouvre la porte en sachant pertinemment que le Barça ne pourra pas satisfaire ses demandes. Le Barça fait mine de négocier.

Chacun se sert des intérêts supposés de l'autre

Paris lui reprochera d'avoir ouvert les négociations beaucoup trop tard et avec des offres fantoches en sachant pertinemment qu'il n'avait pas les moyens de s'offrir son ancien joueur. Le Barça blâmera le PSG de ne jamais avoir vraiment voulu mettre le Brésilien sur le marché. Là-encore, il convient de sortir de ce pugilat avec l'honneur sauf. Pour chacun, l'ennemi est une façon de remobiliser ses propres forces, de faire passer des messages en interne.
Leonardo recadre publiquement sa star et rappelle que l'institution est au-dessus de tout. La direction catalane prouve à un vestiaire, et surtout à Messi, hostile qu'il a tout fait pour faire revenir leur ami Neymar mais qu'elle s'est heurtée à l'intransigeance parisienne. Match nul ? Tout le monde est content ? Sûrement pas. Le nouveau point de tension s'appelle Lionel Messi. Face à une situation explosive pour le Barça, la fin de contrat du meilleur joueur de son histoire, le PSG exploite la brèche.

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Messi, ultime sacrilège

"Les grands joueurs comme Messi seront toujours mis sur la liste du PSG, prévient Leonardo le mois dernier dans les colonnes de France Football. On est assis à la grande table de ceux qui suivent le dossier de près. En fait, non, on n'est pas encore assis, mais notre chaise est juste réservée au cas où.." Le PSG ose s'attaquer à l'inattaquable. Sacrilège.
Quelques semaines plus tard, Messi fait la Une de l'hebdomadaire avec le maillot du PSG. C'en est trop. Toute la presse catalane est mobilisée. Sport et Mundo Deportivo, qui en connaissent un rayon sur le sujet, parlent de "harcèlement", de tentative de déstabilisation. Comme pour entretenir la guerre ouverte au plus haut sommet des deux clubs. Ce mardi, en Ligue des champions, il sera pour une fois question de ballon. Tout se réglera sur le terrain. Une bonne fois pour toutes ? Certainement pas…

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