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Neuer-Ter Stegen, mauvais remake de la guerre des goals

Neuer-Ter Stegen, mauvais remake de la guerre des goals

Le 09/10/2019 à 18:57Mis à jour Le 09/10/2019 à 19:02

MATCH AMICAL - La concurrence qui s'exacerbe entre les deux meilleurs gardiens d'Allemagne pour le poste de titulaire dans les buts de la Mannschaft rappelle le bouillant précédent de 2006 et atteint ces dernières semaines, par médias interposés, des sommets de surréalisme.

On le guette avec, pour les uns, un certain délice, pour les autres un dégoût teinté de mauvaise foi. C'est toujours le même refrain, claironné à tue-tête, et l'habitude n'en atténue en rien la véhémence. Dérapages pour les uns, folklore pour les autres – en pleine Oktoberfest, c'est raccord –, les sorties fracassantes d'Uli Hoeness ne risquent jamais de passer inaperçues. Exaspéré par les velléités de plus en plus pressantes de Marc-André ter Stegen, l'excellent gardien du FC Barcelone, pour prendre la place de "son" Manuel Neuer dans les buts de l'équipe nationale allemande, le président du Bayern a profité d'une forêt de micros tendus en zone mixte après Bayern-Etoile Rouge (3-0) en Ligue des champions, le 18 septembre, pour passer le débat en question à la sulfateuse.

Au journaliste lui demandant son avis sur la façon dont le gardien du Barça remettait en question le statut d'intouchable de Neuer, Hoeness a répondu, dans le tempo, en mode parpaing : "C'est une blague. Je trouve que la presse du sud de l'Allemagne ne fait pas correctement son boulot. La presse de l'ouest soutient Marc-André ter Stegen à l'extrême, comme s'il avait gagné dix-sept Coupes du monde. Ici, je ne vois absolument rien, aucun soutien. Je trouve insensé qu'on mette ce thème sur la table, parce qu'il n'y a rien à revendiquer. Chez les gardiens, ce n'est pas comme chez les joueurs de champ : on ne peut pas changer en permanence. La hiérarchie doit être claire, et la hiérarchie, c'est que Manuel Neuer est le numéro 1. C'est le meilleur gardien du monde depuis de nombreuses années. Certes, il a été sur la touche en raison de sa blessure, mais il était clair que, dès lors qu'il reviendrait à sa forme d'avant – et il y est revenu, à présent –, il n'y avait absolument aucune discussion : lui seul peut être le numéro 1."

Manuel Neuer et Marc-Andre ter Stegen lors d'un entraînement avec l'équipe d'Allemagne

Manuel Neuer et Marc-Andre ter Stegen lors d'un entraînement avec l'équipe d'AllemagneGetty Images

" Manuel Neuer est quand même bien meilleur ! "

Cette entrée en matière copieuse à peine digérée par les journalistes au bout des micros tendus, qui s'en seraient satisfaits mais sentaient bien l'odeur de poudre prête à sortir du canon et la moutarde monter au nez du patron, arrive le plat de résistance. "Je me serais attendu à davantage de soutien de la part de la DFB (la fédération allemande). Ils nous font en permanence du théâtre : d'abord le débarquement (de Boateng, Hummels et Müller après le Mondial 2018), cette manière impensable et médiocre dont ils ont été traités... et maintenant la même histoire avec Manuel Neuer... qu'on laisse faire ça, cette façon de la part d'un coéquipier de s'épancher en public sur un sujet qu'il n'a à discuter qu'avec Jogi Löw (Joachim Löw, le sélectionneur de l'Allemagne, ndlr) ... ce n'est pas correct ! À l'avenir, nous ne laisserons pas nos joueurs se faire salir sans raison", a fusillé Hoeness, avant d'y mettre un peu plus les formes.

"Ter Stegen est un très bon gardien, mais Manuel Neuer est quand même bien meilleur ! Et bien plus expérimenté ! Il n'y a même pas de discussion ! Personne sur cette planète ne peut douter du fait que Manuel Neuer soit dans les buts de l'Allemagne. Toute l'Europe sait qu'aussi longtemps qu'il sera en bonne santé, il sera toujours le meilleur ! Il n'y a absolument aucune discussion à ce sujet !" Et, en guise de dessert, d'ouvrir le feu sur la fédération, en menaçant que les joueurs du Bayern boycottent purement et simplement la sélection. Explosif !

