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Nastasic apprend vite

Nastasic apprend vite
Par Eurosport

Le 02/02/2013 à 14:19Mis à jour Le 02/06/2013 à 15:12

La concurrence est toujours plus impitoyable dans les grands clubs. Le cas de Joleon Lescott l’illustre assez bien

L’an dernier, il était titulaire aux côtés de Vincent Kompany en défense centrale à Manchester City. Dans l’ombre du Belge, élu meilleur joueur de Premier League, l’international anglais avait apporté sa contribution au titre remporté par les Citizens, qui présentaient l’arrière-garde la moins perméable du Royaume (29 buts encaissés). Derrière David Silva, Lescott faisait partie des joueurs qui avaient débuté le plus de rencontres en Premier League (31). Il y avait de quoi lui garantir un statut de titulaire cette saison. Mais l’expérimenté défenseur de 30 ans a perdu sa place au profit d’un gamin de 19 ans, Matija Nastasic. Sans que cela ne le choque. Au contraire même. "C’est un candidat pour le titre de meilleur joueur de la saison. On ne parle pas assez de lui. S’il était Anglais, les gens s’enthousiasmeraient à son sujet", avait-il affirmé sur son compte Twitter.

Nastasic est bien serbe. Et le manque de considération à son égard dans son pays ne laissait pas forcément entrevoir une carrière dans un club étranger réputé, surtout à son âge. Après avoir touché ses premiers ballons à l’école et fait ses premières gammes au ZSK puis au FK Buducnost Podgorica, il a bien attiré l’attention des recruteurs de l’Etoile Rouge et du Partizan Belgrade, pour lequel il s’est engagé à l’âge de 15 ans en 2008. Ses performances au sein des équipes de jeunes des noir et blanc lui ont même permis d’intégrer la sélection serbe des moins de 17 ans et d’en porter le brassard de capitaine dès 2009, statut qu’il a d’ailleurs conservé chez les moins de 19 ans, puis chez les moins de 21 ans. Mais cela ne lui a pas offert une place au sein de l’équipe première du Partizan pour autant. Les dirigeants du club de Belgrade ont donc décidé de le prêter au FK Teleoptik, un club de deuxième division, au début de l’année 2010.

Quand Nastasic éteint Ibrahimovic

De retour l’été suivant, il a croisé une première fois la route Stefan Savic, tout juste recruté par le Partizan et alors présenté comme le grand espoir du club en défense centrale. Confronté à cette concurrence, Nastasic a de nouveau été prêté au FK Teleoptik. Et son club formateur ne l’a jamais revu. En quelques mois de D2 serbe, le jeune défenseur a réalisé des prestations suffisamment brillantes pour taper dans l’œil des plus grands clubs. Notamment Manchester United, sur les conseils de son compatriote Nemanja Vidic, mais aussi le Real Madrid et la Juventus Turin. Grâce au travail de son directeur sportif, Pantaleo Corvino, c’est finalement la Fiorentina qui a obtenu sa signature. La Viola a trouvé un accord pour que Nastasic termine la saison avec le FK Teleoptik, avant de rejoindre le club toscan l’été suivant, pour une somme estimée à environ 2,5 millions d’euros. Alors que sa carrière se résumait alors à une grosse vingtaine de matches de D2 serbe.

Elle n’était pas censée prendre un envol immédiat à Florence. La Fio avait plutôt l’intention de prêter le jeune joueur de 18 ans mais, dès le stage de présaison, son entraîneur Sinisa Mihajlovic a vu en Nastasic des qualités qui pouvaient en faire un élément de l’équipe première. Il l’a ainsi fait débuter le 11 septembre 2011 face à Bologne (2-0). Ce n’est cependant pas sous les ordres de son compatriote que le défenseur serbe a explosé. Licencié en novembre pour des résultats décevants, Mihajlovic a cédé sa place à Delio Rossi, qui a eu droit à un baptême de feu face au champion en titre, l’AC Milan. Confronté aux absences de Cesare Natali et Per Koldrup, l’entraîneur italien n’a pas hésité à titulariser Nastasic en défense centrale. En lui assignant une tâche délicate : le marquage de Zlatan Ibrahimovic. Le buteur milanais n’a pas vu le jour, et la Fiorentina n’a pas perdu (0-0). "Une étoile est née", écrivait la Gazzetta dello Sport le lendemain au sujet du jeune défenseur de la Viola.

