Le rendez-vous est fixé pour 14h. Et comme depuis un an maintenant, il est bien évidemment programmé à distance, en raison d'un contexte sanitaire qui a récemment obligé l'Italie à se reconfiner. Le temps de déjeuner avec ses coéquipiers dans la salle de restaurant de Milanello, dont notamment un Zlatan Ibrahimovic de retour à l'entraînement collectif à deux jours du huitième de finale de C3 retour face à Manchester United, Pierre Kalulu débarque en visio vers 14h15. Du haut de ses 20 ans, l'ancien capitaine de la réserve de l'OL, arrivé l'été dernier en Lombardie, semble déjà comme un poisson dans l'eau au centre d'entraînement historique du club lombard, situé au bout d'une longue route sinueuse de la petite commune italienne de Carnago. Un coin de paradis où on respire le football à plein poumons.
"Avec le Covid-19, je n'avais pas pu visiter les installations. Quand je suis arrivé ici, c'était donc une première fois. C'est éloigné de la ville. Quand tu arrives, tu vois directement la statue à l'entrée. Puis la pelouse derrière qui arrive sur le terrain principal. C'est vraiment pas mal, pas mal du tout...", nous confie en préambule le jeune défenseur français, lui qui vient d'être convoqué pour l'Euro Espoirs avec les Bleuets. Épanoui après un début de saison où Stefano Pioli, son entraîneur, lui a laissé le temps de l'adaptation, Kalulu est aujourd'hui pleinement concerné par le projet mis en place par ses dirigeants, basé sur un mélange de jeunes joueurs à fort potentiel et de figures plus expérimentées. C'est donc plein de reconnaissance mais sans aucun regret qu'il a quitté l'OL à l'été 2020.
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La direction de l'OL avait tout fait pour vous conserver à l'époque, pourquoi avoir décidé de partir ?
Pierre Kalulu : Il y a beaucoup de choses qui rentrent en jeu. C'était le premier choix à faire dans ma jeune carrière. Habituellement, quand tu montes les échelons, tu as juste pour idée de faire une année de plus au club. Mais tout s'est fait de manière assez simple. L'AC Milan tenait beaucoup à moi. C'était une opportunité unique. Personne ne peut prédire ce qu'il se serait passé si j'étais resté à Lyon. Peut-être que tout se serait bien passé, peut-être pas. Milan, c'était aussi un saut dans l'inconnu. Il y avait forcément des appréhensions. Mais il y avait aussi un véritable intérêt et un vrai projet derrière. Voilà pourquoi j'ai penché pour Milan.
Le discours de Paolo Maldini a-t-il été décisif ?
P.K : Forcément, quand Paolo Maldini te parle... Déjà en tant que footballeur, tu sens qu'il y a quelqu'un en face de toi. Après, moi, je ne l'ai pas vu jouer vraiment. J'étais encore jeune à l'époque. Mais ça rajoute un plus. Il y a du panache derrière.
Comment le projet du Milan vous a convaincu ?
P.K : Quand tu es jeune et que tu vois un club qui a envie de faire confiance aux jeunes, ça compte beaucoup. Leao, Saelemaekers, Bennacer... Je pourrais dire pratiquement tous les noms. Presque tout le monde est jeune en réalité. C'est certain que ça fait plaisir d'avoir sa chance et de pouvoir s'imposer. Le coach me fait confiance. Je peux montrer de quoi je suis capable.
Jean-Michel Aulas, votre ancien président, estimait que vous étiez parti "trop vite" de l'OL.
P.K : Il n'y a aucune rancœur, je suis resté en bons termes. Je peux discuter normalement et je n'ai aucun regret.

