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Lyon leader, vive la République, et vive le foot !

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ParCédric Rouquette
12/01/2015 à 09:53
@CedricRouquette

Depuis la semaine dernière, nous avons tous deux consciences, deux cerveaux, deux "moi", qui mènent leur vie en parallèle.

Dans notre première vie, nous avons été hagards, pétrifiés, choqués ou émus par la succession d’événements qui a secoué la France entre la tuerie de mercredi matin à Charlie Hebdo et le plus grand rassemblement populaire de l’histoire du pays, dimanche, à Paris et ailleurs. Dans l’autre vie, nous étions nous-mêmes. Le boulot, les courses, les enfants, les factures, les amis, le sport. La vraie vie, à mener malgré tout.

La vraie vie nous aurait conduit, ce week-end à nous passionner sans retenue pour le coup de mou de l’OM, la crise naissante au PSG et l’accession de Lyon à la première place de la L1. Entre autres. Tout ne s’est pas passé comme prévu. Vendredi après-midi, je me trouvais dans un TGV lancé entre Paris et Lyon. Plusieurs rendez-vous m’attendaient sur place, notamment un OL - Toulouse, dimanche, 14 heures, à Gerland, attiré que j’étais par l’odeur d’un possible changement de patron en tête de la Ligue 1. Il était acquis que l’intégralité de cette chronique devait être consacrée aux capacités réelles de l’OL de se mêler à la course au titre. J’étais pourtant loin de me douter que le quarté dans l’ordre serait "défaite de l’OM, déroute du PSG, démonstration de l’OL, Lyon leader". Du matériau en or.

"Qui va bien pouvoir s'intéresser au classement de L1?"

Mais vendredi après-midi, je me suis aussi vu renoncer à l’idée même de ce texte. J’étais pendu à mon fil Twitter - c’est fou ce que le réseau a progressé entre Paris et Lyon - pour prendre connaissance en direct des moments hallucinants traversés par la France. Qui pouvait bien s’intéresser à un classement de football dans un pays suspendu à la bravoure de ses forces spéciales, aux attentats en série et aux appels à l’unité nationale ? Le premier moi ressemblait probablement au vôtre. Abasourdi et passionné par les tragédies du moment. Le deuxième moi commençait, du coup, à douter de ce qu’il avait à faire là-bas. Lyon candidat au titre : qui pouvait bien y penser ? Et comment pouvais-je moi-même m’y consacrer ? Quel intérêt à aller voir un match de Ligue 1 pendant une marche nationale organisée à une demi-heure à pieds de chez moi, et destinée à entrer dans les livres d’histoire ? Fallait-il revenir à Paris ? Et le match, d’ailleurs, aurait-il lieu ? Il serait seulement reporté à 17 heures. Mais malgré tout : rentrer en traînant une valise alourdie par le chagrin et je-ne-sais-quelle responsabilité n’était-il pas plus raisonnable ?

L’arbitrage fut assez vite rendu, même si le match entre les deux hémisphères de mon cerveau fut âpre, chevaleresque, digne d’un Nadal - Federer des meilleurs crus. Evidemment, j’allais rester à Lyon. Evidemment, j’allais respecter mon programme. Evidemment, j’allais continuer à vivre normalement mon existence de chroniqueur du sport.

Première raison : une grande confiance en mes semblables sur leur capacité à rendre la journée du 11 janvier historique. Plutôt bien vu : merci à vous.

Deuxième raison : faire demi-tour, ne pas vivre ma vie de Lyonnais provisoire occupé à des affaires très terre-à-terre, cela revenait à donner raison aux vaniteux qui furent assez fou pour imaginer que leurs crimes allaient nous changer. L’heure était grave mais la vie devait continuer. L’heure était grave, mais pas au point d’être infidèle à la liberté de s’intéresser, de près, de très près, à ces frivoles feuilletons que sont les championnats de ballon et compétitions marquetées par les professionnels du bonheur en kit.

Nous autres, journalistes de sport, sentons parfois qu’aux yeux des autres, l’objet de nos travaux n’est pas assez sérieux. Pas assez "utiles". Pas assez "nobles" par rapport à quelques autres qui ont choisi - comme nous-mêmes avons choisi le sport - de se consacrer à la diplomatie, à l’éducation, aux bisbilles politiques ou les grands sujets macro-économiques. Ces gens-là sont de moins en moins nombreux et toujours aussi peu documentés.

