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Quand Mourinho imposait ses méthodes sans précédent (extrait du Cas Mourinho, de Thibaud Leplat)

Quand Mourinho imposait ses méthodes sans précédent
Par Eurosport

Le 12/09/2013 à 20:31Mis à jour Le 12/09/2013 à 20:36

Nous publions un troisième extrait du Cas Mourinho, enquête signée Thibaud Leplat. Nous sommes en 2001. C’est le début de l’ascension à Leiria.

L’ancien international Costinha en est sûr : “Zé n’a pas changé. Tout ce qu’il a fait à Porto, Chelsea, Inter ou Madrid, il l’a d’abord fait ici.“ L’époque Leiria, c’est le moment où il constitue son équipe technique (Rui Faria, Baltemar Brito), met en pratique ses idées d’entraînement en toute liberté, gère son groupe comme il l’entend et fait ses classes à l’ombre des monstres Benfica, Porto, Sporting. Il n’est payé que 5 000 euros mensuels, soit la moitié de son salaire à Lisbonne. Il se sépare pour la première fois de sa famille et vit seul dans un appartement, en centre-ville. Mais ce qu’il perd en confort, il le gagne en liberté.

La légende commence au premier entraînement, en juin 2001. Son président, Joao Bartolomeu, est tout heureux de lui parler des collines qui entourent la ville. La conversation ressemble à cela : “L’endroit est idéal pour un stage de préparation. Dans les vallées et les montagnes autour, il y a de l’espace et de l’air frais. C’est l’endroit idéal pour aller courir avec vos joueurs.“

Mais José n’aime pas courir.

“Président, c’est une excellente idée. J’y ai souvent été avec mon père quand il a entraîné ici. Félix Mourinho a même fait monter le club en D1 en 1988. Il a été viré à la fin de saison, comme d’habitude.

– Mais nous n’irons pas courir là-bas. “

Le président est un peu surpris. Il y a longtemps qu’il est dans le métier.

D’ailleurs nous n’irons courir nulle part. Les entraînements auront lieu tous les jours sur le terrain. “

Joao Bartolomeu est un président expérimenté.

– Oui, bien sûr, mais le matin vous pouvez venir courir ici.

Non, Président, avec moi personne ne court sans ballon. Il y aura deux sessions par jour et toujours sur le terrain. “

Cet entraîneur de 37 ans a des idées intéressantes mais il n’a jamais entraîné que Benfica pendant trois mois et jamais en pré-saison. Bartolomeu se permet :

Mais José, j’ai connu tous vos prédécesseurs ici et ils organisaient tous des stages de préparation dans la forêt ou au bord de la plage pour se nettoyer les poumons. “

Mourinho ne doute jamais. Par principe, il pense toujours l’inverse de ce que pensent les autres.

– C’est vrai, Président, mais vous devez comprendre quelque chose. Les autres font peut-être comme ça mais moi je suis différent.

Son adjoint à lunettes de 26 ans, Rui Faria, qui vient de planter son job tranquille de prof d’EPS pour aller suivre cet illuminé, a assisté à la conversation et glisse :

– Tu sais maintenant ce qu’il va se passer le jour où on perd deux matches consécutifs.

– Oui, il dira qu’on n’était pas en forme.

– Exact. “

Mais il ne perdra jamais deux matches de suite.

(…) Comme Monsieur Jourdain, en réalité, Costinha et ses copains travaillaient leur physique sans le savoir. C’est la première grande idée de Mourinho. “Je ne sais pas où commence le physique et où termine le psychologique ou le tactique. Pour moi, le football et le joueur sont à prendre dans leur globalité. Je ne fais pas de préparation physique. “ Pourquoi ? “ Parce que la forme n’est pas physique, c’est beaucoup plus que ça. On ne peut pas réduire la performance sportive strictement à la forme physique.

José Mourinho ne croit pas aux vieilles lanternes de la séparation du corps et de l’esprit. Entraîner le corps pendant des heures et ensuite la tactique n’a aucun sens pour l’entraîneur nouveau. “Quand je vois des références ou des images de préparation dans des espaces qui ne sont pas des terrains de foot comme des plages ou des terrains de golf, je me dis que ces méthodes sont dépassées, pour ne pas dire archaïques.“

Pour entraîner les hommes, il faut les connaître.

  • Le Cas Mourinho, par Thibaud Leplat, Editions Hugo Sport. 224 pages, 16,50 euros.
  • Gagnez cinq exemplaires du livre vendredi au cours d’un chat avec l’auteur de l’enquête, Thibaud Leplat
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