Les feuilles n'ont pas encore recouvert les pelouses du Centre Technique National de Clairefontaine. Mais les nuages se sont déjà bien amoncelés au-dessus des têtes bleues. Et de celle de Didier Deschamps en particulier. Le sélectionneur national est en général le premier à sentir la pluie lui tomber sur le crâne. C'est la fonction qui veut ça. Mais ces derniers jours, DD reçoit des seaux d'eau en continu sur le coin du nez. Et, à deux mois de la Coupe du monde, même s'il assurait jeudi encore n'être "jamais inquiet", il concédait aussi qu'il avait connu des rentrées au climat plus serein et apaisé. Une litote, évidemment.
Si l'on tire le fil de la dernière année, depuis un Euro conclu par une élimination en 8e de finale face à la Suisse, il y a tant à dire, si bien qu'il faudrait plus d'un article pour aller au bout du récit. De toute manière, ce n'est pas la peine de remonter aussi loin pour plonger dans le marasme tricolore. Et ce rassemblement de rentrée, le dernier avant LA liste et la Coupe du monde, suffit à humer l'air vicié qui vole au-dessus des Bleus. Comme si préparer un Mondial et la défense d'un titre - ce qu'aucune nation n'a réussi depuis le doublé 1958-1962 du Brésil - ne suffisait pas à remplir les journées.
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18/11/2022 À 22:38
Il y a évidemment les soucis de terrain, les blessures et une liste qui s'est encore allongée mardi matin avec l'appel d'Adrien Truffert pour remplacer Lucas Digne, qui avait déjà suppléé Théo Hernandez. Deuxième double remplacement du rassemblement après celui d'Adrien Rabiot par Boubacar Kamara, blessé avant d'arriver et qui a laissé sa chasuble à Jordan Veretout. Il y a le système aussi, ce 3-4-3 ou 3-5-2 que les Tricolores tentent d'apprivoiser véritablement depuis un an. Il n'a pas tenu 61 minutes en juin dernier. Et ne sera pas animé, quoi qu'il arrive, par ses acteurs principaux en septembre.
Et puis, il y a l'à-côté, comme si le terrain ne suffisait pas. Paul Pogba, blessé mais surtout victime d'une sombre et terrifiante affaire. Il y les tourments de la FFF et les affaires dévoilées par L'Equipe, il y a quelques mois, par So Foot, dans son dernier numéro, puis par Josimar vendredi dernier. Harcèlement moral, harcèlement sexuel, toxicité à tous les étages : le ministère des Sports s'est enfin résolu à lancer un audit et se pencher sur le cas de l'institution dirigée par Noël Le Graët.

2022 vs 2010

Cerise sur le gâteau : la gestion du droit à l'image collectif des joueurs de l'équipe de France, relancée par Kylian Mbappé lundi après-midi et réglée (semble-t-il) à la hâte en fin de soirée. S'il n'y avait pas le reste, cette histoire ne serait qu'une péripétie.
A l'arrivée, on n'est pas loin de penser que ce rassemblement et cet avant-Coupe du monde n'est comparable à aucun autre lors de la décennie DD. L'affaire de la sextape avait été dévoilée en novembre 2015 et, au moment de l'Euro, grâce aux résultats des Bleus et un vent de fraîcheur offensif, elle s'était estompée.

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Pour retrouver trace d'une préparation de Mondial aussi turbulente, il faut remonter à 2010 et l'avant-Knysna. Loin de nous l'idée de comparer et de songer au même épilogue. Mais l'avancée vers la Coupe du monde ressemble également à un chemin de croix. A l'époque, le cocktail résultats en berne, affaires extra-sportives (Zahia) et la situation de la FFF, avec un président - Jean-Pierre Escalettes - qui ne contrôlait plus grand-chose, avait contribué à part plus ou moins égales à flinguer l'ambiance et les maigres ambitions tricolores.
Douze ans plus tard, on ne comparera pas les affaires et leurs atours. Ce n'est pas un concours. On ne fera pas l'affront à Didier Deschamps de lui chercher des points communs avec son lointain prédécesseur ni de comparer leur gestion, encore moins leurs résultats. Mais on soulignera combien le terrain est poreux et que les joueurs ou une équipe ne peuvent évoluer dans une bulle étanche. Même si les éléments de langage de chacun s'appliquent régulièrement à jurer du contraire, ce n'est pas vrai. Ce qui se passe au 87 boulevard de Grenelle ou à Chanteloup en Brie a des répercussions sur la pelouse. Du Stade de France. Jusqu'à Doha.
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