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Moins que les supporters de l'OL, qui ont souvent clamé leur amour pour vous sur les réseaux sociaux...
P.K : C'est certain que ça fait toujours plaisir d'être apprécié. L'OL, c'est toute mon enfance et mon adolescence. Je suis toujours le club. C'est une habitude que j'ai depuis des années. Quand ils ne jouent pas en même temps que nous, je jette toujours un œil. J'ai toujours des amis et des coéquipiers dans le groupe. Si les supporters m'apprécient, je suis content. J'espère que tout va bien se passer, que ce soit au niveau du football et même en dehors.
Le football, c'est deux cages et un ballon. Alors pourquoi se mettre la pression ?
La plupart des joueurs français qui débarquent en Italie évoque souvent une différence d'exigence au quotidien. Qu'en pensez-vous ?
P.K : Il y a des différences, c'est vrai. Je dirais surtout que c'est un football différent. Je ne pense pas que l'un soit meilleur que l'autre. Mais ici, on a une approche du jeu plus exigeante sur certains points, comme la multiplication des courses à faire. En France, on en fait un peu moins. Pas tant par fainéantise, mais simplement car la vision du football est différente. Quand tu viens ici, c'est certain que ça change. Mais pour moi, au final, le foot reste du foot : deux cages et un ballon. Ici, l'aspect tactique est différent, l'aspect technique aussi. C'est une autre mentalité et une autre exigence. Mais ça reste du football.
Quelle a été votre réaction au moment d'apprendre votre première titularisation contre le Sparta Prague, en décembre dernier ?
P.K : Je l'ai su un ou deux jours avant. Bizarrement, il n'y avait pas de pression particulière. Je ne me disais pas : "Je vais porter le maillot du Milan, etc." Mes amis me demandent si j'ai souvent une pression en plus. Je réponds que non. C'est la même pression quand tu es en district, en U17, en équipe de France... Quand tu joues un match important, tu as toujours une pression particulière. Mais pour moi, c'est exactement la même. Une fois dans le match, tout passe.
Zlatan Ibrahimovic a raconté qu'il vous avait demandé d'enlever vos gants avant la rencontre, estimant que le message envoyé à l'adversaire ne serait pas bon, est-ce vrai ?
P.K : J'ai vu que cette histoire avait été relayée. Je commençais à recevoir les notifications dans la matinée... Pour être honnête, les versions changeaient quand même en fonction des langues. En italien, ça allait. Après je l'ai vue en anglais, et ça commençait à changer. Et quand je l'ai vue en français... Mais ça m'a fait beaucoup sourire. Sans rentrer dans les détails, ce n'était rien de spécial. L'histoire a été un peu exagérée. Ce n'était rien de bien méchant, c'était dans le feu de l'action.

