C'est une petite phrase qui est venue instinctivement à Fabio Caressa, commentateur phare du groupe Sky Italia, dont le duo avec Giuseppe Bergomi est devenu culte depuis la Coupe du monde 2006. Lors du dernier Euro 2020, le journaliste de 54 ans, qui commente généralement un but en prononçant le nom et prénom de joueur, s'est accordé un léger écart avec Federico Chiesa. Précision importante : "chiesa", dans la langue de Dante, signifie "église". Alors, à la première réalisation du joueur de la Juventus face à l'Autriche en huitième de finale (2-1, a.p), on pouvait l'entendre hurler : "la chiesa al centro del villaggio !", soit littéralement "l'église au milieu du village !". Rebelote en demi-finale face à l'Espagne (1-1, 4.2 t.a.b), lorsque le numéro 14 enroulait parfaitement sa frappe pour tromper Unai Simon. Mais pourquoi cette idée ?
"C'est évidemment dérivé de l'expression française : "Remettre l'église au milieu du village", confiera-t-il à la fin de l'Euro. Je l'avais entendue pour la première fois grâce à Rudi Garcia lors de son passage à l'AS Rome, et je l'avais également lue dans L'Equipe. C'était une façon de dire : nous sommes de retour, l'Italie est bien là, avec ses valeurs. Avec Chiesa, le jeu de mots était plutôt simple." Il faut dire que ce dernier a bien aidé à (re)placer la fameuse église au milieu d'un village désert après la non-qualification à la Coupe du monde 2018. Sans lui et sa montée en puissance au fil des matches, la Nazionale aurait-elle remporté l'Euro ? Personne ne le saura jamais. Mais une chose est sûre : Federico Chiesa est aujourd'hui un taulier de sa sélection. Et de la Juventus, aussi.
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15/11/2021 À 22:34

La lumière dans l'ombre

Débarqué à Turin en octobre 2020 après des années à la Fiorentina, où il était arrivé à l'âge de dix ans avant de débuter en août 2016 à 18 ans, Chiesa a pourtant longtemps suscité des doutes, notamment en raison de son prix. Accrochez-vous bien, voici la formule du deal trouvé à l'époque avec la Viola. Tout d'abord, il s'agit d'un prêt payant de deux ans (3 millions la première année, 7 millions la deuxième). Puis une option d'achat fixée à 40 millions entre les parties. Mais cette dernière se transforme en obligation si l'une de ces trois conditions venait à être remplie : la Juve arrive dans le top 4 (chose faite la saison dernière), 60% des matches joués (avec au moins 30 minutes de jeu) ou l'objectif de 10 buts et 10 passes décisives. En plus de ce casse-tête, ajoutez-y 10 millions d'euros de bonus. Au total, la Juve a prévu une dépense de 60 millions d'euros. A l'époque, on imaginait que l'affaire était pour la Fiorentina. Un an plus tard, ce n'est plus vraiment certain.
Après une période d'adaptation plutôt logique, Chiesa a rapidement carburé la saison dernière dans une Juve en perdition. Longtemps, il l'a même portée à bout de bras, n'en déplaise à Cristiano Ronaldo. Malgré une position qui variait de semaine en semaine selon les humeurs de Pirlo, le fils prodige ne s'est jamais plaint, faisant toujours preuve de grand caractère et d'une implication sans relâche.
Qu'importe s'il était aligné ailier ou milieu, à gauche ou à droite. Lui donnait toujours le maximum, montrant ainsi l'exemple à tous ses coéquipiers. Au total, il pourra se targuer d'avoir inscrit 15 buts et délivré 11 passes décisives dans une équipe qui n'a jamais vraiment tourné, mais qui est parvenue à arracher sur le fil son billet pour la Ligue des champions. "Je tiens toutefois à remercier Pirlo, confiera-t-il après le licenciement de ce dernier. Il m'a donné beaucoup de conseils et de confiance." Dans l'une des pires saisons de l'histoire récente de la Juve, Chiesa en restera l'une des seules satisfactions. Aucune contestation possible.
C'est le meilleur joueur italien actuellement
Certains ont tendance à l'oublier, mais l'Euro 2020 de Chiesa commence sur le banc. D'abord face à la Turquie, ensuite face à la Suisse, au détriment de Domenico Berardi. Titulaire face au Pays de Galles dans un match sans enjeu, le fils de Papa Enrico y retourne contre l'Autriche lors du début de la phase finale. Mais quand Mancini décide de le faire entrer, Chiesa change son destin et celui d'un match bien mal engagé. Buteur en début de prolongation après un enchaînement parfait, du contrôle du pied droit à la reprise du gauche, "Fede" ouvre la voie à ses coéquipiers. La suite, tout le monde la connaît. Roberto Mancini ne le sortira plus de son onze et l'Italie remportera l'Euro.
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Sur un terrain, Chiesa sait tout faire. Dans sa palette, notamment, la percussion, le dribble, la frappe et la finition. Sa capacité à créer le danger en partant d'une situation anodine est bluffante. "Pour moi, il peut devenir unique en son genre, expliquait David Trezeguet la semaine passée dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport. Il a cette capacité à éliminer son adversaire qui est presque déconcertante. Federico ne pense pas beaucoup, mais il est toujours décisif, probablement plus que personne. C'est un joueur différent des autres, qui s'amuse tout le temps quand il joue. Même quand il fait une erreur, il donne l'impression de se divertir. C'est la chose la plus importante. Actuellement, il est le meilleur joueur italien en circulation."
Sa polyvalence est également un atout. Pendant l'Euro, Mancini l'a notamment utilisé au poste de deuxième attaquant face à la Suisse, puis ailier droit contre l'Autriche ou encore ailier gauche lors de la confrontation contre l'Espagne. Son but face à la Roja arrive d'ailleurs dans cette position. Chiesa possède toutes les qualités du joueur décisif, capable de changer l'issue d'un match sur une action ou un dribble. C'est un joueur complet, tout simplement. Imprévisible, il peut marquer dans toutes les positions. Et de toutes les façons possibles. "Cela faisait longtemps que la Juve n'avait pas eu un joueur comme ça. Avec ou sans lui, tu vois tout de suite la différence", résumait Trezeguet.

