Vous venez d'être élu joueur du mois en Liga. Ce prix, auriez-vous pu déjà le recevoir il y a un an ou six mois ?
Robin Le Normand : C'est un trophée très difficile à avoir. J'ai été nommé parmi, sept joueurs, et le niveau était très élevé. Après, c'est vrai que je me sens très bien en ce moment. Je pense que j'ai fait un très bon début de saison. Plus qu'un titre individuel, je pense que c'est venu récompenser le travail de toute l'équipe. Si l'équipe ne fonctionnait pas bien, ils ne m'auraient peut-être pas désigné moi. J'en suis conscient.
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Comment expliquez-vous que la Real Sociedad soit actuellement à la lutte pour le titre en Liga ?
Je pense qu'on est dans la continuité des autres années. Maintenant, ce qui nous donne un plus, c'est que le groupe n'a pas beaucoup changé. On a eu très peu de départs et les arrivées ont apporté un plus. Plus les années passent, plus le groupe se connaît. On sait parfaitement comment fonctionne chaque personne à l'intérieur du groupe. Et après, il faut mettre en avant le très gros travail de notre entraîneur (Imanol Alguacil, ndlr) qui lui aussi, je pense, connaît de mieux en mieux son groupe et sait encore mieux le manier.
Votre équipe est sans doute la plus versatile du championnat, et ça ne date pas de cette saison. Qu'est-ce que le coach vous demande dans les différentes phases du match ?
C'est un coach qui travaille beaucoup et qui analyse beaucoup les adversaires qu'on va affronter. Donc c'est vrai qu'il essaie au mieux de trouver les failles et d’identifier les cheminements qui nous permettront de les gêner au mieux avec la possession. Ça, c'est aussi une des clés. Il y a toujours un travail incroyable fait par le staff. C'est vrai que là-dessus, on a grandi. Les années passées, on avait toujours tendance à aller chercher haut. Cette année, on sait aussi, par moments, se replier sur nous-mêmes et quand même être solides. L'équipe est de plus en plus mature. On sait qu'il y a des moments forts, des moments faibles, et on arrive mieux à gérer toutes ces variations dans le match.

Robin Le Normand et Raul Garcia

Crédit: Getty Images

J'ai su faire évoluer mon jeu
Dans les airs, vous êtes l'un des meilleurs centraux de Liga et on imagine que s'il faut jouer bas, proche de votre gardien, ça vous convient. Mais comment avez-vous appris à jouer à 60 mètres de vos buts ?
C'est vrai qu'au début, on doit s’adapter, mais c'est une idée claire dans le club dès le plus jeune âge. Moi je suis arrivé en réserve et dès que j'ai commencé à travailler – j'étais déjà avec ce coach à l’époque – j’avais pour mission d’aller presser haut et d’être pratiquement en individuel, avec 50 mètres de terrain dans le dos. On apprend, on commet des erreurs, par moments l'avant-centre arrive aussi à nous surprendre. Finalement, je me rends compte que jouer de cette manière, je le savoure. Les duels aériens et le duel au corps à corps, c'est quelque chose que j'aime. Mais je pense que j'ai su faire évoluer mon jeu.
Vous connaissez beaucoup de hauts mais il y a eu aussi quelques bas, comme face à Manchester United la saison dernière (4-0). Qu'avez-vous appris de ce match ?
On s'est rendu compte de l'écart qu'il y avait avec une équipe taillée pour la Ligue des champions. On y était allé avec notre idée de jeu, c’est-à-dire aller les chercher haut, et c'est vrai que la vitesse de Manchester nous avait surpris. Ça a été un très bon apprentissage, de l'expérience pour tout le monde Nous sommes revenus en Ligue Europa cette année, avec l'envie de faire mieux que l'année précédente.

Robin Le Normand (Real Sociedad)

Crédit: Getty Images

Rashford, Greenwood… des joueurs si bons dans les grands espaces, il y en a peut-être un peu moins en Liga. Comment vous adaptez-vous lorsqu'il faut affronter ce genre d'attaquants ?
Il y en a quand même en Liga. À Bilbao, par exemple, ils ont des joueurs extrêmement rapides. Ils jouent essentiellement sur la vitesse des transitions. Dans ce cas, on prend deux mètres d'avance, on essaie de se mettre dans la course de l'avant-centre. On apprend à reconnaître les situations où l’on peut être en difficulté, et à les anticiper.
À la relance, quelle est la première chose qui vous vient à l'esprit quand il faut passer le ballon ?
Ça dépend de l'adversaire et, surtout, des consignes du coach. Ensuite, j’essaie de voir quel joueur s'est libéré en fonction de la pression exercée par l'adversaire. Ce n'est pas facile à faire, parce que ça va vite. Mais c'est la clé pour nous, car nous sommes les premiers relanceurs. On doit être capables de trouver l'homme libre.
En Espagne, on laisse plus de temps aux jeunes joueurs pour progresser
Plusieurs joueurs français de Liga ont eu un parcours atypique, comme Antoine Griezmann, Randy Nteka, Mickaël Malsa et vous. Est-ce qu'en Espagne, on ose plus miser sur ces profils qu'en France ?
Je pense qu'on laisse plus de temps aux jeunes joueurs pour progresser. Dans mon cas, ça a clairement été ça. En France, quand tu as 17-18-19 ans, il faut tu puisses aider l'équipe première, que tu intègres le groupe professionnel et que tu montres ton potentiel. Et c'est vrai qu'il y a énormément de joueurs qui ont une progression plus tardive. En Espagne, quand on regarde l'équipe réserve, ce sont des joueurs qui ont peut-être 20, 21 ans. Quand je suis arrivé, il y avait des joueurs qui avaient trois ans de plus que moi, et j'avais déjà 19 ans.
Quelles sont les personnes qui vous orientent sur votre progression ?
Le mieux placé à l'heure actuelle c'est mon entraîneur, en lequel j'ai toujours eu totalement confiance. Les résultats ont toujours été là. C'est un entraîneur qui veut le meilleur pour chacun d'entre nous et qui est très exigeant. Je suis aussi entouré de très grands joueurs qui me poussent à être plus entreprenant avec le ballon, à être dans les un contre un. À chaque entraînement, tu es obligé de proposer ta meilleure version, sinon ça devient très compliqué. Je suis dans un endroit propice à ma progression.