Zlatan Ibrahimovic, Milan, Getty Images

Crédit: Getty Images

Les médias italiens louent votre grande personnalité malgré votre jeune âge, d'où vous vient-elle ?
P.K : Je ne sais pas, sûrement de mes parents. Dans mon éducation personnelle, footballistique ou en dehors, ils ont toujours prôné le travail. Quand tu sais que tu fais le boulot à côté, que tu es honnête avec toi-même, que tu as confiance en toi et tes partenaires... Tout se passe bien. Après, dans le football, tu peux faire aussi des erreurs. Nous sommes constamment dans l'apprentissage. La pression, tu peux l'avoir une seconde avant de toucher le premier ballon.
Quels aspects de votre jeu aimeriez-vous améliorer ? Avez-vous un poste préférentiel entre celui de défenseur central et latéral droit ?
P.K : Je suis encore jeune, j'estime que je peux m'améliorer partout. Si tu veux progresser, il faut toujours chercher à travailler. C'est la mentalité à avoir. Dans les duels, la relance, les offensives... Je peux progresser encore partout. Tout est perfectible. A ce niveau-là, l'important est d'être sur le terrain. Quand tu es jeune, tu prends ce qu'il y a à prendre. Tout dépend aussi dans l'équipe dans laquelle tu joues et la manière d'interpréter le rôle. Moi, les deux me vont.
Votre ambition, c'est aussi de vous imposer en Italie ?
P.K : Mon but, c'est de m'imposer et me faire une place dans ce groupe. Je commence à avoir un bon niveau d'italien, il y a juste l'accent à corriger (rires). C'est très important de parler la langue du pays quand tu veux bien t'adapter.
Certains cadres du vestiaire vous donnent-ils des conseils dans votre adaptation et votre progression ?
P.K : Il y a des joueurs francophones ici, je n'ai aucun problème à m'adapter. Cela m'a facilité les choses pour la compréhension du jeu. Simon (Kjaer), Franck (Kessié), Ismaël (Bennacer), Zlatan (Ibrahimovic)... Plusieurs cadres donnent des conseils. Si on en est là aujourd'hui, c'est grâce au travail. L'exigence est quotidienne. Il n'y a aucun entraînement que tu peux prendre à la légère. Quand tu rentres sur le terrain, c'est pour être bon et progresser. C'est ce qui est inculqué à ceux qui jouent parfois moins.
Comment est Zlatan Ibrahimovic au quotidien ?
P.K : C'est un exemple à suivre. Quand tu vois ce qu'il fait à 39 ans... Non seulement il est bon sur le terrain, mais il l'est également en dehors. Zlatan, c'est l'exigence et la faim. Il a toujours envie de gagner. Face à ça, tu te dis : "Je ne peux pas venir là et avoir moins envie que lui". Il te montre la voie à suivre. Et quand tu vois ce qu'il a gagné et la faim qu'il a encore en lui... Tu ne peux pas venir et être tranquille.
L'AC Milan est deuxième de Serie A et en position favorable avant le huitième de finale retour face à Manchester United (1-1 à l'aller). Quels sont vos objectifs ?
P.K : Pour nous, chaque match est désormais comme une finale. En championnat, on vise quelque chose d'important et cela passe par des victoires. Peu importe l'adversaire. Un match rapporte toujours trois points. Et face à Manchester, en Ligue Europa, ce sera évidemment un match couperet.

"L'équipe de France, ça donne envie"

Et à titre personnel, l'Euro Espoirs en était-il un ? (Il a été convoqué dans le groupe de Sylvain Ripoll, ndlr)
P.K : Je ressens tout d'abord un grand sentiment de fierté. Je vais être honnête, c'est la première fois que j'attendais la liste. Habituellement, soit on m'informait, soit je la voyais après. Mais là, c'était l'Euro et c'était l'un de mes objectifs en signant ici aussi. Je suis très heureux. Avec cette équipe, j'espère qu'on pourra faire de bonnes performances.
Avec un tel groupe, les Bleuets sont-ils favoris ?
P.K : Sur le papier, c'est certain que nous avons une belle équipe. Mais on sait aussi que cela ne fait pas tout. Il faut créer une alchimie, des automatismes, parler le même football.
L'objectif final est-il de rejoindre, un jour, les Bleus ?
P.K : Quand tu joues au foot, c'est forcément un objectif. La plupart de mes coéquipiers sont internationaux ici, et je vois à chaque trêve l'envie qu'ils ont de rejoindre leur sélection. Surtout l'équipe de France, ça donne envie.
Théo Hernandez, lui, attend un appel de Didier Deschamps...
P.K : Personnellement, il m'impressionne. Vu du banc, en match, c'est quelque chose de marquant. Quand il prend la balle, qu'il se retourne et que tu le vois partir, tu as l'impression de voir un train. C'est ce qu'on se dit dans le vestiaire. Tu ne peux pas te mettre devant lui. Il va à 2000 à l'heure. Mais ce n'est pas seulement de la course pour courir, il a une technique et une qualité de passes qui sont impressionnantes. Quand tu arrives à un tel niveau, tu as forcément envie de rejoindre ta sélection. Il attend. Moi, je ne doute pas qu'à un moment, il va y aller, même si la concurrence est rude.

Theo Hernandez, Milan-Lazio, Serie A 2020-21, Getty Images

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