Dis-moi quelles langues tu parles, je te dirai qui tu es. Allant de pair avec une mondialisation accrue du football, joueurs et entraîneurs cohabitent dans des équipes multilingues. Mais tous n'ont pas la même aisance qu'Arsène Wenger, Pep Guardiola ou José Mourinho avec cinq à six dialectes au compteur. Être polyglotte est une force indéniable sur un CV et dans la pratique. "Quand José avait quelque chose de précis à transmettre, il pouvait s'exprimer dans toutes les langues majeures. L'autre atout, c'est de parler portugais quand les autres ne doivent pas comprendre quelque chose", se souvient Christophe Lollichon, entraîneur des gardiens de Chelsea de 2007 à 2022.
Le football, fait de notions répétitives, reste une langue universelle. Toutefois, la communication dépasse le cadre strict du terrain. Peter Zeidler, coach de Saint-Gall, passé par Tours, Salzbourg ou Sochaux, parle allemand, français et anglais. Pour lui, l'enjeu est psychologique. "La langue t'aide sur le côté mental, pour s'intéresser à un joueur, et parfois avoir des discussions difficiles. A travers le foot, on arrive à aborder des choses de la vie. Pour comprendre les valeurs du joueur, sa vision, il faut maîtriser sa langue. Ça peut faire la différence pour gagner un match."
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Valérien Ismaël, entraîneur du Besiktas, partage cette réflexion : "Pour l'entraîneur, c'est un lien de confiance direct. Dans les échanges en tête à tête, le joueur peut parler plus librement, sans peur, surtout quand il y a un problème, que ce soit tactique ou personnel. Quand vous lui dites des choses pas forcément agréables dans sa langue, il se sent plus protégé car tout le monde ne comprend pas."

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Il vaut mieux demander une fois de trop
L'ex-défenseur du Werder souligne la nécessité d'obtenir une confiance mutuelle grâce à la langue. "J'explique de suite que ma porte est ouverte. S'ils ne disent rien et qu'il y a des erreurs sur le terrain, je leur fais comprendre que c'est de leur faute. Il vaut mieux demander une fois de trop. Parfois, ils disent 'oui' devant tout le monde et dès qu'on se sépare, ils viennent."
Claude Puel, qui a entraîné Southampton et Leicester, insiste sur ces variables extra-sportives : "Il faut une certaine maîtrise pour établir des contacts avec tous les joueurs, notamment ceux qui arrivent au club. Cette capacité à faire des débriefings de matchs, des entretiens individuels ou collectifs est obligatoire. Sinon, il y a toujours un petit manque sur la confiance, les échanges hors football, et pour être encore plus dans l'empathie."
Constamment confronté aux joueurs, au staff ou à sa direction, l'entraîneur se doit d'être précis, même dans une langue qui n'est pas la sienne. "L'anglais reste le plus parlé au quotidien. Manier plusieurs langues permet d'avoir des échanges moins dénaturés que s'ils sont traduits, juge Christophe Lollichon. Après, quand vous êtes un coach un peu généraliste, c'est moins gênant, les demandes sont relativement basiques, il y a des moyens pour se faire comprendre." Reste que des consignes déformées, mal comprises, risquent de déboucher sur une certaine cacophonie. "Pour quelqu'un reconnu comme Marcelo Bielsa, ça marche parce qu'il a des gens de confiance autour de lui. Ils s'y connaissent, ils ont une sensibilité football pour traduire au mieux. Sans ça, c'est un véritable obstacle vu la précision de son discours et de ce qu'il veut mettre en place."
L'ex-coach des gardiens de Chelsea rapporte une anecdote : "Diego Costa ne parlait pas du tout anglais. Pendant les causeries de Mourinho, Rui Faria lui traduisait. Dans [les gros clubs], il y a toujours quelqu'un pour vous aider." Au sein de son staff, l'entraîneur dispose de plusieurs adjoints. Mais c'est bien sa pédagogie qui prime. "Les entretiens, un tableau, la vidéo… Les joueurs apprennent visuellement. La communication doit être claire, sans zones d'ombre, pour dissiper les doutes", détaille Valérien Ismaël.
L'utilisation d'interprètes est quotidienne dans les clubs, comme Nicolas Faure, qui a travaillé avec Marcelo Bielsa, Jorge Sampaoli ou Unai Emery. "Notre objectif est que le message soit le plus fidèle possible, en prenant aussi en compte la personnalité. Quand tu dois interpréter des consignes, tu ne peux pas être aussi rapide et concret. L'interprète, même si c'est un adjoint, n'arrive jamais à mettre la même intensité."

Nicolas Faure lors de la démission de Marcelo Bielsa

Crédit: Getty Images

Maîtriser la langue du pays, ça en impose
Malgré tout, les meilleurs interprètes restent les joueurs. "Ils vont transmettre le langage du terrain. C'est plus délicat pour des traducteurs 'officiels' de trouver les mots adéquats, explique Valérien Ismaël. A Besiktas, on les prend avec nous avant les séances pour expliquer ce qu'on va faire et pourquoi." Peter Zeidler avoue solliciter ses joueurs : "J'ai fait des entretiens individuels à trois, avec un joueur qui parle plusieurs langues. Ça valorise celui qui traduit, mais il faut que les deux s'entendent."
Fort de son expérience, Nicolas Faure avance un autre point : "Au début, avec des coachs étrangers, il y a parfois un vrai souci de transmission des messages qui se voit sur le terrain. Surtout quand ils ont un style différent." Claude Puel loue le travail des interprètes, notamment pour les conférences de presse. "J'avais un traducteur pour bien comprendre les questions, ne pas répondre à côté : Ils m'ont permis d'avoir du vocabulaire, des synonymes et ne pas être répétitif." Un appui bienvenu après le décès du président de Leicester, Vichai Srivaddhanaprabha. "C'était une charge énorme, se souvient-il. J'ai dû apprendre des mots, des phrases pour mettre le ton et honorer sa mémoire quand je représentais le club."
L'autorité du coach peut-elle être mise à mal s'il ne parle pas la langue ? "Bielsa est l'exemple type : qu'il maîtrise ou pas la langue, il va sans doute être moqué, jamais devant lui, mais respecté, garantit Christophe Lollichon. On ne veut pas se [le] mettre à dos. On s'arrange pour comprendre. Quelqu'un qui n'a pas cette aura, qui arrive sans comprendre la langue, sans aide autour, ça risque de l'affaiblir." Peter Zeidler abonde en ce sens : "On te respecte car tu es l'entraîneur. Mais il n'y aura peut-être pas cette autorité naturelle qui se dégage quand tu maîtrises la langue."
Pour les coachs, c'est un contre-la-montre, avec un risque : "perdre un temps fou à se faire comprendre"."Si les joueurs sentent que vous êtes en difficulté, ça va vous décrédibiliser, créer de l'agacement, prévient Christophe Lollichon. Le fait de débarquer et de maîtriser la langue du pays, ça en impose. La volonté d'apprendre vous enlève une partie des railleries. Si vous faites une faute tous les trois mots, ça vous fragilise." Avec un exemple en particulier : Unai Emery. Que ce soit à Paris ou à Arsenal. "J'ai souvent discuté avec lui. Il a tout fait pour s'exprimer en français ou dans la langue du pays où il travaillait. Il a récolté des moqueries qui ont fortement impacté son passage [au PSG]. Il venait me voir pour savoir ce que j'en pensais, corriger des choses, ou pour la prononciation de certains mots. Il était très impliqué pour progresser", conclut Nicolas Faure. Alors messieurs les entraîneurs, à vos bouquins : place au bachotage.

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