Une balle perdue. La tête baissée. Et un replacement en marchant. Si vous avez eu le loisir d’observer Lionel Messi depuis le début de saison, cet enchaînement n’a rien d’étranger pour vous. C’était même particulièrement frappant face à Manchester City fin novembre (2-1) où l’attitude similaire de ses compères d’attaque avait donné de l’eau au moulin des détracteurs du trio supposément magique du PSG. Quatre mois à peine après son arrivée, la nonchalance supposée du septuple Ballon d’Or a déjà fini d’exaspérer certains supporters parisiens. Mais pas que.
"Je le vois faire sa balade et je me dis : 'Mais il n’a pas honte ?!', s’est notamment emporté Rafael van der Vaart au micro de Ziggo Sports. Je commence à être énervé contre Messi et c’est franchement dommage car il n’y en aura pas d’autres comme lui après. Ça a commencé sous Ronald Koeman. Pour moi, c’est un refus de travailler et ce n’est pas bien de la part d’un joueur comme Messi".
Au risque de froisser un peu plus le Néerlandais, Messi qui marche n’a pourtant rien d’un phénomène récent. Grâce à des données fournies par la FIFA, la RTS avait calculé que la star argentine n’avait eu que… 4 minutes de courses effectives face à l’Islande au Mondial 2018, où il avait terminé la phase de groupes en étant le joueur ayant parcouru le moins de kilomètres de tous les participants en Russie.
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A l’heure du "heavy-metal football" de Jürgen Klopp et autres, la statistique fait tâche. Et l’attitude fait encore plus mal à un PSG dont c’était déjà le principal défaut avant son arrivée. Le système défensif en 7-3 souvent entrevu lors des matches parisiens fait d’autant plus mal qu’il va à l’encontre des besoins d’une équipe prétendante au sacre final en C1 en 2021. "Les stars doivent courir comme n’importe quel joueur, sinon l’équipe ne peut pas faire face", expliquait déjà Pep Guardiola en 2019 à Catalunya Radio. Le contraste fut d’ailleurs saisissant entre des Citizens aptes à presser haut, grâce au travail des attaquants, à l’inverse de celui d’un PSG condamné à être coupé en deux.

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Guardiola : "Il n’est pas déconnecté du jeu"

"J'accepte de courir quand Messi marche, pas de problème !", avait pourtant promis Kylian Mbappé en octobre dernier. Preuve qu’à Paris, tout le monde avait anticipé cette attitude qui a longtemps été une force. Car Messi qui marche, c’est surtout un Messi qui réfléchit. Là où certains choisissent l’intensité et se retrouvent parfois la tête dans le guidon, l’Argentin préfère prendre du recul et du temps (beaucoup parfois) pour analyser les forces en présence.
C’est encore Guardiola qui l’expliquait le mieux dans This Is Football, le documentaire d’Amazon. "Il observe, il marche, c’est ce que je préfère, je crois, expliquait, admiratif, le technicien catalan. Il n’est pas déconnecté du jeu, il est impliqué. Il bouge la tête, à droite, à gauche, à droite, à gauche. Il sait exactement ce qu’il va se passer. Sa tête est constamment en mouvement. Il ne court pas mais regarde systématiquement ce qu’il se passe. Il sent les points faibles de la ligne défensive adverse. Après 5 ou 10 minutes, il a le plan, dans ses yeux, dans sa tête, pour savoir exactement où sont les espaces et quel est le panorama global. C’est comme être dans la jungle et savoir survivre".
Autrement dit, Messi s’adapte et, comme un prédateur, il attend l’heure adéquate pour attaquer. Le guépard Messi sauve donc l’énergie nécessaire en amont. Une attitude qui avait inspiré cette phrase pleine de finesse à José Mendilibar, entraîneur d’Eibar en 2020, lorsqu’il fut interrogé sur une possible mise au repos de la Pulga contre son équipe. "Ce salaud se repose pendant les matchs, avait-il avancé. Il sait quand il doit participer et quand il doit se reposer. Si on lui accordait un jour de congé, il se fatiguerait davantage à suivre la rencontre depuis les tribunes". Un 5-0 encaissé et un triplé de Messi avaient fait office de punition après l’offense publique.
Jusqu’ici, le Barça et l’Argentine ont toujours cherché à s’adapter à cette habitude. Ils auraient eu tort de ne pas le faire tant elle garantissait un apport offensif trop important pour le rogner. Lors d’un Clasico au Bernabéu en 2017, El Periodico avait recensé toutes les courses de Messi. Résultat : le numéro 10 blaugrana avait marché pendant 83% du temps, sur les 8 kilomètres qu’il avait parcourus. Des chiffres qui auraient dû être problématiques. Pas pour lui. Buteur sur penalty, il avait également offert une passe décisive dans le temps additionnel après un coup de rein foudroyant (3-0). De l’intérêt de garder ses forces…

Leo Messi (Barcelona) - Stadium Santiago Bernabeu

Crédit: Getty Images

Son rendement justifie-t-il ce sacrifice ?

Dans la même interview de 2019 où il demandait à ses stars de mettre le bleu de travail, Guardiola, toujours lui, évoquait l’évolution de Messi et le poids des années sur son style de jeu. "Si quelqu’un ne court pas mais marque trois buts à chaque match, je peux le comprendre et l’accepter mais personne ne met trois buts par match, seul Messi s’en approche, avait-il avancé. En ce moment, tu dois demander à Messi de faire un effort bref. Il ne peut pas courir pour courir, surtout pas. Si Leo courait comme il courait avec moi lors de sa première saison, il se blesserait tous les trois mois. Gérer une légende de 30 ans ou plus est le plus difficile pour un entraîneur".
En 2021, le constat est similaire mais Messi a pris deux ans de plus. Surtout, son efficacité offensive (4 buts et 3 passes en 13 matches) depuis son arrivée rend forcément ce sacrifice bien moins rentable. A 34 ans, Mauricio Pochettino, pourtant attaché à un pressing de tout terrain dans ses anciennes équipes, ne peut pas vraiment changer grand-chose à ce constat. Pire, il doit aussi l’appliquer à Neymar et Mbappé, joueurs explosifs par nature, pour espérer que son trio magique tourne enfin à plein régime. Le cul-de-sac est réel. Mais la magie du marcheur Messi est censée être éternelle…
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