Los Mustang qui reprennent les Beatles. Ce début de saison de l'Atlético de Madrid est loin d'être catastrophique en termes de points, mais il est très loin du niveau affiché à pareille époque en 2020. Certes, Diego Simeone ne s'était pas converti en Telê Santana, mais le changement d'approche de ses Colchoneros était notoire quant au contenu offensif. Le cluster COVID, les blessures et tout simplement la trouille de remporter le titre l'ont fait progressivement oublier mais cette évolution augurait une saison 2021-2022 des plus captivantes, d'autant que les rivaux ne sont pas à leur zénith.
Mais à l'orée d'une semaine capitale avec une "finale" en Ligue des champions contre le FC Porto et un eterno derbi contre le Real Madrid, le doute assaille les Indios. Au moment d'aborder ces deux matches d'une importance cruciale, aussi bien sportivement que financièrement, une question reste en suspens, principalement chez les "haters" du Cholo : un autre entraîneur ferait-il mieux ?
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Liga
"Dans ce désespoir, on s'est parlé" : comment l'Atlético a basculé dans la folie
22/01/2022 À 23:36

Un secteur défensif calamiteux

C'est un lieu commun mais c'est pourtant la réalité : Diego Simeone est à la croisée des chemins. Car par sa longévité, son charisme, son salaire (45M€ bruts par an) et son effectif, on lui en demande beaucoup plus qu'à n'importe quel entraîneur de Liga, quand bien même il a mis l'Atleti durablement sur la carte des grands clubs, ce qui n'avait jamais été le cas auparavant. Chantre de la rigueur défensive, le Cholo a opéré une évolution gagnante la saison dernière. Cela a certainement échappé à ceux qui critiquent les Colchoneros sans regarder leurs matches et qui restent bloqués à une époque, certes pas si lointaine, où on s'ennuyait ferme.
"Analyser l'Atlético semble facile alors que c'est au contraire beaucoup plus complexe, explique le journaliste et écrivain Raúl Jimeno Menottinto. L'équipe actuelle est celle qui a le plus de ballon et le plus de velléités offensives depuis l'arrivée de Simeone. L'inconvénient actuel, c'est le manque d'automatismes alors qu'il n'y a jamais eu autant d'alternatives et qualité pour faire mal à l'adversaire".
L'Atlético de Madrid n'est plus une équipe défensive. Pour une raison bien simple : elle n'en a plus les moyens. Le "unocerismo", marquer et fermer la boutique, l'Atlético ne sait plus faire. "L'époque des Diego Godín, Joao Miranda, Juanfran est révolue, constate Julie Marchetti, journaliste à Canal+ et spécialiste des Indios pour le site furialiga.fr. On pouvait déjà s'en apercevoir la saison passée. A présent, Josema Giménez oscille entre blessures et rechutes, Stefan Savic est irrégulier quand il n'est pas suspendu comme en Ligue des champions ou blessé comme contre Mallorca, Mario Hermoso a baissé de niveau et Felipe manque de concentration. Et cela influe aussi sur les performances de Jan Oblak".
La défaite à domicile contre Mallorca le weekend dernier le confirme : l'Atleti ne sait plus verrouiller et prend des buts indignes de son passé. Depuis le début de saison, il a encaissé 16 buts en Liga (dont la moitié sur coups de pied arrêtés) et 7 en Champion's. En somme, l'Atlético affiche complet en attaque mais manque de profondeur pour composer son arrière-garde.
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Attaque pas (encore) d'attaque

Autre problème dans le secteur défensif : le positionnement de Koke qui est représentatif des tergiversations collectives depuis le début de saison. 2020-2021 a symbolisé la résurrection du capitaine mais l'arrivée de Rodrigo de Paul, assurément le meilleur Rojiblanco depuis le début de saison, a entraîné une modification du placement au milieu. Thomas Lemar, lui non plus guère épargné par les blessures, est plus à l'aise à côté de Marcos Llorente. Donc il faut faire de la place à gauche. Or comment opérer quand la tendance est de passer à trois attaquants ? "Koke n'est pas aussi rayonnant que la saison passée, note Julie Marchetti. Au contraire, il commet des erreurs et sort des prestations assez ternes". En somme, les qualités de RDP obstruent le champ d'action de l'international espagnol : "De Paul couvre beaucoup de terrain et, du coup, Koke n'est plus véritablement celui de la saison dernière", ajoute Raúl Jimeno Menottinto. Les profils tournés vers le but adverse ont pris le pouvoir, au point que le Capi n'apparaît plus aussi inamovible.
De l'embarras du choix au choix de l'embarras, il n'y a qu'un pas. 4-4-2, 4-3-3, 3-5-2. 3-4-3 : l'Atlético peut adopter plusieurs systèmes et cette abondance est telle qu'elle devient contre-productive. Les mécanismes ont besoin de répétitions et les rotations, subies (vu le nombre de blessures, viendra le jour où il faudra effectuer un sérieux état des lieux du travail du Profe Ortega) ou voulues, sont de nature à faire grincer les rouages. Cela se voit sur le plan défensif mais aussi dans le camp adverse.