Stupéfiant de calme et de contrôle

Cette performance a constitué un tournant dans la carrière de Nastasic. Derrière, le Serbe n’a quasiment plus jamais quitté le onze de départ de la Fiorentina. Titularisé à 21 reprises sur la suite de la saison, il en a profité pour exprimer l’étendue de ses qualités et de son potentiel. En fait, il a surtout montré qu’il avait peu de défauts. Très solide physiquement, impeccable dans ses interventions aériennes ou au sol, redoutable tacleur et très bon relanceur, le gaucher serbe est surtout stupéfiant de calme et de contrôle compte tenu de son âge. "Je ne laisse jamais l’anxiété me gagner. Je suis un footballeur calme, j’essaie de ne jamais perdre patience. Ce sont des qualités fondamentales à mon poste", a-t-il expliqué à l’époque au Corriere dello Sport. Devenu incontournable avec le Viola, Nastasic a obtenu sa première sélection face à Chypre (0-0), en amical, se distinguant notamment en sauvant un tir adverse sur sa ligne de but.

Le Serbe semblait parti pour une deuxième saison à la Fiorentina, disputant notamment le premier match de championnat face à l’Udinese (2-1). Mais Manchester City en a décidé autrement et a obtenu la signature de Nastasic dans la dernière journée du mercato. En échange, la Viola a récupéré 16 millions d’euros et… Stefan Savic, qui l’avait plus ou moins poussé vers la sortie au Partizan Belgrade deux ans auparavant. A l’inverse du Monténégrin, Nastasic a immédiatement trouvé ses marques à City. Il a débuté à peine trois semaines après avoir signé un contrat de cinq ans avec les Citizens lors de la défaite subie face au Real Madrid en Ligue des champions (3-2). La première titularisation d’une longue série. Après avoir disputé son premier match en Premier League lors de la victoire face à Fulham (1-2), il a ainsi démarré les huit rencontres disputées par son équipe en novembre. Et s’est montré assez performant pour être élu joueur du mois par les supporters de City.

Le meilleur tacleur d’Angleterre

A 19 ans, Nastasic connaît une ascension phénoménale avec le champion d’Angleterre, au point d’avoir dépassé Kolo Touré et Joleon Lescott dans la hiérarchie des centraux. Il en est le premier surpris. "Je suis fier parce que Joleon est un grand joueur, tout comme Kolo. Je suis ravi de la façon dont je me suis adapté au football anglais et tout va bien pour le moment. Mais je ne m’attendais pas à ce que cela arrive aussi vite, en tout cas pas dans les six premiers mois. Lors de mes deux premiers matches, je me suis rendu compte que je pouvais m’imposer et jouer mon jeu. C’est ce qui m’a donné confiance", expliquait-il le mois dernier. Et City se félicite d’avoir recruté celui qui est le meilleur tacleur de la Premier League à l’heure actuelle (95% de réussite dans l'exercice). "Il a le mental d’un ancien et les jambes d’un jeune. Il lui a fallu deux matches pour apprendre le foot anglais, mais il a fait ça très rapidement", affirmait déjà en novembre David Platt, l’adjoint de Roberto Mancini.

Forcément, un grand défenseur serbe qui fait parler de lui à Manchester, cela rappelle forcément le destin de Nemanja Vidic. A son arrivée en Angleterre, Nastasic n’a d’ailleurs pas manqué de prendre quelques conseils auprès de son compatriote, sacré meilleur joueur de la Premier League en 2009 et 2011 avec Manchester United. "Je lui ai parlé et je parle toujours avec lui. Il m’a donné des conseils en général, pas seulement sur le football mais aussi sur le style de vie ici, ainsi que sur l’adaptation au foot anglais", a-t-il révélé. L’exemple à suivre est tout trouvé, mais le jeune défenseur de Manchester City ne se projette pas aussi loin. Malgré cette ascension précoce, Nastasic sait qu’il doit encore travailler pour atteindre éventuellement le niveau de Vidic. Avec Vincent Kompany, il est en tout cas à bonne école. "Avec Vincent, on parle tous les jours, et ça me rend heureux de jouer aux côtés d’un capitaine aussi excellent. Quoi que je puisse apprendre, je l’apprends de Vinnie", affirme-t-il. Et manifestement, Nastasic apprend vite.

Vincent BREGEVIN

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