"The Pogmentary". Un intitulé à l’image du personnage de Paul Pogba, qui promet de se dévoiler dans une série documentaire, disponible sur Prime Vidéo à partir de ce vendredi 17 juin 2022. Une série que nous avons pu regarder avant sa sortie et dont le point fort est la qualité de la réalisation. Au niveau de l’esthétisme et du rythme, le contrat est rempli. Les grands moments de la carrière du milieu international - dont sa kyrielle de buts spectaculaires - venant magnifier l’ensemble.
Une séquence "dessin animé" lance chacun des cinq épisodes (longs de 25 à 30 minutes) et le Pogba virtuel intervient à d’autres moments du récit, pour illustrer sa vie. Le montage est moderne, dans la façon d’intégrer des images via des tweets par exemple. Le tout est agréable à regarder, avec de jolis plans de drone, des actions vues depuis les tribunes, des archives astucieusement disséminées.
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Point négatif : le fil rouge chronologique est la question de son départ, ou non, de Manchester United, entre mai 2021 et la fin de cette même année. Il manque ainsi un point final au feuilleton. L’absence d’éléments récents laisse, qui plus est, l’impression d’une ellipse temporelle. Ce décalage est accentué par la mort de l’agent de Pogba, Mino Raiola, le 30 avril dernier. Seule la mention "en hommage à Mino" montre que son décès n’est pas occulté.
Mais tout ne tourne pas autour du mercato. Les sujets abordés sont nombreux. La jeunesse précaire de Paul Pogba, sa philosophie "américaine", sa vision du marketing, la place de sa famille dans son quotidien, que ce soit celle dans laquelle il a grandi ou celle qu’il a fondée. On le voit passer des coups de téléphone à Mino Raiola, son avenir et des millions d’euros en jeu, comme se disputer avec sa femme au sujet des couches de leurs deux enfants.
Il semble possible de tirer quelques enseignements de "The Pogmentary", à condition de prendre un recul nécessaire sur certaines scènes. Les "moments volés" n’en sont pas vraiment, le documentaire n’étant pas journalistique. La plongée dans la vie de Paul Pogba n’est que relative, elle est dictée par l’image qu’il souhaite refléter, mais elle présente tout de même de l’intérêt. Voici dix phrases que nous avons retenues.

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Pogba sur France-Suisse :

On pensait vraiment que, là, le match était plié
Un but fantastique. Une perte de balle coupable. Un tir au but surpuissant. Une issue ô combien décevante. France-Suisse, cela a été un tourbillon d’émotions pour les Bleus, éjectés dès les huitièmes de finale du dernier Euro, et particulièrement pour Paul Pogba. Il raconte son chef-d’œuvre, pour le 3-1 : "C’était un très beau but. La balle va en pleine lucarne… c’est plein d’adrénaline, direct (…) J’ai regardé sur ma droite, je cherchais mes frères (dans le public)."
Surtout, Pogba admet que ce but du break a conduit à un relâchement : "On pensait vraiment que, là, le match était plié." La suite, c’est une réduction de l’écart, puis une égalisation (3-3) venue d’un ballon perdu par "La Pioche". "Je n’avais pas lu le jeu. On m’a pressé… et cette perte de balle… j’étais très énervé", rumine la star de l’entrejeu tricolore, qui a encore du mal à réaliser : "Personne n’aurait pu s’imaginer ce scénario."
Dans cette séquence, Pogba évoque aussi la prolongation : "On a plein d’occasions, on peut gagner ce match". Puis la séance des tirs au but, fatale aux Français, durant laquelle il insiste sur sa prise de responsabilité. Il assure avoir tenu à tirer en premier, pour montrer l’exemple : "J’étais très confiant, je me suis dit : 'soit la balle rentre… soit la balle rentre avec le gardien'". La balle est rentrée, mais les Bleus sont rentrés chez eux.

