Même pour lui, c'était complètement "fou". Alors imaginez pour les autres. Depuis dix ans maintenant, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo avaient pour habitude de se partager le Soulier d'Or, qui récompense chaque saison le meilleur buteur d'Europe tous championnats confondus. Un coup l'Argentin, l'autre le Portugais : seul Luis Suarez était parvenu à s'immiscer entre ces deux monstres en 2014 (à égalité avec CR7) et 2016. Mais ça, c'était avant. Avant cette saison 2019-2020 complètement dingue de Ciro Immobile, capable d'égaler le record de 36 buts de Gonzalo Higuain avec le Napoli en 2015-2016. Et à l'époque, personne n'aurait imaginé que cela puisse être possible. Du moins aussi rapidement. L'attaquant de la Lazio Rome, lui, l'a fait, s'adjugeant en prime le fameux Soulier d'or au nez et à la barbe d'un certain Robert Lewandoski. Un nouvel invité (surprise) à la table des grands.

Immobile, l’anomalie du Soulier d’Or ?

Serie A
Une semaine vraiment noire pour la Lazio
27/02/2021 À 20:08

"C'était fou de le battre (Lewandowski, ndlr) dans la course pour le Soulier d'Or. Défier de grands joueurs comme lui et Cristiano Ronaldo m'a apporté un grand bonheur", confiait Immobile au site de l'UEFA il y a quelques jours. Mardi soir, l'attaquant romain affrontera de nouveau celui du Bayern Munich. Mais cette fois sur le terrain et en huitième de finale de la Ligue des champions, s'il vous plaît. "Ce que j'aime le plus chez Robert Lewandowski ? Le fait qu'il n'est jamais satisfait. Chaque année, il essaie de s'améliorer et de dépasser ses limites, même si elles sont déjà exceptionnelles. C'est un attaquant complet", ajoutait l'international italien, estimant que son compère est tout simplement le meilleur "numéro 9 du monde" actuellement.

A l'étranger, ça n'a pas fonctionné

Pour Ciro Immobile, tout n'a pas été toujours aussi simple qu'aujourd'hui. Le natif de Torre Annunziata a dû faire preuve d'un sacré mental tout au long de sa carrière, jamais épargné par les critiques pour un niveau trop "limité" selon certains. Un présumé plafond de verre qu'il a brisé au fil du temps. Son deuxième huitième de finale de C1, mardi, ressemble donc à une belle revanche, notamment sur ceux qui le pensaient perdu après des expériences ratées au Borussia Dortmund et au FC Séville. Il faut dire qu'à l'étranger, Immobile ne s'est jamais imposé. Les raisons ? Un football différent, une mentalité à changer, la barrière de la langue et un jeu à faire évoluer. Pas simple quand on a fait toutes ses gammes en Italie.

"Quand tu pars à l'étranger, il faut changer de mentalité, expliquait récemment Cesare Prandelli, ancien sélectionneur de la Nazionale et actuellement sur le banc de la Fiorentina. Tu dois t'adapter aux nouvelles situations que tu as en face de toi. Pour un attaquant comme lui, qui a besoin de mouvements, de ballons en profondeur, capable de se démarquer de la ligne de défense adverse, c'est difficile. Tu passes d'un football où tu joues face au but à un autre où, souvent, tu lui tournes le dos."

Buteur contre Cologne, Ciro Immobile n'a pas pu éviter le nouveau revers du Borussia Dortmund

Crédit: Panoramic

En arrivant au BvB lors de la saison 2014-2015, Immobile a également dû endosser le costume du remplaçant de Robert Lewandowski. Vraiment pas évident. Jürgen Klopp, alors sur le banc du club allemand, s'était pourtant farci pas moins de 70 matches de l'ex-buteur du Genoa et Torino. "Soit plus que mon père", plaisantait d'ailleurs l'intéressé. Mais l'histoire n'a malheureusement pas marché, au point que Bild parlait à l'époque de "l'une des plus grandes erreurs de l'histoire de Dortmund". Une phrase toujours gravée dans la mémoire de Ciro Immobile, payé aux alentours de 20 millions d'euros à l'époque par le Borussia. Son expérience suivante à Séville ne sera guère plus flamboyante.

