Il fallait bien que ça arrive. Après quatre ans à la tête du Real Madrid, Zidane avait fini par craquer publiquement. Questionné de toutes parts par la presse, le Français avait troqué l'espace d'une conférence de presse son ton policé pour un ton vindicatif. "Ça parle d'un changement d'entraîneur. Tous les jours vous me virez, toi le premier. Je revendique le droit qu'on nous laisse travailler. La saison passé on a gagné la Liga. La saison passée, pas il y a 10 ans. Un peu de respect. Je demande seulement un peu de respect, lançait-il à un journaliste. Il faut assumer. Dites-le moi en face si vous voulez me remplacer, et pas seulement dans mon dos".
Depuis cette saillie inédite, l'équipe n'a plus perdu : deux nuls, onze victoires. Le printemps est arrivé et le Real Madrid est encore en vie. Il a survécu à 52 blessures, une élimination en Coupe contre une D3 et un mois de décembre où le spectre de la Ligue Europa planait dangereusement au-dessus des têtes madrilènes jadis couronnées.

Une équipe taillée pour la Ligue des Champions

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Finalement, l'équipe répète un schéma déjà vécu ces dernières années. Le Roi d'Europe est un spécialiste des retards à l'allumage. La tradition est à une crise en octobre-novembre puis à une récupération dès le retour des beaux jours. "Durant l'époque où Ronaldo était là, l'équipe était un peu désinvolte durant l'année et quand le printemps arrivait, elle sauvait sa saison. Avec des efforts intenses mais courts, avec cinq matches bien joués, tu pouvais sauver la saison et atteindre la gloire. La qualité individuelle avait une grande influence. Mais là c'est une surprise. Avec les mêmes joueurs, Madrid a perdu contre l'Ajax et est tombé face à City", s'étonne Alberto Egea, auteur pour The Tactical Room, au-devant de ce regain de forme spectaculaire.

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Ce collectif est taillé pour les gros matches et plus spécifiquement, il est fait pour la Ligue des Champions. En Europe, l'expérience vaut de l'or et los Vikingos est l'équipe qui compte le plus de kilomètres au compteur dans la compétition. "Les joueurs du Real ont énormément d'expérience et ne commettent pas d'erreurs individuelles. Au final ça fait la différence en comparaison avec d'autres équipes. En Liga ça n'a pas tant d'influence car il n'y a pas la même pression. Mais en Ligue des Champions, une erreur peut changer la dynamique, te faire douter. Et ça, ça n'arrive pas au Real", reprend Alberto Egea. Lorsque ça compte vraiment, les joueurs sont d'une fiabilité sans faille. Sergio Ramos a toujours été le meilleur exemple de cette mutation : pas toujours concentré en Liga, il devient infranchissable en milieu de semaine. L'espace d'une soirée, la vieillesse du onze de départ est balayée par sa qualité.

Un Real favori ?

Pourtant, des Madrilènes avec peu de vécu, il y en a un certain nombre : Valverde, Vinicius, Militão, Mendy, Rodrygo… Comment expliquer leurs bonnes performances lors des moments importants ? "Zidane a du mérite car il a réussi à faire rentrer beaucoup de joueurs dans ce cercle vertueux que forment Casemiro, Kroos, Modric, Benzema et Ramos. Il a réussi à les greffer à ce noyau dur", constate notre interlocuteur. Aux côtés des sénateurs, les jeunes pousses s'affirment. Une année de plus, le groupe est au point mentalement. Convaincu de ses forces, il contrôle ses gros matches d'une main de maître.
Que ce soit contre le Barça, Liverpool, l'Inter, l'Atalanta ou Séville, il n'a été mené au score qu'une seule fois. Mieux encore, il a pour habitude de se faciliter grandement la vie en marquant en première période. Il se contente alors de gérer tranquillement le ballon ou alors il se replie et adopte une approche plus directe en cherchant ses ailiers dans l'espace. Et si d'aventure un but vient compromettre son avantage au score, il se charge d'en inscrire un autre dans la foulée afin de reprendre le large (ça a été le cas contre l'Inter, l'Atalanta et contre Liverpool).