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Griezmann au sujet du retour de Benzema en équipe de France :

J’ai appelé Hugo [Lloris], il m’a dit : "Non, je ne savais pas"
Autre moment lié à l’Euro. Paul Pogba mange en famille quand il reçoit un appel visio d’Antoine Griezmann. Leur conversation est datée du 18 mai 2021, jour de l’annonce des 26 joueurs français sélectionnés par Didier Deschamps. Les deux cadres des Bleus discutent du retour de Karim Benzema, qui a fuité quelques heures auparavant dans la presse.
Pogba demande à Griezmann si Deschamps a consulté Hugo Lloris, avant de faire le choix de rappeler Benzema, écarté de l’équipe de France depuis 2015, principalement pour des raisons extra-sportives. La réponse de "Grizou" : "J’ai appelé Hugo [Lloris], il m’a dit : 'Non, je ne savais pas', là je t’appelle et tu ne savais pas." Le reste de leur dialogue traduit leur complicité, sans approfondir ce point.

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Raiola sur les deux visages de Pogba :

On doit essayer de te faire te sentir comme quand tu es avec les Bleus
Dans ce documentaire, la relation de Mino Raiola et Paul Pogba est présentée comme forte. Quand Pogba invente une ressemblance entre "(s)on agent, la terreur des clubs", et Elvis, c’est sur le ton du chambrage. Mais quand il est question de lui confier les rênes de son avenir, il n’hésite pas. Et Raiola revendique son talent en la matière : "Je dis à Paul : 'Je ne peux pas jouer au football… si je joue au foot et tu te charges du business, on est dans la merde'."
Mais ils peuvent en revanche parler football, tous les deux. Lors d’une discussion à distance, durant l’été 2021, Raiola met le doigt sur les deux visages de Pogba : "On doit essayer de te faire te sentir comme quand tu es avec les Bleus, parce qu’avec les Bleus, tu es un autre type de joueur (…) le vrai Pogba. Alors qu’en rouge (à Manchester United, NDLR), il y a quelque chose qui te bloque."

Pogba sur les négociations avec Manchester United :

Ce sont des bluffeurs, eux !
C’est un Paul Pogba plutôt décidé à quitter les Red Devils qui se dessine au fur et à mesure des épisodes. Dans le quatrième épisode, il interroge Raiola, toujours depuis la Floride lors du dernier mercato estival : "Est-ce qu’ils ont fait une deuxième offre, Manchester United (sic) ?" Réponse : "Ils veulent que tu restes, mais l’offre ne représente pas ça. S’ils veulent que tu restes, ils ne font pas cette offre-là…"
"Ce sont des bluffeurs, eux ! Tu dis que tu veux absolument un joueur, mais tu ne proposes rien. Je n’ai jamais vu ça", peste Pogba. Dans le cinquième épisode, il déclare même : "Le club ne m’a pas laissé partir. Quand il te reste un an de contrat, ça veut dire que tu vas être libre. Si je décide de rester, on peut toujours trouver une solution. Si je décide de partir, personne ne pourra me dire non. Personne ne peut m’arrêter."

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Raiola sur la destination de Pogba :

J’adorerais le voir au Paris Saint-Germain
Partir, mais pour aller où ? "J’adorerais le voir au Paris Saint-Germain. Je pense qu’au PSG, ce serait le retour du Roi (en France)", glisse Raiola. Sans préciser si le club parisien était bel et bien sur les rangs pour enrôler le milieu français. Il avait quatre destinations possibles à l’aube de la saison 2021-2022, à en croire feu son agent… qui n’a pas dit lesquelles.

Pogba sur l’embrouille avec Mourinho :

T’es sérieux (…) tu me prends pour qui ?
Si Paul Pogba devait citer un coach avec lequel ça n’a pas marché, ce serait Mourinho : "Il a envoyé une photo de ma femme et moi, prise par un paparazzi, à Mino (Raiola). Je n’ai pas aimé ça du tout." La suite ? Le technicien lui reproche d’être en vacances, alors que Pogba est à Miami pour sa rééducation. D’où le conflit : "Je lui ai dit : 'T’es sérieux, je suis blessé, je m’entraîne trois fois par jour, tu me prends pour qui ? Je ne suis pas les autres joueurs."
Autre moment de désaccord, avec Sir Alex Ferguson, qui entraîne son premier départ de Manchester United, direction la Juventus en 2012. "Je suis parti mais l’amour était encore là", estime Pogba. "Ce n’est pas l’argent qui a conduit à la rupture, c’est l’absence de respect, de considération, de confiance", raconte quant à lui Raiola.