Nous, on "sait" que le sport amplifie la vie

Qu’importe. Nous, on sait. Avec vous, tous les jours, on sait. On sait qu’une grande finale internationale avec la France rassemble autant de personnes devant la télé qu’un scrutin législatif important dans les bureaux de vote du pays. On sait que le nombre total de licenciés sportifs dans le pays est supérieur à celui des adhérents aux partis et syndicats. On sait que le sport agrandit la vie. On sait que le sport raccourcit la planète, rapproche les gens. Et lorsqu’il les sépare, c’est qu’il amplifie un mal profond qui a pris racine en dehors de lui. C’est effrayant mais pas moins passionnant. On sait que le sport - tous les sports - amplifie et sublime potentiellement ce que chacun a en lui de plus noble ou démoniaque. On sait que le sport occupe une place centrale dans la culture et l’histoire des peuples.

Et on sait que le fait de voir le jour dans un société riche, plurielle, éprise de liberté, nous a donné le droit absolu de nous passionner pour ce que bon nous semble sans avoir à nous en excuser.

Lyon candidat au titre, et Lyon magnifique de dignité

Me voici donc revenu de Lyon avec la certitude, chers amis, que l’équipe de Jean-Michel Aulas est bien candidate au titre de champion de France. La classement l’enseigne. La dynamique de résultats aussi. Le jeu de l’équipe d’Hubert Fournier possède une consistance qu’on voit mal se désagréger gravement. Elle dispose, en même temps, d’une marge de progression importante. Elle a de la sécurité technique, de la vitesse, de l’énergie. C’est une équipe extrêmement tonique. Elle possède deux joueurs qui la transforment en machine très sophistiquée (Lacazette et Fekir). Lacazette fait partie des quatre joueurs à avoir enchaîné quatre doublés lors des dix dernières années dans les cinq grands championnats, nous a indiqué Opta dimanche soir. Les autres sont Lionel Messi, Cristiano Ronaldo et Luis Suarez. L’OL est jeune. C’est son atout, comme le Nantes de 1995, mais c’est probablement aussi sa principale fragilité. Les trois occasions concédées à un faible Toulouse, en fin de première période, puis en fin de rencontre, l’attestent. Il faudra un adversaire plus contrariant que le TFC pour s'assurer que l'OL a pris du coffre depuis la déroute à Saint-Etienne (3-0), qui pouvait faire basculer sa saison.

A Lyon, je voulais aussi voir, sentir, quel pouvoir aurait le contexte national dans une arène à spectacle. Il était certain que, même ici, le traumatisme ou le sursaut sauraient se faire une place. Lyon a été magnifique. Les équipes, les officiels, les spectateurs, les confrères nous sommes spontanément lancés dans la minute de silence sans qu’il y ait eu besoin de la commander après l’entrée des joueurs. Chacun avait comme un besoin animal de s’y livrer et de s’y livrer avec les autres. Elle a été pure comme jamais, auto-régulée quant à sa durée, applaudie, et conclue par deux Marseillaises lancées par les virages. J’en ai peu entendues d’aussi fortes et prenantes lors des dizaines de matches de l’équipe de France couverts au cours de ma carrière. L’image qu’il me restera de cette soirée est celle de Philippe Kalt, l’arbitre, raide comme un militaire au garde-à-vous, ou comme un joueur un jour de finale. Incapable, en son for intérieur, de siffler le coup d’envoi avant la fin de l’hymne. Il ne le fit pas. Je jure qu'il a implcitement applaudi.

Gerland put ensuite s’abandonner au spectacle sans mettre sous cloche son droit fondamental à vibrer. Mais Gerland avait aussi deux cerveaux, deux lui-mêmes, deux coeurs, deux endroits où regarder. Quelque part, les Toulousains sur place aussi ont gagné 3-0 pour peu qu’ils aient pu accéder à leur smartphone. 17h10, alerte mobile, "1,5 million de manifestants à Paris." 18h06, alerte mobile "Comptage impossible compte tenu de l’ampleur du rassemblement". 20h05, alerte mobile , "Au moins 3,7 millions de personne ont défilé".

J’ai bien fait de venir. Ils sont 35 928 à avoir bien fait de venir. Allons au match, allons au concert, allons au cinéma, allons boire un verre, allons acheter des journaux, allons prendre l'air. Allons enfants : faîtes-vous plaisir. Au foot, devant une planche à dessin ou ailleurs. Vous êtes libres.

Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette

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