Bernard Lama, avec le match PSG-Real Madrid qui arrive ce mardi, est-ce que vous ressentez toujours le frisson de ce quart de finale de Coupe de l'UEFA mythique face aux Madrilènes, 29 ans après ?
Bernard Lama. : "Des frissons, non pas forcément, mais c'est clair que c'est un moment fort de notre parcours européen. C'était le début de notre aventure. Moi, je suis arrivé en 1992 au PSG. Pour beaucoup d'entre nous, c'était un sommet. Le genre de match qu'on n'avait pas encore joué. C'est peut-être ce qui nous empêche de réaliser un meilleur résultat à l'aller, à Madrid (ndlr : défaite 1-3). Le Real avait beaucoup de joueurs de niveau international, Paris aussi d'ailleurs. Mais nous en tant qu'équipe, on démarrait. On n'avait pas la grosse institution Real derrière nous. Ils avaient déjà gagné 8 Coupes d'Europe à cette époque-là (ndlr : 6 C1, 2 C3 mais aussi 25 titres en Liga avant 1993). On était le Petit Poucet, avec un titre de champion de France (ndlr : en 1986), donc pas grand chose par rapport à leur palmarès. On n'avait rien à perdre."
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Aviez-vous aussi l'ambition de prouver qu'il y avait un autre club que l'OM qui pouvait s'illustrer en Coupe d'Europe ?
B.L. : "Nous étions focalisés sur notre parcours. On était un groupe de joueurs, arrivés à un certain niveau de leur carrière et qui avaient besoin de titres. On ne souhaitait pas faire mieux qu'untel ou untel, on voulait juste faire mieux que nous-mêmes et écrire notre propre histoire."
En face, il y avait des attaquants redoutables : Emilio Butragueño ou Ivan Zamorano. Est-ce que l'un des deux joueurs a pu vous inquiéter avant le match aller ?
B.L. : "Je n'étais pas inquiet de quoi que ce soit. Par contre, on était pros, donc on avait étudié le jeu de l'adversaire. On savait que devant, il y avait Ivan Zamorano, qui était un très, très bon joueur de tête. Nous savions que le jeu aérien allait être important et que nous devions maîtriser cet aspect du jeu."
A l'issue du match aller, le PSG s'est incliné à Madrid. Avez-vous ressenti un sentiment d'inachevé ?
B.L. : "L'expérience a joué. Ils ont bénéficié d'un penalty en fin de match qui était limite. Un penalty que j'ai failli arrêter (ndlr : Bernard Lama l'a repoussé mais Michel a bien suivi et trouvé le chemin des filets). Pour moi, je ne l'ai pas arrêté. Sur le premier but qu'on encaisse à la suite d'un corner, ma responsabilité est en partie engagée. Il y avait quand même plusieurs erreurs de marquage à ce moment-là et j'ai essayé de les compenser. Sans réussir malheureusement. C'est vrai qu'on avait un arrière goût dans la bouche après le match aller car nous n'étions pas très contents du résultat. Mais ce qui a pesé dans le score du match retour (4-1), c'est l'attitude des joueurs du Real qui chambraient. Ils avaient trop parlé dans la presse."
On s'était rendu compte qu'on n'avait rien à leur envier
Qu'avaient-ils dit après le match aller ?
B.L. : "Ils nous avaient pris pour des petits joueurs et des rigolos. Ça, on n'avait pas trop apprécié. On en avait aussi après l'arbitre car il n'avait pas été très bon sur ce match aller. On était remonté. C'était notre première grande confrontation avec une grosse équipe sur le plan européen et on s'était rendu compte qu'on n'avait rien à leur envier."

Antoine Kombouaré, quatrième buteur du match PSG-Real 93, félicité par Michel Denisot.