Antoine Griezmann buteur lors de Atletico Madrid - Liverpool en Ligue des champions le 19 octobre 2021

Crédit: Getty Images

Le passage à trois en défense, coup de génie de Simeone

Il faudrait remonter à "La Seda y el Cristal" à la fin des années 1940-début des années 1950 pour retrouver trace d'une telle armada offensive à l'Atlético de Madrid. L'attaque colchonera a peu de rivale en Europe… encore faudrait-il qu'elle gagne en réalisme. Et même si les Indios ont inscrit 27 buts en Liga, ce qui en fait la deuxième attaque du championnat, le ressenti global est celui d'une équipe qui ne propose pas assez de jeu. Le retour d'Antoine Griezmann dans un collectif qui a beaucoup évolué en son absence doit encore être digéré. La venue impromptue de Luis Suárez en 2020 avait provoqué une évolution tactique pour rapprocher l'Uruguayen de la surface, le Pistolero étant incapable de presser comme un calus et de prendre la profondeur.
"Cependant, on s'aperçoit que le Français revient en forme et il a retrouvé le chemin des filets. Sur les dernières semaines, c'est même l'un des meilleurs", affirme Raúl Jimeno Menottinto. Ainsi, le passage à trois en défense avec les apports de Kieran Trippier à droite et Yannick Carrasco à gauche a été le coup de génie de Simeone. Mais l'absence de l'Anglais cette saison, remplacé (quand il n'a pas un pépin physique) par un Llorente plus à l'aise au milieu voire en seconde pointe, est préjudiciable dans l'équilibre de l'équipe. Car un Llorente en pleine possession de ses moyens et mis dans les meilleures conditions, c'est un Atlético beaucoup plus déséquilibrant et létal. La vitesse d'exécution et la création d'espaces sont les principaux défis rojiblancos car l'Atlético est passé petit à petit de l'autre côté du miroir, avec des adversaires qui attendent sagement en bloc avec des lignes resserrées pour mieux contrer. La revancha del tango !
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L'Atleti encore en phase de mutation

Malgré tout, l'Atlético de Madrid a tout pour se succéder à lui-même en Liga et performer en Ligue des champions. Or son irrégularité chronique ne s'estompe pas et devient son talon d'Achille. A chaque match ou presque, on s'interroge sur les capacités mentales de l'équipe. Les Rojiblancos peuvent se laisser distancer avant de réagir (Villarreal, Real Sociedad), s'arrêter de jouer après avoir fait la différence (Levante, Valencia, Mallorca) ou arracher un succès dans les derniers instants (Espanyol, Osasuna en Liga, Milan en Champion's).
Le plus frustrant, c'est qu'ils sont capables de réaliser des séquences abouties comme contre le Betis pendant 90 minutes ou Cádiz pendant 45. En revanche, en Ligue des champions, la compétition qui doit devenir le maître-étalon du club, les bonnes performances sont inexistantes depuis trop longtemps. Le 8e de finale contre Chelsea a été un renoncement par rapport aux innovations tactiques. Cette saison, hormis quelques minutes lors du premier duel contre Liverpool, l'Atlético est chaotique, triste et tout simplement pas au niveau requis pour une telle adversité.
Pour l'heure, les atermoiements du début de saison ressemblent fort à ceux de la fin de saison dernière. Encore en phase de mutation, l'Atleti ne paraît, pour l'instant, pas en mesure de lutter sur les deux tableaux. Privilégier la Liga, réaliser un doublé inédit depuis 1951 et accéder à une place dominante sur la scène domestique : les Colchoneros doivent se qualifier pour les 8e de finale de la C1 pour des raisons économiques mais c'est bien sur le championnat qu'ils doivent prioritairement se concentrer pour s'affirmer en tant que collectif et répondre aux attentes nées il y a un an.
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