Onze ans après son arrivée entourée de mystère comme le Saint Suaire, Alfredo di Stéfano quitte le Real Madrid. Nous sommes en 1964 et c’est la plus belle page de l’histoire merengue qui se tourne. A présent, le référent est Paco Gento. Le gaucher caviar est, avec le mythique entraîneur Miguel Muñoz, à la tête d’une équipe 100% espagnole et rajeunie qui restera dans l’histoire comme "Le Madrid des Yé-Yé", référence à la chanson "She loves you" des Beatles et à une photo réunissant "La Galerna del Cantábrico" avec quatre coéquipiers portant des perruques pour imiter les scarabées dans le vent.
Deux après le départ de la Saeta Rubia, le Real Madrid parvient à remporter la Coupe d’Europe pour la sixième fois de son histoire. "Pour beaucoup de monde, notre jeunesse était un handicap pour gagner, écrivait Amancio dans les colonnes d’ABC en décembre 2012. Nous étions un bloc où le vétéran était Gento, 30 ans. Araquistáin et Pachín en avaient 28 et 26. Sanchís, Zoco et moi-même 25. Serena, qui a marqué le but vainqueur, 23. Pirri, Grosso et Velázquez 21."

Miguel Muñoz

Crédit: Imago

Ligue des champions
Chaos au Stade de France : trois hommes condamnés pour des portables volés
IL Y A 20 HEURES
Or l’élimination en demi-finale de l’Inter, double tenant du titre, et la victoire en finale contre le Partizan (2-1) dans un stade du Heysel pas encore de sinistre mémoire ont été le dernier abordage des Vikingos sur le Vieux Continent avant de dériver pendant 32 ans.
Une seule fois, le Real Madrid a pensé remettre la main sur les grandes oreilles. C’était en 1981, contre Liverpool, au Parc des Princes. Et pour les mordus de parallélismes capillotractés avec 41 ans d’écart, l’Espagne avait aussi terminé troisième à l’Eurovision. Depuis 1970, la Coupe d’Europe s’offre par séquences à un seul et même pays : les Pays-Bas jusqu’en 1973 (Feyenoord puis triplé de l’Ajax), l’Allemagne avec le Bayern (triplé en 1974, 1975 et 1976) et l’Angleterre depuis 1977. Les Reds ont signé un doublé en 1977 et 1978, imité par Nottingham Forest en 1979 et 1980 (et qui reste encore à ce jour le seul club à avoir remporté plus de C1 que de championnat). Dans le même temps, la Casa Blanca s’est contentée de nombreux succès domestiques (9 titres de champion, 4 Copa del Rey dont une en affrontant en finale… le Castilla en 1980) et de déceptions européennes (élimination en demi-finale en 1968, 1973, 1976 et 1980 ; défaite contre Chelsea en finale de la Coupe des Coupes 1971).

Les García, Stielike et ce furieux de Juanito

À cette époque, quand Madrid goûte à l’effervescence d’une finale continentale, c’est soit en tant qu’hôte (Santiago-Bernabéu en 1969 et 1980), soit avec l’Atlético (la légendaire "Casi" colchonera disputée en deux matches en 1974). Dominateur pendant 9 ans avec 6 titres de champion d’Espagne et 1 Copa del Rey, les Yé-Yé sont supplantés par l’arrivée d’un certain Johan Cruyff au FC Barcelone en 1973 mais cela ne dure qu’une saison. Le temps de voir émerger une nouvelle génération : le "Madrid de los García" (Mariano, Francisco, Rafael, Antonio et Ángel). Avec également Vicente del Bosque, Carlos Santillana, Juan Antonio Camacho, Juanito, Uli Stielike (dernier transfert de Santiago Bernabéu un an avant son décès en 1978) et Laurie Cunningham, cette équipe a mis fin à 15 ans d’attente… douchée à la 82e minute par une frappe en angle fermé du latéral gauche Alan Kennedy.
Cette finale perdue les armes à la main contre l’un des mastodontes du football européen n’a pas été vécue comme un traumatisme. Simplement, comme l’écrivent Marta et Ángel del Riego dans leur Biblia Blanca, "le Real Madrid, comme l'Espagne, était en dehors de l'Europe, loin en termes d'influence, de rythme, de physique et de style de vie. Et il n'y avait pas de Di Stéfano pour faire le miracle ni de Bernabéu pour orchestrer le club autour de sa silhouette dodue".
Cette génération "d’entre-deux-guerres", pour reprendre les mots des deux auteurs, est née à une période économiquement compliquée pour le club merengue, "des moments difficiles où il fut accusé de tous les défauts originels de la démocratie naissante". Cette génération composée d’une bonne partie de canteranos est également marquée par l’antagonisme entre l’Ouest-Allemand Stielike et l’Andalou Juanito, Vikingo emblématique encore célébré à chaque 7e minute au Santiago-Bernabéu et formé à…l’Atlético de Madrid. Un cocktail détonnant. "Les Madridistas sont des Prussiens sans discipline, mais avec plus de cœur. Seul le manque de courage n'est pas pardonné au Bernabéu, et le caractère intraitable (comme rédemption ultime, au-delà de l'intelligence et de la morale) unissait Stielike (ordre et efficacité) et Juanito (chaos, talent indompté) dans une inimitié intime". Bel euphémisme : en 1986, alors que Stielike a rejoint Neuchâtel Xamax, Juanito lui crache dessus lors d’un match de Coupe de l’UEFA…
Des remontadas hallucinantes en C3, des revers constants en C1
Le Real Madrid a attendu 15 ans pour disputer une huitième finale de C1 : il attendra encore 17 ans pour en jouer une neuvième. Paradoxalement, la génération de la "Quinta del Buitre" (Emilio Butragueño, Míchel, Miguel Pardeza, Rafael Martín Vázquez, Manolo Sanchís), championne de Segunda en 1983 sous les ordres d’Amancio, plus talentueuse, plus mémorable, plus emblématique, avec notamment cinq titres consécutifs en Liga de 1986 à 1990, ne parviendra pas à s’installer sur le toit de l’Europe. Elle se "contentera" de remporter la Coupe de l’UEFA de manière héroïque avec des remontadas fabuleuses contre l’HNK Rijeka, Anderlecht, l’Inter en 1985 puis Mönchengladbach et de nouveau l’Inter en 1986.

