Ce fut l'une des premières remarques de Stefano Pioli lors du rassemblement pré-saison de l'AC Milan, en juillet 2021. A l'un de ses adjoints, l'entraîneur lombard lance en substance : "Lui, ce n'est pas le même joueur". "Lui", c'est Sandro Tonali. "J'ai tout de suite vu qu'il était différent", confiera quelques mois plus tard le technicien, vainqueur du premier scudetto de sa carrière cette saison. Le milieu de terrain de 22 ans y est pour beaucoup, tant pour son rendement que son statut. Et pourtant, c'était loin d'être gagné.
Après une première saison compliquée avec le club lombard, qu'il supporte depuis son plus jeune âge, le milieu de terrain italien repart alors temporairement à Brescia, le temps que les deux clubs trouvent un nouvel accord pour son option d'achat. Paolo Maldini, le directeur technique, tient toutefois à rassurer l'intéressé en coulisses : tout le monde souhaite le conserver à Milan. C'est même la légende milanaise qui sera le premier à lui annoncer son transfert définitif pour 7 millions d'euros de base fixe, 3 millions de bonus et le transfert du jeune Giacomo Olzer à Brescia. En plus des dix millions d'euros déjà versés pour sa première année de prêt. Un rabais important par rapport aux conditions initialement fixées, qui atteignaient un total de 35 millions d'euros (10 millions de prêt, 15 pour l'option d'achat et 10 de bonus).
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Pour revenir à Milan, Tonali accepte de baisser son salaire

Pour faciliter les transactions, Tonali décide de mettre la main à la poche. Comment ? En baissant son salaire de presque un demi-million d'euros. Et ce avant même que les dirigeants milanais lui soumettent cette possibilité. Un geste grandement apprécié par le club lombard. Certes promis à un autre, l'Inter, au tout début du mercato estival 2021, le milieu de terrain est prêt à tout pour poursuivre son "rêve de gamin" avec Milan, qui a su profiter de l'immobilisme du rival nerazzurro dans ce dossier pour lui chiper. Au final, toutes les parties s'accordent et le milieu de terrain redevient officiellement rossonero le 8 juillet.
Conscient de sa première saison manquée malgré ses 37 matches disputés, celui qui a choisi le numéro 8 en l'honneur de son idole, Gennaro Gattuso, souhaite se rattraper. "Ce maillot est glorieux et lourd à porter", lui avait indiqué le champion du monde 2006 lors de leur appel un an plus tôt. Décrit comme très "bien éduqué" par son entourage, Tonali avait en effet préféré demander à "Ringhio" l'autorisation de récupérer son numéro. Finalement, il s'est avéré (beaucoup) trop lourd pour sa première saison, surtout si l'on y rajoute l'émotion du joueur-tifoso, les sommes de son transfert et la pression du (très) grand club. Mais Tonali n'a rien lâché. Au contraire, il a décidé de se retrousser les manches, bien conseillé par des vieux briscards comme Zlatan Ibrahimovic et Simon Kjaer. Sans oublier Paolo Maldini, présent à chaque entraînement à Milanello. "Sa première année a été très difficile pour différentes raisons, il venait d'être blessé et il a ressenti la pression de jouer dans son club préféré. On l'a compris, et on a décidé de le garder. Les résultats nous ont prouvé qu'on a eu raison", confiait Paolo Maldini à La Gazzetta dello Sport il y a quelques semaines.

