"Il est temps, c’est mon tour". Antoine Griezmann ne s’y est pas trompé. La qualification en finale en poche après la victoire en demi-finale face à Arsenal (1-0), le Français a été clair : pour lui comme pour le peuple de l’Atlético, pas d’autres solutions que de gagner ce mercredi au Groupama Stadium.
Champion d’Espagne par le passé, son club d’adoption court depuis des années derrière un sacre européen. En 2014, c’est passé près. En 2016, encore plus. Alors, en 2018, pas d’impair. Mais, plus qu’une finale, Griezmann jouera autre chose sur la pelouse lyonnaise.
C’est fou comme les symboles peuvent donner une autre dimension aux évènements. Dans sa besace, "Grizou" a déjà trois finales. Mais aucune ne risque de rivaliser avec celle de mercredi. Non pas en termes d’enjeu. Mais bel et bien en termes de charge émotionnelle pour le gaucher.
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Antoine Griezmann

Crédit: Getty Images

L’OL a manqué le coup

Né à Mâcon, le Français retrouve sa région d’origine à laquelle il reste très attaché. Enfant, c’est d’ailleurs plutôt vers l’OL que son cœur se portait comme il l’avait expliqué au JDD en 2017 : "Jusqu’à mon départ pour le Pays basque, j’allais très souvent avec mon père à Gerland ; j’y étais même le soir du premier titre de champion de l’OL en 2002. J’ai vibré devant les coups francs de Juninho et les buts de Sonny Anderson. J’ai assisté aux débuts de Karim Benzema. J’avais acheté son maillot, le bleu à manches longues".
Mais voilà, l’amour n’a duré qu’un temps. Un peu plus de trois ans certes mais pas suffisamment longtemps pour y garder son cœur à jamais. La faute à une formation lyonnaise qui n’a pas su repérer son talent ou n’a pas voulu croire suffisamment en ses chances. "À 13 ans, j’ai fait plusieurs matchs d’essai à l’Olympique lyonnais avec Lacazette, Grenier et d’autres. Le club a appelé mon père pour lui dire qu’on devait patienter et surveiller ma croissance" expliquait, entre autres, Grizou. Quelques mois plus tard, sa fée Eric Orhalts le repère et l’embarque pour la Real Sociedad.
Dès lors, c’est vers un autre Olympique que son cœur se porte. Celui de Marseille. À chaque fois qu’il a été interrogé par les médias français, le numéro 7 des Bleus n’a jamais caché son attirance pour le club phocéen. À L’Equipe, en mai dernier, il expliquait cet amour par la force d’un Vélodrome qu’il a pu voir en fusion un soir de juillet 2016 : "Je voulais jouer contre (l’OM) pendant les huitièmes, les quarts ou les demies pour jouer au Vélodrome, mais avec les tirages au sort, ça ne s’est pas fait, poursuit-il. Mais j’adore le stade, j’adore le maillot, je le trouve beau, et pour moi, c’est vraiment le plus grand club en France même si aujourd’hui, Paris est au-dessus".
Adepte des réseaux sociaux, il n’a cessé de montrer son amour au club marseillais. "Pastaga" par-ci, "allez l’OM" par-là, l’amour est réel. En atteste sa pratique du jeu Football manager où l’attaquant de l’Atlético avait choisi de représenter l’OM… en écartant cependant Valère Germain et Kostas Mitroglou du onze de départ.

3 finales frustrantes

Ce mercredi, l’un deux devrait pourtant bien être aligné sur la pelouse du Groupama Stadium. Pelouse où le Français s’était fendu d’un doublé en 8e de finale de l’Euro 2016 face à l’Irlande pour sauver les Bleus du naufrage… Encore un symbole. "J'ai marqué deux buts alors qu'on perdait à la pause et on a réussi à renverser la situation. À Lyon, j'ai aussi un but de malade avec la Real Sociedad (une retournée acrobatique contre l'OL, NDLR)" expliquait-il aux médias espagnols mardi. Mais les symboles ne font pas gagner une finale. Griezmann le sait pour avoir goûté l’échec à plusieurs reprises.
  • 30 juillet 2010 : un sacre collectif, une tristesse personnelle
Membre de la génération 1991, Antoine Griezmann fait évidemment partie du groupe victorieux en 2010 du championnat d’Europe. Auteur d’un doublé en phase de poules, celui qui joue alors à la Real Sociedad est titulaire pour la finale face à l’Espagne. Encore un symbole. Sa finale, Griezmann la termine très tôt. Touché, il cède sa place à la mi-temps et voit ses copains remporter le trophée sans lui. Il n’empêche, cette première finale laisse un goût personnel d’inachevé.
  • 28 mai 2016 : échec collectif, responsabilité personnelle
Dure réalité que de se frotter au Real Madrid en finale. Comme en 2014, la Casa Blanca met fin aux rêves européens des Colchoneros. Mais cette fois-ci, c’est à la loterie des tirs au but que cela se joue. Antoine Griezmann transforme le sien mais fait la moue. Car dans cette finale où il aura eu beaucoup de mal à exister, il a raté l’opportunité de briller en manquant un penalty plus tôt dans le match, l’expédiant sur la barre. Une frustation collective mais un échec surtout personnel pour celui qui est (était ?) encore en course réelle pour le Ballon d’Or.

Antoine Griezmann a raté un penalty en finale de la Ligue des champions.

Crédit: AFP

  • 10 juillet 2016 : raté personnel, drame national
Cette année 2016 devait être la sienne. Elle restera comme une immense frustration. Après la finale de C1, celui qui a pris une autre dimension pendant cet Euro échoue à briller en finale. Une tête en extension repoussée par Rui Patricio, une autre à bout portant juste au-dessus et une défaite cruelle scellée par l’improbable Eder. Les larmes aux yeux, Griezmann erre sur la pelouse. Et comprend que sa chance de détrôner le duo Messi-Ronaldo est passée.
Ce mercredi, pour boucler la boucle, Griezmann sait qu’il est attendu au tournant. Surtout avant de possiblement prendre la poudre d’escampette vers le Barça l’été prochain. Un nouveau revers et le Français aurait trois échecs à dimension mondiale au compteur. Alors, même face à son club de cœur, pas de sentiment. C’est le prix à payer pour enfin entrer dans l’histoire. Et l’histoire ne connaît pas les sentiments.

Antoine Griezmann avec l'équipe de France - 2016

Crédit: Panoramic

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