Déjà une idole

On le sait, un grand joueur doit également répondre présent dans les grands matches. Malgré son jeune âge, Chiesa a déjà prouvé de quelle trempe il était fait. La saison dernière, l'international italien avait notamment inscrit trois buts lors de la double confrontation contre Porto en huitième de finale de C1, un doublé sur la pelouse de l'AC Milan en championnat, ou encore un but face à la l'Atalanta en finale de la Coupe d'Italie. Pas la peine de revenir sur ceux inscrits avec la Nazionale pendant le Championnat d'Europe. Il est l'homme des grands soirs. Ceux qui comptent et qui marquent. Comme celui de mercredi dernier face à Chelsea, remporté par la Juve (1-0). Buteur : Federico Chiesa. Rôle du jour : avant-centre. En raison des blessures, Massimiliano Allegri avait en effet décidé de l'aligner à la pointe de son attaque. Coup d'essai ou vrai projet ? "Pour moi, c'est un ailier ou un deuxième attaquant", tranchait David Trezeguet. Peu importe pour l'intéressé, qui a inscrit son quatrième but consécutif en C1. Une première à la Juve depuis novembre 1997 et un certain... Alessandro Del Piero.
Aujourd'hui, Chiesa est l'un des joueurs les plus aimés du côté de la Juve. Et il ne le doit à personne sauf à lui, ses prestations et son attitude. "Là où Ronaldo était plus grand que le club, ne cachant pas un certain sentiment de supériorité, Chiesa, italien, arrivé à vingt ans comme beaucoup de ses illustres prédécesseurs, est parfaitement intégré dans les valeurs historiques du club, écrivait La Gazzetta dello Sport jeudi dernier. Il semble particulièrement fier d'être au service de la Juve. Son envie, ses accélérations, ses courses exaltent tous les tifosi. On pourrait même rajouter la gêne qu'il provoque chez les supporters adverses, qui contribue également à le considérer comme une idole. Pour ça, et pas que, il ressemble à Pavel Nedved." C'est dire la dimension prise par l'ex joueur de la Fiorentina, avec qui il avait inscrit 34 buts en 153 matches.
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