Une année paire sans tournoi international, des Marseillaises à vous filer le cafard qui s'étouffent dans le silence de gradins désespérément vides et une ribambelle de matches amicaux ou de Ligue des Nations qui s'accumulent comme autant de raisons de passer à autre chose. Si 2020 fut une année laborieuse pour le football de club, elle fut, en Europe, terriblement déprimante pour le football de sélection privé son rendez-vous le plus important entre deux Coupes du monde.

Mais puisqu'il a bien fallu faire avec, la France et les autres ont accumulé les matches et les expériences en deux mois. Et si cette année beaucoup trop longue a peu de chances de figurer au panthéon du football français, elle a toute sa place dans le processus qui doit mener les champions du monde à l'Euro 2021.

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Giroud ou Martial : Qui Deschamps doit-il titulariser à l'Euro ?

Il n'est pas certain que nous aurions eu la même conclusion fin octobre et encore moins après la débâcle finlandaise du Stade de France (0-2) mais les deux dernières sorties des hommes de Didier Deschamps ont donné un sens nouveau à cet automne devenu soudain fructueux, digne d'intérêt et truffé d'enseignements. Le premier et sans doute le plus important d'entre eux : il ne faut jamais douter d'eux. Même boudés, barrés ou brimés en club, ces Bleus, en tout cas leurs cadres, restent des champions du monde.

Ne jamais douter d'eux

Nombreux sont les tauliers du groupe à connaître de grosses poussées de fièvre dans leur formation respective. Raphaël Varane, Antoine Griezmann, Paul Pogba, Lucas Hernandez et Olivier Giroud ont tous répondu au cours des derniers mois et éteint les débats. Ces hommes-là, en dépit de tout ce qui se passe entre deux parenthèses internationales, restent les hommes les plus fiables sur lesquels peut s'appuyer Deschamps les yeux fermés. "Quand ils sont là, c'est un peu comme une famille, ils savent pourquoi ils sont là, ils ont cette force collective de compétiteurs", a parfaitement résumé leur sélectionneur mardi soir. Il faudra s'en souvenir en mars et surtout en juin prochain.

L'autre débat, bien plus incisif, depuis le sacre russe porte sur le niveau de jeu des Bleus et leur progression attendue. Les mois de septembre et octobre, malgré les nombreuses victoires et la déculottée infligée à l'Ukraine (7-1), n'ont pas vraiment rempli l'objectif. La France s'affirmait comme une équipe d'à-coups capable de renverser son adversaire sur quelques actions lumineuses sans vraiment afficher la domination que pourrait réclamer son statut.

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Les victoires face à la Croatie en sont les meilleurs exemples. Celle de Lisbonne (0-1) est, en revanche, un tournant. Parce qu'elle a prouvé que les Bleus pouvaient exercer une vraie emprise et dominer l'une des meilleures équipes du monde avec une grande maturité technique, de l'audace et beaucoup de discipline.

Un avant et un après Lisbonne

Dans la construction de cette équipe, il y aura un avant et un après Lisbonne. Ce succès a prouvé que les champions du monde demeuraient une, si ce n'est la référence et, surtout, qu'il pouvait allier le résultat et la manière. Ce ne fut jamais le cas depuis le sacre russe hormis lors des 45 premières minutes de France-Pays-Bas en octobre 2018. Voilà qui tombe au bon moment, à sept mois de l'Euro, et place l'exigence à un degré élevé : puisque les Bleus en sont capables, alors ils doivent le répéter.

Didier Deschamps à Lisbonne

Crédit: Getty Images

Le succès face à la Suède a tracé le même chemin avec un degré d'engagement et une application dans la construction qui dessinent une progression nette. Ces deux victoires finales ont aussi consolidé les Bleus sur leurs bases : malgré les explorations de systèmes parfois baroques, le 4-2-3-1 (ou 4-4-2) de Russie reste le plus efficace et ceux qui l'animent sont des têtes bien connues.

Tout le monde ne profitera pas de l'appel d'air de cette fin d'année. D'abord parce que la progression repose, et ce n'est pas nouveau, sur le noyau des champions du monde et repousse toute idée de révolution ou grand chambardement. Et s'il fallait imaginer le onze qui débutera l'Euro, il y a fort à parier que huit à neuf titulaires de Russie y figureraient.

Un doute demeure pour Olivier Giroud qui, en dépit de ses statistiques affolantes, voit la concurrence d'Anthony Martial s'affirmer. Les deux grands lauréats de l'année se nomment Adrien Rabiot, inattendu revenant devenu successeur désigné de Blaise Matuidi, et Presnel Kimpembe, vainqueur aux points du duel avec Clément Lenglet pour se glisser dans le costume d'un Samuel Umtiti définitivement hors-course.

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Un onze cousu de fil blanc et deux sensations

Derrière ce onze cousu de fil blanc, Eduardo Camavinga et Marcus Thuram se sont imposés comme les deux sensations de l'automne et, s'ils poursuivent leur progression jusqu'au printemps, ils donneront une couleur nouvelle au banc de touche à l'Euro. Plus jeune et davantage capable de peser sur les évènements, espérons-le. Car ces trois derniers mois ont renforcé l'idée que les habituelles doublures ont bien du mal à se faire une place.

Wissam Ben Yedder, Moussa Sissoko, Kurt Zouma ou Steven Nzonzi n’arrivent pas à se rendre indispensables et ont peut-être laisser passer leur dernière chance. L’évidence Houssem Aouar n'en a eu qu'une mais, boudé dans la dernière liste de l'année pourtant élargie, il affrontera désormais un violent vent de face pour retrouver Clairefontaine. 2020 en a aussi laissé sur le carreau. C'est la loi du genre. Même à l'issue d'une année aussi particulière. Et s’il ne faut jurer de rien, si l’Euro est encore une perspective lointaine, cet automne comptera au moment de faire des choix.

Didier Deschamps and Paul Pobga

Crédit: Getty Images

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