21h36. Avec un peu plus d’une demi-heure de retard, Clément Turpin a le sifflet à la bouche, prêt à donner le coup d’envoi de la 67e finale de Ligue des champions. Pourtant, les tribunes ne sont pas encore combles, et des supporters liverpuldiens agitent affolés leur billet entre les grilles ceinturant le Stade de France, rebaptisé "Stade de farce" par The Sun après cette scène lunaire, captée avec stupeur et désenchantement dans les rangs anglais.
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Chaos au Stade de France : trois hommes condamnés pour des portables volés
HIER À 21:14
Mes amis et ma famille ont été gazés
Ancien capitaine des Reds devenu consultant pour la télé anglaise, Jamie Carragher n’a pas mâché ses mots à l’encontre de l’organisation sur ses réseaux sociaux. Submergés par le flux abondant de fans, les policiers et gendarmes ont usé de gaz lacrymogènes pour disperser les foules. Une répression "choquante" pour Carragher, dont "les amis et la famille ont été gazés à la sortie". Lui aussi consterné du triste spectacle livré en mondovision, Gary Lineker, ancien international anglais, s’est scandalisé devant "un événement difficile d’être plus mal organisé. Absolument chaotique et dangereux".
Le Telegraph publie de son côté le récit accablant de Jason Burt, le chef de la rubrique football du journal. "J'étais devant la porte Y quand j'ai été pris dans les gaz lacrymogènes utilisés sans discernement par la police anti-émeute française au Stade de France. Je parlais à des supporters qui attendaient tranquillement, certains depuis trois heures, quand ils ont atteint mon visage, me piquant les yeux, mes lèvres et ma langue. J'ai vu qu'on en dispersait. Je n'arrivais pas à y croire (...) c'était absolument honteux", a-t-il raconté dans un billet.

Les supporters de Liverpool aux portes du Stade de France

Crédit: Getty Images

La réponse de l’UEFA, qui a d’abord justifié le retard du coup d’envoi par "l’arrivée tardive des fans" et "des incidents autour de l’enceinte", n’a pas calmé les esprits. Dans un communiqué, l’instance a vilipendé les détenteurs de faux billets, responsables d’un "attroupement" parasitant le filtrage des spectateurs. Les fans des Reds ont été par ailleurs pointé du doigt par le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin, qui a dénoncé dans un Tweet "des milliers de supporters britanniques sans billet ou avec des faux billets qui ont forcé les entrées" du Stade de France. Soixante-huit personnes ont été interpellées et 39 placées en garde à vue suite à ces incidents.
Ce scénario des autorités est vivement contesté par des témoins sur place, des supporters à différents journalistes. Soulignant les "goulots d'étranglement" vers lesquels étaient dirigés les supporters des Reds pourtant arrivés deux heures et demi avant le coup d'envoi et les contrôles "insupportablement lents", Jason Burt estime que "c'est une honte que l'UEFA ait accusé les supporters d'être arrivés tardivement. C'est tout simplement faux. Ils ont essayé de lancer leur version. Maintenant, ils doivent s'excuser". Échaudé par le traitement réservé à ses suiveurs, le club de la Mersey a officialisé la demande d’une enquête sur les causes "de ces troubles inacceptables".
Indigne d’une finale de Ligue des champions
Témoin des remous autour du stade, Marvin Matip, frère du défenseur de Liverpool Joël, s’est confié à Sky Sport Allemagne dans des propos relayés par le Daily Mail : "L’organisation autour et dans le stade est indigne d’une finale de Ligue des champions. Faire l’usage de gaz lacrymogènes dans une zone avec des enfants et des fans pacifiques est dangereux !". Présent avec sa femme, enceinte, et sa famille, Marvin Matip a été forcé de fuir les lieux et de se réfugier dans un restaurant, hors de portée des volutes de gaz.
Invité à réagir à l’issue de la finale perdue contre le Real Madrid (0-1), Andrew Robertson a pointé de son côté "la pagaille" dans l’organisation. L’Ecossais a confié à BBC Sport qu’il avait offert un billet à un ami, dont l’accès au stade lui a finalement été refusé : "On a affirmé à mon ami que son billet était faux, et je vous assure qu’il ne l’était pas".
Robertson s’est également ému du traitement réservé aux supporters : "Pour être honnête, les gens étaient juste à l’heure et paniquaient. Disperser les foules avec du gaz lacrymogène est inacceptable, s'est offusqué le latéral gauche. C’était horrible pour nos fans et nos familles qui ont subi tout ça. Ce fut une mauvaise expérience, pas une belle finale à suivre. La Ligue des champions devrait être une fête, mais elle ne l’a pas été. Évidemment que la finale ne devait initialement pas se tenir ici, et que cela a influé sur les préparatifs. Mais je suis sûr que dans les prochains jours une enquête fera la lumière sur cette histoire". Décidément, les lendemains s'annoncent pénibles pour les Reds.
(Avec AFP)
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