Dans un ouvrage théorique sur le football, Uli Hoeness aurait raison : son gardien a révolutionné le poste. Mais en pratique, contrairement à ce qu'il assène, il y a bien discussion. La preuve : toute la sphère médiatique du football allemand – et elle est dodue – ne parle que de la "Torwartfrage". Une des magazines, buzz sur internet, questions insistantes à la moindre occasion, traque des moindres gestes des deux protagonistes pour faire monter la mayonnaise, sondages auprès du public, avis d'experts à n'en plus finir... À un peu plus de 24h du coup d'envoi d'Allemagne-Argentine à Dortmund, ce 9 octobre, la presse de boulevard n'a pas manqué de dégainer le chrono pour savoir lequel des deux géants était arrivé le plus en retard à la convocation internationale. Situation absurde, ou comment disposer de deux des meilleurs portiers du monde et les affaiblir. Et tout le monde s'y met, jusqu'au sélectionneur qui a donc décidé, pensant sans doute étouffer l'incendie, de confier cette semaine un match à l'un, un match à l'autre.

Ce n'est pas nouveau : Löw a déjà essayé d'offrir du temps de jeu au cadet, sans parvenir à étouffer sa frustration devenue obsession. La sortie d'Hoeness, indépendamment de son côté jouissif ruisselant de punchlines, est quant à elle absurde : en défendant son gardien, le patron du Bayern l'affaiblit à son tour, donnant l'impression que Neuer aurait besoin de soutien. En ravivant la concurrence, Jogi Löw épaissit le brouillard alors qu'il doit, urgemment, éclaircir la situation. C'est un fait : les Allemands ne sont pas d'accord sur le sujet. Mais à un poste qui requiert, plus que tout autre, confiance et sérénité et qui, jusqu'à preuve du contraire, n'offre qu'une place sur le terrain, demander leur avis à 80 millions de sélectionneurs est une aberration...

Manuel Neuer lors d'un entraînement avec l'équipe d'Allemagne en octobre 2019

Manuel Neuer lors d'un entraînement avec l'équipe d'Allemagne en octobre 2019Getty Images

La jurisprudence Kahn, alliée de Ter Stegen

C'est que la plaie de la lutte entre Jens Lehmann et Oliver Kahn, en 2006, constitue un précédent qui n'a pas cicatrisé. Marc-Andre ter Stegen, évidemment, brille aujourd'hui plus que jamais par ses performances. L'ancien joueur de Mönchengladbach n'a jamais fait les choses à moitié : il encaisse une pluie de buts pour sa première sélection (3-5 en Suisse), arrête un penalty de Lionel Messi pour sa deuxième (mésaventure qui n'était jamais arrivé à la Pulga), encaisse un but gag qui coûte le match face aux Etats-Unis (3-4) pour sa troisième. De quoi alimenter pour l'éternité le débat... Neuer, de son côté, a gagné la Coupe du monde tout seul contre l'Algérie en 2014 dans un huitième de finale consubstantiel à toute l'épopée et porte un brassard qui pèse forcément dans la balance.

Mais plus largement, Ter Stegen n'a pas de chance : il joue à la même époque qu'une icône. La lutte est forcément inégale, d'autant qu'il affronte le lobby bavarois. Mois après mois, il distille sa frustration dans des formules plaintives. Pour peu que Neuer conserve sa forme au long de la saison, il sera dans les buts de la Mannschaft à l'Euro 2020 : Löw l'a formulé ainsi le 8 décembre 2018. L'ancien gardien de Schalke fait du reste partie des trois seuls joueurs à avoir disputé tous les matches depuis le Mondial 2018 avec Kimmich et Süle. Âgé aujourd'hui de 27 ans, Ter Stegen, lui, pourra jouir de la jurisprudence Oliver Kahn : quand ce dernier, en 1998, a pris la succession d'Andreas Köpke, il avait 29 ans. On connaît la suite, avec le titre de meilleur joueur du Mondial 2002.

Marc-André ter Stegen lors d'un entraînement avec l'équipe d'Allemagne en octobre 2019
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