Obnubilés que nous sommes par la santé et le futur de Kylian Mbappé, on en oublierait presque un autre événement majeur de ce huitième de finale retour entre Madrilènes et Parisiens. Mercredi soir sur les coups de 21 heures, Lionel Messi va retrouver une pelouse qu'il connaît par cœur pour l'avoir foulée chaque saison depuis 2005. L'Argentin y a réalisé des coups d'éclat, a martyrisé les socios "madridistas", et endossé le rôle de l'ennemi juré pendant de longues saisons. Sans jamais être vraiment reconnu par le public merengue.
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Le professeur Messi adepte des masterclass à Madrid

Son premier grand fait d'armes au Bernabéu remonte à 2009, dans un match où il avait mené une attaque tonitruante avec Samuel Eto'o et Thierry Henry, humiliant au passage le rival de toujours (6-2) grâce à un doublé et une passe décisive. Les années suivantes, la Pulga a de nouveau enfilé le costume du professeur à plusieurs reprises pour délivrer plusieurs "masterclass", de son slalom cultissime dans toute la défense madrilène en 2011 (2-0) à son triplé en 2014 lors d'un des plus grands Clasicos de l'histoire (4-3).
Messi adore ce stade, dont il a toujours su dompter la pression, pour devenir au fil des années le meilleur buteur dans l'histoire des oppositions Barça-Real avec 26 réalisations. Comme un symbole, 18 de ces buts ont été inscrits dans la capitale espagnole. Ses démonstrations successives ont même pu par moments rappeler la classe avec laquelle Ronaldinho avait éclaboussé un Clasico de 2005, au point de faire lever tout le public du Santiago-Bernabéu et applaudir le Maestro. Le public madrilène est certes difficile, mais il a pu se montrer clément devant le talent. Avec Messi, jamais.

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Il n'a pas reçu d'ovation, mais il ne pouvait pas en recevoir

Il l'aurait pourtant méritée, cette ovation, mais là où le génie brésilien incarnait le football et le plaisir du jeu, Messi a lui représenté l'ennemi à abattre et à tenter de faire déjouer tant que possible. Ce rapport de provocation au fur et à mesure des années a bien évidemment été catalysé par la période Mourinho au Real Madrid (2010-2013), avec des Clasicos plus rudes, dans une ambiance bien plus malsaine. Le gaucher est devenu la cible numéro une des défenseurs madrilènes, et le public a logiquement suivi avec ferveur les tentatives répétées de Sergio Ramos ou Pepe de faire sortir l'Argentin de ses rencontres, par des tacles appuyés ou des provocations en tous genres.
En dépit de ces traitements de faveur, le problème réside aussi dans la rivalité entre Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Ce duel entre les deux attaquants a tant cristallisé l'Espagne et la planète football pendant toutes ces années qu'il était impossible pour le public de Bernabéu de même songer à applaudir l'Argentin, au risque de froisser sa star portugaise. La posture de CR7 rend difficile, voire impossible d'aimer les deux joueurs, encore plus quand on est un aficionado de la Casa Blanca. Si Messi n'a pas eu son ovation à Madrid, c'est aussi parce qu'il ne pouvait tout simplement pas la recevoir.

Lionel Messi et le FC Barcelone célébrant le but de l'Argentin dans le temps additionnel lors d'un Clasico de 2017

Crédit: Getty Images

Au final, Messi a accepté d'être la cible des Merengue, et lui qui est d'ordinaire si calme est même devenu un adepte de l'opposition, voire du chambrage du public madrilène. Il y eut d'abord ce dégagement envoyé violemment dans les tribunes en avril 2011, lors d'une saison où les Clasicos avaient succédé aux Clasicos, et où les deux clubs s'étaient affrontés cinq fois. Et puis, surtout, cette célébration en 2017 après avoir donné au bout du temps additionnel la victoire aux Catalans (3-2), les bras levés vers le public madrilène avec le maillot tendu comme un trophée. Même lors de son dernier but inscrit à Madrid en 2018, le regard fixe défiant les supporters madrilènes symbolisait toute cette relation de 15 ans entre le public et son bourreau. Ce respect impossible, devenu désamour mutuel.

Un pénalty à évacuer, une tendance à rétablir

Les supporters madrilènes n'ont cependant pas boudé leur plaisir en voyant Leo Messi rester muet lors de ses quatre dernières visites à Madrid. Symbole encore plus criant de sa mauvaise passe face aux Merengue, le septuple Ballon d'Or reste sur huit matches sans scorer face au Real. Mais en Ligue des champions, il n'a joué qu'une seule fois au Bernabéu en 2011, pour un doublé en demi-finale dont un but magistral. De quoi calmer les ardeurs les plus farouches côté espagnol avant le choc de mercredi.

Lionel Messi célébrant son but sur la pelouse du Real Madrid avec le FC Barcelone

Crédit: Getty Images

Il faudra aussi pour l'Argentin évacuer la déception du penalty raté à l'aller, et plus généralement passer outre une saison jusque-là décevante. Avec un stade aussi familier, il aura peut-être davantage de repères qu'en Ligue 1 cette saison. En entrant sur la pelouse madrilène mercredi soir, Messi sera sifflé, pas de surprise. Mais si le pied gauche de Kylian Mbappé tient le choc, La Pulga n'aura pas la pancarte de "menace numéro un" qu'il avait avec Barcelone, et en sera peut-être plus libéré. Ça n'en serait que plus dangereux pour les Merengue.
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