"Je me sentais mal, j'ai eu peu d'occasions. En janvier (2016, ndlr), j'ai pensé à partir, mais Emery m'a demandé de rester. Au début, j'ai marqué deux buts immédiatement, mais ensuite Emery m'a retiré à nouveau. Disons que quand on ne se sent pas membre du groupe, tout est inutile", confiait Immobile à Estadio Deportivo en avril 2020. "Je ne jouais jamais même quand je le méritais, rajoutait-il à France Football. Je n'ai pas un bon souvenir d'Emery." Pour en (re)trouver des bons, l'Italien décide de revenir dans la Botte dans la foulée. Après une nouvelle parenthèse au Torino, avec qui il a remporté son premier titre de "capocannoniere" (meilleur buteur, ndlr) en 2014, il débarque définitivement à la Lazio en juillet 2016 pour moins de 10 millions d'euros. Le début d'une sacrée histoire.

La déception Juve, le bonheur à la Lazio

Buteur exceptionnel, Ciro Immobile a su emmagasiner tous les enseignements de ses expériences passées. Réussies comme ratées. Celle avec la Juventus se situe entre les deux. Recruté en 2007 par un autre Ciro, mais Ferrara cette fois, l'attaquant pensait pouvoir s'imposer du côté de la Vieille Dame. Il permet notamment à la Primavera (réserve) de remporter le prestigieux tournoi de Viareggio en 2009 grâce à un doublé en finale face à la Sampdoria.

Immobile débute même avec l'équipe première lors d'un match remporté face à Bologne quelques mois après, en remplaçant un certain... Alessandro Del Piero. Rien que ça. Mais il comprend rapidement que la route est bouchée, notamment après l'arrivée d'Alessandro Matri en 2011. Et même son prêt explosif dans le Pescara de Zeman n'y change rien, malgré 28 buts inscrits aux côtés de Lorenzo Insigne et Marco Verratti. En 2014, bis repetita. Mais cette fois en Serie A et avec le maillot du Torino. Avec 23 buts, Immobile devient le 13e joueur de l'histoire à avoir réussi à terminer meilleur buteur de Serie A et de Serie B. Pas rassasié, il va remettre ça à deux reprises (2018, 2020) quelques années plus tard. Et cette fois avec les couleurs de la Lazio.

2011-2012, cIRO iMMOBILE, Pescara, Ap/LaPresse

Crédit: Eurosport

Depuis son arrivée dans la ville éternelle, Ciro Immobile s'éclate comme jamais. En 204 matches toutes compétitions confondues, l'international italien a inscrit 114 buts. De quoi poser le cadre. Il est le terminal offensif d'un collectif parfaitement huilé et orchesté par Simone Inzaghi, considéré comme l'un des meilleurs entraîneurs en circulation en Italie. Et avec des interprètes comme Luis Alberto et Sergej Milinkovic-Savic à ses côtés, c'est tout de suite plus simple. Très adroit techniquement, intelligent dans ses déplacements, létal dans ses conclusions, imprévisible dans ses choix, infatigable sur 90 minutes : Immobile a bien grandi, en perfectionnant un instinct du tueur qui l'a parfois quitté. Avant de mieux revenir. La confiance accordée et retrouvée à la Lazio a également tout changé. Souvent critiqué pour son rendement en Europe, le numéro 17 biancoceleste répond présent cette saison, avec cinq buts en quatre matches lors de la phase de groupes, dont deux face au Borussia Dortmund. Symbolique. Aucun joueur italien n'a fait mieux en C1 depuis Alessandro Del Piero et ses cinq buts en 2008-2009.

La Nazionale à conquérir

Le trône d'Italie, Ciro Immobile a su le conquérir. Celui européen aussi. Il n'en reste désormais plus qu'un. L'ultime. Celui qui est inoccupé depuis maintenant trop d'années. Incontesté et incontestable en club, l'attaquant de la Lazio peine encore à l'être avec la sélection italienne. Pourtant, la place n'est privatisée par personne. S'il sera certainement du voyage à l'Euro, il devra combattre avec son grand ami Andrea Belotti (Torino) pour gagner sa place. Et voire même avec Moise Kean, l'attaquant du PSG, toutefois souvent aligné dans le couloir droit par Roberto Mancini.

"Nous avons une manière de jouer qui est différente de celle en club, se justifiait récemment Immobile. Ce n'est pas simple parfois de s'adapter, tant nos mécanismes sont parfaitement répétés et intégrés en club. Mais je vais continuer à travailler pour rendre fier mon pays et marquer avec le maillot de l'Italie. C'est l'un de mes objectifs. Je veux gagner quelque chose avec cette équipe." Comme souvent, Immobile ne s'attarde donc pas vraiment sur les critiques qui peuvent parfois s'abattre sur lui. Sa réponse, c'est le terrain. Et c'est probablement la meilleure. Parole du dernier Soulier d'or.

Ciro Immobile

Crédit: Getty Images

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