Il a probablement inscrit le but du titre

Plusieurs semaines après son retour, tout le monde est bluffé par sa transformation. Et elle se traduit rapidement sur le terrain. Deuxième journée de championnat : Tonali inscrit un magnifique coup franc face à Cagliari (4-1) à San Siro. Sa joie libératrice en dit long sur le chemin parcouru. "Il a beaucoup évolué, explique son entraîneur après la rencontre. Sandro a gagné en maturité, comprenant qu'il est promis à un grand avenir. C'est un joueur qui a tout : les courses, la qualité, le sens de la position et la verticalité. Il va faire une grande saison."
L'entraîneur milanais ne pense pas si bien dire. Tonali se rend indispensable dans le 4-2-3-1 dans son équipe, tant par son volume de course que sa capacité à assurer les transitions ou remporter ses duels. Mais pas que. L'international italien devient également un leader de son équipe, technique comme émotionnel. Un exemple parmi d'autres : lors du derby retour victorieux (1-2) face à l'Inter, il n'hésite pas à tenir tête à Denzel Dumfries, pressé de relever un Théo Hernandez resté au sol. Une attitude qu'il n'aurait probablement pas eu un an plus tôt.
Au fil des rencontres, le joueur de 22 ans prend de l'épaisseur et change de dimension. Après une première saison blanche (aucun but et aucune passe décisive), voilà qu'il se mue carrément en super-héros dans le rush final de la course au scudetto. Tout d'abord en inscrivant le but vainqueur à l'ultime seconde face à la Lazio Rome (1-2) le 24 avril, que beaucoup considèrent comme celui du titre, puis en récidivant avec un doublé sur la pelouse de l'Hellas Vérone (1-3) quinze jours plus tard. Une fin en apothéose d'une saison aux allures de consécration.
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Ils voient en lui un possible Maldini ou Baresi
"Je veux devenir une légende de ce club, confiera-t-il à La Gazzetta dello Sport après les festivités dans les rues de la capitale lombarde. J'étais un gamin quand je fêtais les victoires du Milan à Sant’Angelo Lodigiano (commune de la province de Lodi, en Lombardie), où tout le monde était supporter du club. Ce qui se passe est complètement fou, je n'ai pas voulu prendre mon téléphone pour réaliser ce qu'il se passait (...) Je suis tellement lié à ces couleurs que ma prolongation ne sera jamais un problème, je veux rester ici contrat après contrat."

Scènes de liesse à Milan pour célébrer le Scudetto

Des paroles qui ont encore fait grimper sa côte de popularité auprès des tifosi, qui voient en lui l'un d'entre eux. Mais, aussi, le moyen de se rattacher à un football romantique qui n'existe probablement plus. A la boutique du club, d'ailleurs, les maillots du numéro 8 s'arrachent. "Les tifosi nous disent souvent qu'avec ce flocage, ils sont tranquilles pour des années, explique-t-on du côté de Casa Milan. C'est probablement le maillot le plus vendu cette saison. Tout le monde espère qu'il sera une "bandiera" à la Maldini ou Baresi. On y croit, le club aussi."
"Entre son âge, sa mentalité de leader et son sens du devoir envers ce club, il a tout pour en devenir une légende", estimait Demetrio Albertini, ancien milieu des Rossoneri, à La Gazzetta dello Sport vendredi.

Et maintenant, la Nazionale

Après s'être imposé dans son club, Sandro Tonali a désormais une autre mission : le faire en sélection. Une nouvelle fois absente du prochain Mondial, la Nazionale le considère comme l'un de ses futurs piliers. Il a d'ailleurs été l'un des plus intéressants lors du match nul contre l'Allemagne samedi dernier (1-1). "Il a réalisé une grande saison avec Milan, a reconnu Roberto Mancini, son sélectionneur. Je pense qu'il peut encore progresser et s'améliorer. Il est important pour nous." "Pour moi, il est prêt à jouer avec l'Italie", estime de son côté Alessandro Florenzi, son coéquipier en club comme en sélection.
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Selon la presse transalpine, Tonali sera titularisé samedi face à l'Angleterre (20h45) aux côtés de Manuel Locatelli et Davide Frattesi, eux aussi appelés à devenir des éléments clés du groupe azzurro avec les divers Nicolò Barella, Lorenzo Pellegrini ou même Marco Verratti. Absent de ce rassemblement dans le cadre de la Ligue des Nations, le milieu du PSG reste incontournable pour le "Mancio". A son retour, le "Petit Hibou" y découvrira un tout nouveau joueur, avec la drôle de sensation de l'avoir pourtant déjà croisé plusieurs fois à Coverciano. Son nom : Sandro Tonali.
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