En Espagne, tout le monde admire le travail de Villarreal. Depuis le rachat en 1997 par Fernando Roig, un entrepreneur ayant fait fortune grâce à une chaîne de supermarchés, le club valencien est l'une des entités qui travaille le mieux du pays. La réussite des Groguets repose sur trois piliers : un centre de formation faisant partie des meilleurs de la péninsule, une direction sportive devenue maître dans l'art d'effectuer des bons coups et une volonté de bien jouer au football. Seulement voilà, Villarreal avait beau être devenu un club qui compte en Liga, un modèle à suivre pour tout club aspirant à devenir grand, sa vitrine à trophée restait désespérément vide.
Lors de son passage en deuxième division espagnole en 2012-2013, il n'avait même pas réussi à obtenir le titre ! Alors, l'été passé les dirigeants ont pris une décision sans précédent : faire de leur prochain entraîneur la pierre angulaire du projet sportif. Pour ce faire, il leur fallait un gagnant. C'est ainsi que le 27 juillet 2020, Unai Emery et ses 13 finales disputées comme entraîneur atterrissaient à Villarreal, un club n'ayant jamais joué la moindre finale de toute son histoire !

Un retour au calme pour Emery

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Malgré ce contraste de palmarès, le mariage faisait sens. En revenant dans la région de Valence, Emery retrouvait une partie de sa famille et, surtout, une certaine quiétude après des expériences usantes à Paris et à Londres. Vila-Real est une ville qui compte par exemple moins d'habitants que l'Emirates Stadium ne compte de sièges ! Là où le PSG et Arsenal sont des super-clubs traversés par des luttes de pouvoir à tous les étages, Villarreal est un club familial et sans histoire.
Contrairement à celui de Mestalla, le public d'El Estadio de la Céramica n'est pas volcanique (l'affirmation n'a pas rigueur scientifique mais on dit même que c'est le public qui compte le plus de grand-mères d'Espagne). Emery retrouvait un contexte dans lequel il allait à nouveau pouvoir travailler sans que ses moindres décisions soient remises en cause, sans que ses qualités d'entraîneurs soient débattues et sans qu'on se moque de son accent.

Unai Emery lors du match opposant Arsenal à Villarreal, le 6 mai 2021, en demi-finale retour de Ligue Europa

Crédit: Imago

Vu la saison des Castellonénses, cette tranquillité est d'ailleurs bienvenue. En Liga, le sous-marin jaune a alterné le bon, le moins bon et le très mauvais. En début de saison, on rêvait de se battre avec Séville pour la quatrième place. En plus de s'offrir les services d'un entraîneur de renom, le club avait aussi brillé sur le mercato. Son tableau de chasse comptait entre autres Estupiñan, Coquelin, Kubo et Parejo. Autrement dit, l'un des meilleurs latéraux de Liga, l'un des meilleurs milieux défensifs de Liga, un espoir du football mondial et le capitaine de Valence.
Pourtant, l'équipe n'a jamais réussi à maintenir un niveau de jeu satisfaisant sur la durée. Elle n'a réussi qu'une seule fois à enchaîner trois victoires de suite, compte quasiment autant de nuls que de succès et a rapidement été décrochée de la lutte pour la quatrième place. Finalement, elle termine à un décevant septième rang, synonyme de Conference League. La double peine.

La passion de l'Europa League

En Europa League en revanche, c'est une autre histoire. "Les joueurs ont senti quelque chose de spécial dans cette compétition qui nous a fait atteindre la finale. En Liga on a eu une certaine irrégularité qui ne nous a pas permis d'arriver un peu plus haut, mais en Europa League, là on y est arrivé" se félicitait Unai Emery il y a une semaine sur les ondes de la SER.
Il faut dire que le natif de Hondarribia a toujours été meilleur dans les coupes que dans les championnats. S'adapter à l'adversaire sur une éliminatoire lui est plus facile que de défendre une même ligne directrice sur 38 journées. Il explique son modus operandi : "en premier, j'analyse tout ce que l'adversaire fait bien. Là, je prends souvent peur. Contre le Real tu prends peur, contre United tu prends peur : tu vois leurs buts, leurs actions, leurs qualités individuelles et collectives. Et ensuite je vois les nôtres. Je les fais s'affronter dans un match dans ma tête, et je vois souvent beaucoup de bonnes choses qui me réconfortent".