Karim Benzema (Real Madrid)

Crédit: Getty Images

Dans ces conditions, les Espagnols paraissent imprenables. S'ils parviennent à amener les rencontres sur leur terrain, difficile de les imaginer ne pas atteindre la finale. Ils ont de meilleurs joueurs que Liverpool, Chelsea ou Porto, davantage d'expérience et ne sont jamais aussi bons que lorsque la pression abonde. Mais ils ne sont pas infaillibles pour autant. Pour les battre, il faut s'inspirer des équipes de Liga !
Zidane a fait du Real une équipe aux antipodes du Bayern. Là où les Allemands n'ont aucun problème à se retrouver dans des matches débridés, les Espagnols sont plus à l'aise dans les matches sans histoire. Post-confinement, l'équipe avait remporté la Liga à base de très courtes victoires. Cette équipe a l'impérieuse nécessité de se sentir aux commandes du match. Les problèmes apparaissent au moment où son plan de départ est altéré. Se retrouver à courir après le score face à un bloc bas est le pire scénario possible pour cette équipe.
Dans ce type de situations, le travail de Zidane ne convainc pas autant : "ce qu'il me manque c'est que Zidane fasse un pas en avant en tant qu'entraîneur pour donner à ces joueurs cette chose dont ils ont besoin quand les individualités ne sont pas suffisantes : un tableau noir. Typiquement ce que font les équipes de Guardiola ou celle de Klopp la saison passée : enfermer le rival dans sa surface, générer des occasions, pénétrer par tous les couloirs, fixer à l'intérieur pour ressortir par l'extérieur. On n'a pas vu ce genre de choses avec Zidane et c'est pour ça qu'il a perdu tant de points en début de saison", analyse Alberto Egea.

Une faiblesse majeure à exploiter

Zidane est un entraîneur amoureux du talent. Dès son premier jour à la tête de la Maison Blanche, il a vanté la qualité de ses protégés en insistant sur le fait qu'il avait peu à leur apprendre. Ce dont avaient besoin ses joueurs, c'était de retrouver une liberté perdue sous Rafa Benítez. À cette époque, le Real n'avait pas besoin d'un joueur d'échecs sur son banc. Mais depuis son retour en 2021, la situation a bien changé. Zidane se retrouve à la tête d'un groupe moins talentueux aux avant-postes.
Présentement, ses attaquants ont besoin de mouvements travaillés, automatisés, afin de désarmer des blocs bas. "Moins tu as de qualité, plus tu as besoin de sentir la patte de ton entraîneur. Si tu n'as pas de dribbleurs ou de joueurs qui se créent des occasions, il faut faire appel au tableau noir. Si tu as beaucoup de talent, Zidane est l'entraîneur parfait. Mais là où le talent n'est pas suffisant, il faut faire appel à l'entraîneur et à ce niveau Zidane a un peu un déficit", explique Alberto Egea. Il ne s'agit plus de centrer et espérer trouver la tête de Cristiano Ronaldo.
Tout l'enjeu pour les adversaires du Real est d'exposer ces limites au grand jour. Comme tout maniaque du contrôle, l'équipe de la capitale réagit plutôt mal aux imprévus. Pour la faire dérailler, la meilleure recette consiste à marquer en premier avant de se barricader. Face à ce genre d'adversité, le champion de Liga est sans idées. À mesure que le temps passe, le désespoir poind dans son jeu. Sa partition devient stéréotypée, les centres se multiplient, les minutes finales voient systématiquement Ramos et Casemiro monter aux avant-postes dans une dernière tentative d'héroïsme aérien. Si les pensionnaires de l'Alfredo Di Stéfano se retrouvent dans de tels guêpiers, il existe une possibilité de mettre fin à leur aventure européenne. Sinon, on les retrouvera en finale. Une fois de plus.
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