Imanol Alguacil, l'entraîneur de la Real Sociedad

Crédit: Getty Images

Imanol Alguacil, tout le monde en parle en bien actuellement. Comment a-t-il évolué ces dernières années, vous qui l'aviez déjà eu chez les jeunes ?
Comme nous tous, il a pris de l'expérience en accumulant les matches, en voyant comment s'adapter aux adversaires. Mais il a toujours eu cette idée très claire d'aller chercher haut, d'avoir la possession, proposer du jeu pour que les supporters aient un beau spectacle. Et il a toujours été respectueux envers tout le monde. D'abord on travaille, et ensuite on voit ce que ça donne.
Pouvez-vous nous décrire comment c'était de gagner la Coupe du Roi au printemps ?
Il y a eu un an d'attente (initialement prévue en 2020, la finale a été reportée à cause du Covid-19, ndlr), donc on a senti que c'était tout de suite le premier sujet de conversation quand on rencontrait des fans. Dans leur tête, il n'y avait qu'un match. Dans nos têtes, il y avait d’abord le championnat, mais on gardait malgré tout ce match-là à l’esprit. On savait que c'était très important. Ça faisait 34 ans que la Real n'avait pas gagné un titre. Il y avait beaucoup de pression. On a fait le match qu'il fallait, puisqu'on l'a gagné.
L'ambiance qui a suivi a été incroyable. Mon père était là, j'ai pu appeler rapidement ma famille, c'étaient des moments inoubliables. Il y a eu tellement de travail et de pression sur toute une année que c'était une libération de pouvoir gagner et savourer ce titre. Au final, tu as envie d'en gagner d'autres.

La Real Sociedad a remporté la Copa del Rey 2020.

Crédit: Eurosport

On verra bien si le sélectionneur m'appelle
On sent que l'équipe est vraiment forte mentalement cette saison, avec plusieurs victoires obtenues en poussant jusqu'à la dernière minute. Est-ce que vous, vous vous sentez aussi plus fort mentalement que d'autres années ?
Je pense qu'avec l'accumulation d'expérience, on arrive à maintenir ses émotions de manière plus stable, surtout sur l'enchaînement des matches. C'est sur ça que j'ai progressé. Avant, que ce soit un bon ou un mauvais match, mon état émotionnel pouvait être un peu moins stable.
Il y a dix ans, la Real Sociedad faisait partie des clubs de Liga qui payaient le moins bien leurs joueurs. Depuis, le club n'a cessé de se développer à tous les niveaux. Ces dernières années, avez-vous aussi senti cette évolution ?
Bien sûr. Je suis dans une époque où j'ai vu le club continuellement miser sur ses jeunes, travailler très dur pour qu'on soit dans les meilleures conditions, que ce soit avec le stade qui a été totalement reconstruit, sans la piste d’athlétisme, pour qu'on soit au plus près des supporters. On a des vestiaires incroyables. Le club montre tous les jours que ça travaille bien. On voit le nombre de joueurs qui sortent de la réserve. C'est une fierté de faire partie de ce projet.

David Silva (Real Sociedad)

Crédit: Getty Images

Un nom : David Silva. Que pouvez-vous nous dire sur lui ?
David, c'est un leader par l'exemple, son palmarès et son humilité. C'est un très grand joueur. Tout le monde le savait et nous, on a la grande chance de pouvoir l'avoir dans notre vestiaire. Il a cette culture de la gagne. Il nous pousse à donner le meilleur et, en plus, il nous aide par tout ce qu'il a vécu. C'est toujours le premier à nous prodiguer des conseils. C'est un régal total.
Vous sentez-vous plus proche que jamais de l’équipe de France ?
Ça, je n'en ai aucune idée. Ce n'est pas moi qui sais si je suis plus proche ou non. Mais c'est clair que j'ai la sensation de continuer à progresser. J'ai toujours eu cette idée en tête d'être concentré avec mon club, d'être disponible le week-end pour que mon coach ait confiance en moi et me mette titulaire. Je travaille dur pour ça, et ensuite on verra bien si le sélectionneur m'appelle. De toute façon, ça passera par mes performances sur le terrain, j'en suis conscient. Bien évidemment, je suis l'équipe de France, comme tous les Français, et ce serait une fierté d'en faire partie.
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