Pogba sur sa philosophie "américaine" :

Il n’y a pas de "humble'" tout ça… tu as de la valeur, utilise-la, utilise ton image
Pogba passe beaucoup de temps aux Etats-Unis. Son intérêt pour ce pays est mis en exergue dans cette série de vidéos. Il explique son attrait pour la culture américaine, lors d’un échange avec Blaise Matuidi : "En vrai, il faut utiliser son image. Les 'Cain-ris' (Américains) ont compris ça depuis longtemps. Il n’y a pas de 'humble', tout ça… tu as de la valeur, utilise-la, utilise ton image, c’est toi qui l’as créée."
"J’aime la mentalité américaine, c’est plus moi, appuie-t-il. J’aime bien le délire des Américains, comment ils pensent." De là à envisager plus qu’un pied-à-terre : "Vivre aux Etats-Unis ? Cela pourrait être une idée, oui". Très présente dans les différents épisodes, sa femme témoigne, et éloigne l’idée d’une signature en MLS, au détour d’une phrase : "On en parle (…) pour son après-carrière."

Discussion entre Paul Pogba et Blaise Matuidi - Extrait de "The Pogmentary" sur Prime Vidéo

Crédit: Other Agency

Pogba concernant ses sources d’inspiration :

J’ai des modèles : Michael Jordan et LeBron James
Outre-Atlantique, Paul Pogba se régale aussi d’un sport qui y est plus coté qu’en France : "Le basket, c’est mon deuxième sport préféré (…) En fait, j’aime tout dans le basket, l’intensité, le jeu, le style, le show, le look, le 'trashtalk'. J’ai une connexion avec tout cela." La preuve en images, "La Pioche" faisant admirer son handle et son shoot, à Miami, dans les infrastructures du Heat.
D’où une certaine admiration pour deux des plus grands joueurs de l’histoire du basket, têtes d’affiche de la NBA d’hier et d’aujourd’hui : "J’ai des modèles : Michael Jordan et LeBron James." D’une part, "niveau sportif, c’est le top", mais pas seulement, aux yeux de Pogba : "Ce sont des icônes. Que ce soient leurs publicités, leurs business, ce qu’ils montrent en dehors du terrain : j’aime."

Pogba et le rôle de père :

Le foot, c’est bien, mais un jour ma carrière sera finie et je serai toujours papa
L’envie de profiter des "moments très simples" avec sa femme et ses enfants – "ceux qui te rendent le plus heureux au monde" – est un leitmotiv de ce documentaire. Le sentiment que Pogba veut être un père et non une star aux yeux de ses enfants transpire de nombreux extraits, en plus d’être parfois explicité. "Le foot, c’est bien, mais un jour ma carrière sera finie et je serai toujours papa", déclare-t-il notamment.
On voit Paul Pogba (28 ans alors, 29 ans depuis) parler éducation, répartition des tâches dans un couple. Il insiste sur les moyens technologiques qui lui permettent d’entretenir le lien avec ses deux fils, à distance, même si ce n’est pas l’idéal. Il résume cela ainsi : "Je veux que mes enfants soient fiers de moi, se disent que j’ai fait tant de choses, que j’ai gagné une Coupe du monde… et se disent : 'Il a aussi été présent pour nous.'"

Pogba concernant le décès de son père :

Je pense que si mon père était parmi nous, il serait fier de son fils
Lors de la fin du premier épisode, Paul Pogba évoque le décès de son père, à l’issue d’une longue maladie, dans une séquence marquante, illustrée par une animation émouvante : "C’était important pour moi de m’occuper de lui, jusqu’à la fin." Un an plus tard, il est champion du monde. Depuis, il a fondé une famille : " Je pense que si mon père était parmi nous, il serait fier de son fils".

Paul Pogba avec l'un de ses deux fils - Extrait de "The Pogmentary" sur Prime Vidéo

Crédit: Other Agency

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