Crédit: Getty Images

Avant le retour 16 jours plus tard, le vestiaire parisien était-il convaincu que "la remontada" était possible ?
B.L. : "A la veille du match retour, on s'est réuni dans ma chambre. On voulait jouer avec un attaquant supplémentaire. Donc, on a fait passer le message au coach Arthur Jorge. C'est la raison pour laquelle il a titularisé Amara Simba. On s'est remémoré leur attitude, on s'est motivé et le lendemain on est allé gagner. C'est une équipe qu'on a menée 3-0 avant le but d'Ivan Zamorano à la 91e minute. Ils ont su marquer le but à l'extérieur qui les maintenait en vie en prolongation, mais au final, on n'a pas eu besoin de la jouer. Ce but d'Antoine Kombouaré en toute fin de match, c'est là où on voit notre force mentale. Je ne suis pas certain qu'on aurait pu maintenir ce niveau-là en prolongation. Il y avait quand même de la fatigue. Après le but du Real, je me revois encore remonter le terrain avec le ballon et dire aux mecs : 'allez les gars, on y va, on continue'. Nous étions en train d'écrire notre propre histoire."
A l'échauffement, avez-vous senti que le public du Parc des Princes allait vous pousser encore plus que d'habitude ?
B.L. : "Le stade était électrique. C'était la première fois qu'on avait le Real Madrid au Parc des Princes en Coupe d'Europe. D'une part, le nom de l'adversaire ne pouvait qu'attirer les gens au stade, et d'autre part, les supporters parisiens avaient l'espoir d'une qualification après notre match aller. Ils ont participé à tout ça aussi. Ce n'était pas seulement les Parisiens ou la région parisienne qui nous soutenaient, mais toute la France était derrière nous. On jouait un jeudi et tous les autres matches européens de la semaine étaient terminés. Au Parc des Princes, le public était sur des charbons ardents. C'était une ambiance de dingue et nous, on n'a jamais rien lâché pendant toute la rencontre."
Quand George Weah ouvre le score à la 33e minute. Est-ce que vous vous dites que la qualification est possible ?
B.L. : "Cet état d'esprit-là, on l'avait déjà avant le match. Et après sur le terrain, tu réalises ce que tu as pensé avant."
Quels souvenirs gardez-vous du but de David Ginola conclu après une très belle action collective ?
B.L. : "Toute l'action, je ne l'ai vue qu'après. Quand tu es dans ton match, tu ne te rends pas forcément compte des cheminements. Mais c'est ce genre de choses-là qu'on est allé chercher dans notre motivation d'avant-match. Et après, il y a la qualité des joueurs sur le terrain qui traduisent cet état d'esprit. Nous, on savait faire des choses et on l'a montré. Puis il y a ce but d'Antoine, qui symbolise notre mentalité de l'époque."
Justement, quand Antoine Kombouaré dévie le ballon de la tête dans le but de Paco Buyo. Que ressentez-vous à ce moment-là ?
B.L. : "Comme tout le monde, je suis parti comme un fou sur le terrain. Puis je suis revenu rapidement vers mon but parce que le match n'était pas terminé. Après ce PSG-Real Madrid, je n'ai pas dormi pendant 48 heures. C'était impossible de dormir. Le niveau d’adrénaline était tellement élevé : waouh, waouh, waouh ! Je m'en souviendrai toujours. Pour nous, c'était la première fois qu'on vivait ce niveau d'émotion."
En termes d'émotion, ce PSG-Real Madrid 93 est au sommet
Est-ce que ce match est plus fort que le sacre en Coupe des Coupes 1996 face au Rapid Vienne ou que le titre de champion de France 1994 ?
B.L. : "En termes d'émotion, oui, ça n'a rien à voir. De ce point de vue-là, ce match est au sommet. Ensuite, le PSG-Rapid Vienne (1-0), c'est un aboutissement de tout ça, de trois-quatre ans de travail sur la scène européenne. Entre-temps, on s'est tapé des Naples, Juventus, Parme qui cartonnait à l'époque, La Corogne, Barça... On jouait contre le gratin européen. On a quand même joué cinq demi-finales de suite entre 1993 et 1997, et deux finales. Il n'y a que Barcelone qui a réussi dernièrement à enchaîner autant de demi-finales."
L'année suivante, le PSG a retrouvé le Real Madrid en quarts de finale de Coupe des vainqueurs de Coupe (C2). Vous avez gagné en Espagne (1-0) avant de tenir le match nul à domicile (1-1)...
B.L. : "Cette double-confrontation est moins marquante. On était au-dessus d'eux et c'était normal qu'on les batte. A l'époque, le Real Madrid avait une génération déclinante. Il y avait eu beaucoup moins d'intensité. C'était différent. Nous, comme le public, on s'attendait à être qualifié."
Enfin, comment voyez-vous le huitième de finale PSG-Real Madrid de cette saison 2021-22 ?
B.L. : "J'espère que les joueurs et l'équipe seront au maximum de leur capacité pour ce match-là et qu'on verra un bon PSG. On connaît Carlo Ancelotti, on sait comment ça fonctionne avec lui. En face, il y a une vraie équipe, c'est moins clinquant qu'à une certaine époque mais bien plus pragmatique et efficace. Donc il y a gros danger et Paris ne doit hypothéquer ses chances dès le match aller. Il n'y a pas de marge là. A ce niveau de la compétition, tout le monde est très fort et ça se joue à très peu de détails."
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