Unai Emery, entraîneur de Villarreal

Crédit: Getty Images

Puis, viennent le tour de ses interminables analyses vidéo. "Tu joues bien car tu as passé des heures à regarder tes adversaires. Emery sait tous d'eux. Quand on aura fini la préparation, on saura combien d'enfants Cavani et Pogba ont", plaisantait cette semaine Alberto Moreno dans The Guardian.
Le match aller face à Arsenal est un cas d'école. Ayant détecté les difficultés des Gunners à l'heure de coordonner leur pressing, Emery a appuyé là où ça fait mal. À chaque récupération, les contre-attaques espagnoles coupaient le bloc anglais en deux. L'entraîneur basque punissait Arsenal tout en tirant le meilleur de ses joueurs à lui. Toute compte fait, l'équation est assez simple : il s'agit de mettre ses joueurs dans les meilleures conditions. Les Groguets ont un effectif taillé pour les matches aller-retour, le genre de rencontres où il faut savoir se découvrir sans trop s'exposer.

Une équipe aboutie… sans être révolutionnaire

À la passe, Parejo est l'un des hommes les plus brillants du continent. Seuls six joueurs ont réussi plus de passes vers l'avant et dans le dernier tiers du terrain que l'Espagnol cette saison. Au moment de ressortir le ballon et de diriger les contre-attaques, tout le jeu passe par Parejo. Devant lui, les joueurs pour attaquer l'espace ne manquent pas. Du latéral Pedraza à l'ailier dribbleur Chukwueze en passant par Gerard Moreno - quatrième meilleur joueur de la Liga derrière Messi Benzema et Llorente - Villarreal possède plusieurs armes difficiles à arrêter.
En complément de cette facette de contre-attaquant, le sous-marin jaune sait aussi mettre le pied sur le ballon quand il faut calmer les choses. La Liga a beau être sur le déclin, faire courir l'adversaire après le ballon à 50 mètres de son but grâce à un bon central avec ballon comme Pau Torres et un milieu technique comme Trigueros, ça, on sait encore le faire.

La joie des joueurs de Villarreal en Ligue Europa

Crédit: Getty Images

Aboutie tactiquement, cette équipe n'a toutefois rien de révolutionnaire. Le gros du travail ne se situe pas au niveau du tableau noir, mais au niveau du mental. "L'équipe a eu beaucoup de maturité. Nous avons été très compétitifs. Nous avons su jouer dans différents scénarios", expliquait Emery la semaine passée au sujet du parcours européen. Décriées lors de ses récentes aventures, les qualités de psychologue d'Emery ont refait surface en Espagne. "Unai est le meilleur entraîneur que j'ai jamais eu. Il sait comment faire ressortir le meilleur de toi, il sait quoi dire à chaque moment, comment faire que le groupe sorte sur le terrain et mange l'adversaire", vantait Alberto Moreno.
À défaut de proposer un grand football, cette équipe est intimement convaincue d'aller au bout, qu'importe la supériorité évidente de Manchester United. Trop optimiste ? C'est fort possible. D'une part, ce groupe n'a pas d'expérience collective dans les finales. Interrogé sur la question, El Míster préfère néanmoins la balayer. Albiol est champion du monde, Bacca, Alberto Moreno et Sergio Asenjo ont déjà remporté la C3 tandis que Parejo, Alcacer et Pau Torres sont internationaux avec les A.
D'autre part, en plus du différentiel de qualité entre les deux formations, il y a une dernière donnée à prendre en compte : Villarreal a toutes les peines du monde à tenir un score. En défense basse, Pau Torres et le gardien Rulli ne sont pas des garanties. Leur manque de sûreté contamine le reste de l'équipe tout comme les changements défensifs d'un entraîneur transpirant de nervosité sur le banc. Pour le meilleur comme pour le pire, ce Villarreal représente vraiment Unai Emery : un entraîneur ayant des lacunes évidentes mais une force mystérieuse encore plus grande.

Unai Emery avec le trophée de la Ligue Europa

Crédit: Getty Images

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