Septièmes du championnat à 16 points de la première place et 9 longueurs de la Ligue des champions, Manchester United traverse sa première saison de l'ère "post-Ferguson" avec difficulté. Le jeu produit par les Red Devils est dans la lignée des résultats, irrégulier, si bien qu'il est difficile d'entrevoir les progrès effectués par l'équipe de David Moyes depuis le début de saison. Pour tenter de (re)lancer la machine, les dirigeants mancuniens ont cassé leur tirelire pendant le mercato d'hiver en arrachant Juan Mata du banc de touche de Chelsea contre 45 millions d'euros. L'Espagnol arrive avec une énorme mission : remettre le jeu des Red Devils à l'endroit pour enfin lancer la nouvelle ère.
Pendant 25 ans, l'ADN de Manchester United était assez simple à résumer : un 4-4-2 quasi-inamovible, des ailiers chargés d'alimenter deux attaquants en bons ballons et une grande solidarité entre toutes les lignes. C'est d'ailleurs peut-être cette dernière cohésion qui a disparu avec la retraite de Sir Alex Ferguson. Les efforts semblent aujourd'hui moins coordonnés, et l'effectif pourtant champion il y a six mois est très loin de rivaliser avec les membres actuels du Big Four anglais (Arsenal, Chelsea, Manchester City et Liverpool). Envolée la peur des "hair-dryers" qui poussait à une implication de tous les instants ?
Un problème en phase défensive
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A priori, l'arrivée de Juan Mata va offrir à David Moyes un talent supplémentaire pour faire la différence, et les bons choix, dans les 30 derniers mètres. A défaut de bien jouer, avoir un homme capable de mettre le jeu à l'endroit dans le dernier tiers du terrain ne peut qu'améliorer les choses. Sur le terrain, l'Espagnol entrerait naturellement dans le rôle d'attaquant de soutien, juste derrière Robin Van Persie ou Danny Welbeck, doublure du Néerlandais lorsque ce dernier est sur la touche parce que blessé. Si l'apport offensif apparaît évident, Manchester United se heurterait aux mêmes problèmes qui ont coûté à Mata sa place à Chelsea : son implication défensive et au niveau de la récupération de balle.

Juan Mata (Manchester United)

Crédit: EFE

Ce n'est un secret pour personne : si le "Happy One" Mourinho a "snobé" le champion du monde et d'Europe, c'est d'abord pour son manque de rigueur lorsque l'équipe n'est plus en possession du ballon. Il suffit de voir le comportement des joueurs qui l'ont délogé de son piédestal londonien. Lundi dernier face à Manchester City, Willian a encore réalisé une prestation XXL sur le plan défensif. Beaucoup plus jeune mais déjà mature sur le plan tactique, Oscar est aussi doté de ce sens du sacrifice. Mata un peu moins. En le récupérant, David Moyes sait qu'il ne renforce pas forcément son équipe défensivement. Une première ligne Mata-Van Persie ne pèsera pas lourd face à la relance adverse. Pourtant, il est désormais acquis qu'au plus haut niveau, les équipes les plus solides sont celles qui peuvent s'appuyer sur les attaquants les plus travailleurs.
Mata, Rooney, Van Persie : un trio à constituer
Entre alors dans l'équation l'autre star de Manchester United à l'heure actuelle : Wayne Rooney. Si l'avenir du Britannique est incertain, son rôle dans l'équipe reste prépondérant et son absence durant le mois de janvier a pesé lourd dans les résultats de l'équipe. Motivé et à 100%, Rooney est un homme qui peut donner le tempo du pressing et faire remonter le bloc-équipe. Reste à savoir ce qu'il en est exactement de sa motivation à l'heure actuelle, alors que des bruits répétés font état d'une envie partagée par plusieurs joueurs de quitter l'institution mancunienne l'été prochain. En attendant, Rooney est là, avec Mata et Van Persie, et la question de l'association des trois hommes se pose forcément
David Moyes y a d'ailleurs apporté une première réponse il y a une grosse semaine, à l'occasion du déplacement de son équipe à Stoke City. A Van Persie la pointe (pas de surprise), à Rooney le poste de n°10 et à Mata celui de milieu droit. Pas le rôle favori de l'Espagnol mais cela ne l'a pas empêché de signer sa deuxième passe décisive en autant de matches. Néanmoins, ne serait-ce pas "gâcher" son potentiel que de cantonner l'Espagnol à une aile sans la garantie d'une première ligne efficace sur le plan défensif (et dépendante de Rooney) ?

Manchester United manager David Moyes (Reuters)

Crédit: Eurosport

La fin du 4-4-2 ?
Face à une telle équation, la solution paraît en plus toute trouvée : renforcer le milieu de terrain en ajoutant un troisième homme. Le calcul est simple et effectué par d'autres équipes (notamment le PSG de Laurent Blanc) : si l'efficacité de la première ligne face à la relance adverse est incertaine, renforcer l'entrejeu permet d'y mettre une pression suffisante pour bloquer la transition et récupérer le ballon sans subir l'attaque adverse. A ce niveau, même si l'on peut déplorer un certain manque de régularité chez certains joueurs, Manchester United a ce qu'il faut pour épauler Michael Carrick. Le retour de Darren Fletcher pourrait même permettre d'instaurer une rotation efficace autour du milieu anglais, avec Marouane Fellaini et Tom Cleverley. Devant cette ligne de trois capable de s'imposer physiquement, et de coulisser sur toute la largeur du terrain, Rooney, Mata et Van Persie seraient libres de s'exprimer offensivement, non sans avoir leur rôle à jouer une fois le ballon perdu (notamment pour bloquer le jeu dans l'axe).
Sans doute séduisante sur le papier, cette option se heurte toutefois à plusieurs facteurs. Le premier renvoie à l'histoire tactique de David Moyes. Entraîneur "classique" de la Premier League, l'ancien coach d'Everton a toujours utilisé le même système de jeu durant sa carrière dans l'élite anglaise : deux lignes de quatre qui ne bougent pas, un attaquant de pointe, et un dernier homme qui oscille entre le milieu de terrain, le poste de n°10 et la pointe en fonction de l'adversité. C'est d'ailleurs pour cela qu'il apparaissait comme le successeur naturel de Sir Alex Ferguson à la tête des Red Devils. Difficile dès lors de l'imaginer faire une telle révolution au sein de l'institution United. En août dernier, Gary Neville avait d'ailleurs annoncé la couleur sur un plateau télévisé : "si vous parlez de changer le jeu de Manchester United, qui repose sur ses joueurs excentrés, vous parlez de déplacer des montagnes." Mais succéder à Sir Alex ne vous oblige-t-il pas à en passer par là ?
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