Le Real de la QInta del Buitre, Emilio Butragueno (au 1er rang, tout à gauche), le maudit de la C1.

Crédit: Imago

Le parcours merengue s’arrête inlassablement en demi-finale pendant 4 saisons contre le Bayern d’Udo Lattek en 1987 (avec le pisotón le plus célèbre de l’histoire du football espagnol de Juanito sur Lothar Matthaüs qui valut 5 ans de suspension de toute compétition européenne à son auteur), le PSV de Guus Hiddink en 1988, et le Milan d’Arrigo Sacchi en 1989. De nouveau battue par les Rossoneri en huitième en 1989 puis par le Spartak Moscou en quart en 1991, la Casa Blanca s’éclipse. Pendant que la Dream Team remporte sa première C1 en 1992, que la Coupe des Coupes s’offre au Real Zaragoza (avec Pardeza comme capitaine) en 1995 puis au Barça de Ronaldo Fenómeno et Luis Figo en 1997, le Real Madrid tombe en quart de C2 contre le PSG en 1994 puis en quart de C1 contre la Juventus en 1996.

Une histoire de bon Sanz

Sous la présidence de Lorenzo Sanz, arrivé à la présidence en novembre 1995, le Real Madrid amorce son retour sur le devant de la scène. En 1996, pour sa première saison avec les coudées franches, il recrute Fabio Capello pour gagner la Liga (ce sera chose faite) ainsi que 6 joueurs d’envergure internationale : Bodo Illgner, Roberto Carlos, Christian Panucci, Clarence Seedorf, Pedrag Mijatovic et Davor Suker. Il signe aussi un attaquant formé à Albacete qui sort de deux saisons probantes à Saragosse : Fernando Morientes.
Tous sauf le Croate sont titulaires à l’ArenA d’Amsterdam en finale de la Ligue des Champions 1998 contre la Juventus, la troisième consécutive pour les Bianconeri. Mais ce n’est plus Capello, le Míster qui a fait exploser la Dream Team de Cruyff à Athènes en 1994, qui est sur le banc, mais Jupp Heynckes. Au coup d’envoi, ils ne sont que 4 Espagnols qui vont par paire. La charnière associe Manolo Sanchís, fils d’une légende des Yé-Yé, capitaine et dernier vestige de la Quinta del Buitre, à Fernando Hierro, milieu défensif andalou porté vers l’attaque, arrivé de Valladolid en 1989 et replacé en défense centrale par Jorge Valdano. Devant, Mijatovic est épaulé par Morientes et un certain Raúl González Blanco, un buteur qui, comme Juanito, a été formé à l’Atlético, porte le 7 et deviendra une idole. Sur une frappe contrée de Roberto Carlos, Mijatovic, à l’affût, intercepte, dribble Angelo Peruzzi du pied droit et conclu dans le but vide du pied gauche. La minute ? 66, évidemment.
La disette prend fin. Le Real Madrid remporte la Séptima et, malgré une période de vaches maigres de 2002 à 2014, la Casa Blanca ajoutera 6 nouvelles C1 dans son armoire à trophées. En attendant la 14e samedi soir ?
Ligue des champions
La totale pour Canal+, qui diffusera les trois coupes d'Europe en intégralité à partir de 2024
29/06/2022 À 19:48
Ligue des champions
Incidents au Stade de France : Des supporters "traumatisés" accablent Darmanin au Sénat
21/06/2022 À 18:38