Au Barça, beaucoup plus qu'ailleurs, les symboles sont fondamentaux. Les symboles, l'héritage, la filiation : le FC Barcelone a construit sa singularité, son histoire et ses succès ainsi. Parce qu'en Catalogne, on ne badine pas avec les emblèmes. C'est tout ce poids que doit aujourd'hui supporter Ansu Fati propulsé à la fois comme le successeur de celui auquel on ne peut pas succéder et le sauveur d'un club qui court à sa perte. Pour bien comprendre tout ce que symbolise – on y revient – le jeune garçon, il fallait écouter battre le pouls du Camp Nou au moment où, après 323 jours d'absence, il a de nouveau foulé la pelouse dimanche.
La clameur d'un stade anesthésié par un début de saison calamiteux, les "Ansu, Ansu, Ansu" descendus par milliers du vertigineux vaisseau blaugrana ont rappelé que si Fati n'était pas encore le sauveur, il incarnait déjà l'espoir. Et en ces temps douloureux pour les Catalans, c'est une précieuse bouée à laquelle s'accrocher. "Les fans du Barça croient très fort en lui, il peut devenir l'un des meilleurs joueurs du monde", nous éclaire Pablo Sarmiento, notre confrère d'Eurosport Espagne.
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Il fallait voir aussi ses coéquipiers le porter en triomphe, alors que le score était acquis avant son but, comme pour fêter le retour de l'élu et mesurer le degré de dépendance de l'équipe à son égard. En pleine crise existentielle, alors que Ronald Koeman a rebaptisé le tiki-taka, que le meilleur joueur de son histoire a mis les voiles, que la relève se fait attendre, Fati incarne ce point de repère auquel se raccrochent aujourd'hui les socios. Cet espoir de la Masia capable de ressusciter le grand Barça ou l'idée qu'ils s'en font.

Ansu Fati (FC Barcelone) porté en triomphe par ses coéquipiers, après son but face à Levante, le dimanche 26 septembre 2021 à l'occasion de son retour sur les terrains

Crédit: Imago

Un joueur différent
A l'échelle du géant catalan, Fati n'est pourtant pas encore grand-chose : 15 buts en 48 matches, aucune saison encore complète. Mais alors pourquoi ce gamin de 18 ans porte en lui toute cette furieuse attente ? D'abord parce qu'il est fait d'un autre bois. Il suffit de voir son entrée en jeu dimanche. Dix minutes sur la pelouse après une grave blessure au genou, une course de quarante mètres et un but au terme d'une frappe croisée. "C’est sa qualité individuelle, et c’est ce dont on a besoin, a réagi Alfred Schreuder, l'adjoint de Ronald Koeman. Il a créé un but à partir de rien." Ce qui tombe plutôt bien puisque l'animation offensive du Barça en son absence naviguait entre le médiocre et le néant.
"C'est un joueur différent, résumait son sélectionneur Luis Enrique avant sa blessure. À 17 ans, on faisait quoi, nous ? Petit à petit, en l’aidant, il a un avenir merveilleux". "Il est le meilleur joueur sorti de la Masia depuis la génération dorée (Xavi, Iniesta, Busquets, Messi), continue Pablo Sarmiento. Il est celui sur lequel Barcelone veut miser pour revenir au sommet, et contre Levante, il a donné plus de raisons de croire que ce sera le cas." Aujourd'hui, le Barça a besoin de regagner des titres… et d'oublier Lionel Messi. Pour l'un comme pour l'autre, Fati semble le mieux placé pour remplir la périlleuse mission.

Ansu Fati, le successeur de Lionel Messi ?

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Béni et protégé par Messi

C'est lui qui a hérité du lourd fardeau : le numéro 10 de Messi. Il est désigné, de fait, comme le successeur. Il s'inscrit déjà dans la lignée. Ronaldinho, ancien numéro 10 du Barça et idole du Camp Nou, avait adoubé Lionel Messi avant son départ en le couvant d'attention et en lui montrant le chemin. L'Argentin a agi de la même façon avec Fati au-delà du lien naturel qui les unit (poste, Masia, records de précocité) et l'avait désigné comme, Ronnie en son temps, comme son probable successeur.

Ansu Fati félicité par Lionel Messi après son doublé lors de Barcelone - Levante, le 2 février 2020

Crédit: Getty Images

"Il a un niveau de jeu impressionnant et les conditions pour réussir, s'enthousiasmait, en 2019, un Messi généralement avare en compliment. Il n'a que 16 ans. J'espère qu'il va continuer à prendre du plaisir et que toute l'euphorie qu'il peut y avoir autour de lui ne lui fera pas de mal, car il a toutes les qualités pour devenir un très grand." Conseiller par Rodrigo, le frère du sextuple Ballon d'Or, quand le Barça voulait le vendre au printemps 2020, Fati est finalement resté car le clan Messi a réussi à convaincre les dirigeants du Barça.

Sur un champ de ruines

Messi avait ajouté en 2019, au moment des premiers faits d'armes de son jeune acolyte : "J’aimerais qu'on le considère comme on l'a fait avec moi quand j'ai commencé, c'est-à-dire sans mettre la pression." Et c'est sans doute là que la comparaison s'arrête. Quand Messi pouvait compter sur certains des plus grands joueurs de l'histoire du Barça à ses côtés (Ronaldinho, Eto'o, Xavi, Iniesta, Puyol) pour s'épanouir à son rythme, Fati resurgit au milieu d'un champ de ruines et au cœur d'un Barça qui ne peut rêver de titre dans l'immédiat.
Difficile de croire qu'il y arrivera tout seul à 18 ans, même avec tout le talent du monde, le numéro 10 dans le dos et la bénédiction de Lionel Messi. Mais, comme l'écrivait Dostoïevski, "vivre sans espoir, c'est cesser de vivre", et le Barça ne veut pas mourir.
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