Et si c'était ça son ADN ? Quelque chose qui ne ressemble pas à son sélectionneur, ce petit supplément d'âme, cette folie pure qui la transcende quand le gouffre s'avance sous ses pieds. Soit pour l'éviter le plus souvent, ou pour s'y précipiter comme en juin dernier. L'équipe de France est une équipe de frappadingues. Et le scénario de France-Belgique en rappelle d'autres tout aussi décousus et échevelés.

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Equipe de France
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23/06/2022 À 06:28
C'est ainsi qu'elle s'est construite depuis des années dans l'émotion des soirées où rien n'est plus rationnel, où tout peut se passer, où elle avance sur un fil. Depuis son fondement même, un soir de première remontada face à l'Ukraine à l'automne 2013. Ce jour-là, l'improbable héros s'appelait Mamadou Sakho et il avait emmené tout le monde dans sa folie jusqu'au Brésil.

Buteurs face à l'Ukraine, Mamadou Sakho et Karim Benzema envoyaient les Bleus au Mondial 2014.

Crédit: Getty Images

Les grands jalons de l'histoire des Bleus, depuis 8 ans, sont nés au terme de soirées renversantes et déraisonnables. Didier Deschamps, le pragmatique, réputé pour la rigueur de ses plans d'attaque et l'étanchéité de ses équipes, a donc construit ses plus grands succès dans le laisser-aller. Curieux paradoxe. Depuis donc le one-man show de Sakho face à l'Ukraine, on retiendra cinq matches fous et fondateurs :
  • France – Argentine (4-3), 8e de finale Coupe du monde 2018. Une corrida sans nom, des renversements de situation en pagaille, le match le plus spectaculaire du Mondial. Et Benjamin Pavard comme héros inattendu d'un 8e de finale sans queue ni tête. Un match fondateur qui a lancé la conquête après un premier tour laborieux et sans frisson. Ce soir-là, un état d'esprit est né.

Benjamin Pavard lors de son but face à l'Argentine

Crédit: Getty Images

  • France – Croatie (4-2), finale Coupe du monde 2018. Six buts, une finale absolument illisible avec des Bleus dominés mais en tête après 45 minutes laborieuses. Le talent des individualités tricolores a fait la différence en seconde période pour arracher le deuxième sacre mondial de l'équipe de France. Mais aujourd'hui encore, cette
  • France – Portugal (2-2), match de poules Euro 2020. Les Bleus ont rarement été aussi dominés et après l'ouverture du score portugaise, ils courent sur le terrain comme des poulets sans tête. Ils s'en remettent alors au talent de Pogba et Benzema pour s'en sortir miraculeusement (2-2) après un match sans logique. Personne ne sait ce que vaut encore cette équipe capable du meilleur comme du pire et la soirée hongroise préfigure le gadin roumain.

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  • France – Suisse (3-3, 4 tab à 5), 8e de finale Euro 2020. Cette fois, la fureur de l'interminable nuit a emporté les Bleus. Comme souvent, ils n'ont pas existé en première période avant de s'en remettre à leurs talents individuels (Benzema, Pogba). Mais, la France, passée par toutes les émotions, a connu un dernier trou d'air en prolongation, fatal. La Suisse aurait pu plier le match, les Bleus aussi et tout s'est joué sur un tir au but raté. La soirée fut aussi immense que le fiasco. Le plus grand échec des Bleus de DD.
  • France – Belgique, demi-finale Ligue des Nations 2021. Pour la première fois de leur histoire, les Bleus ont remonté un retard de deux buts et face à l'une des meilleures nations du monde. Seule cette équipe-là en était capable. Alors qu'on la pensait morte et enterrée à la pause, elle a ressuscité pour s'imposer sur le fil sur une mine d'un Théo Hernandez qui fêtait sa deuxième sélection. Improbable. A un an du Qatar, revoilà les Bleus conquérants.

Les Bleus ont-ils sauvé la tête de Deschamps ?

Dans ses courses éperdues pour sauver sa tête, la France a finalement construit son ADN. Bien sûr, il existe des contre-exemples comme la demi-finale face aux Belges en 2018 (1-0) ou la leçon infligée aux Allemands à Munich en juin (0-1). Des exceptions au regard du parcours de cette équipe à réaction, qui ne maîtrise pas grand-chose et qui survit grâce au talent d'une génération exceptionnelle. Voilà peut-être l'identité de ce groupe. Dans toute son histoire, la France n'a connu que 28 renversements de situation victorieux en compétition dont près d'un tiers (9) sous le seul mandat de Didier Deschamps. "La qualité, on l'a. Mais il y a aussi de l'orgueil et de la fierté dans ce groupe", résumait le sélectionneur jeudi en conférence de presse.
Alors oui, on est loin de la maîtrise des Espagnols entre 2008 et 2012 ou de la machine collective allemande en 2014. Ces Bleus sont les champions du monde de l'irrationnel et de l'émotion. Ils n'en ont pas moins de mérite. Et franchement, après la soirée de Turin, on aurait du mal à s'en plaindre.
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