A partir de 2016, la Premier League va entrer dans une autre dimension. Grâce à la remise en jeu des droits TV du Championnat d'Angleterre et un appel d'offres qui a dépassé toutes les attentes possibles, les clubs anglais vont disposer d'une manne financière pas loin d'être inimaginable pour le commun des mortels et à faire pâlir toutes les ligues du monde.
Mardi, les droits pour la période 2016-2019 ont été réattribués aux acteurs qui les détenaient déjà : Sky et BT. Les deux opérateurs, qui avaient déjà participé à l'explosion des droits lors de la dernière négociation (+70% en 2013), n'ont pas hésité à remettre la main au portefeuille. Sky et BT, qui était entré dans la danse il y a deux ans et avait déjà grandement contribué à la montée des enchères pour se faire une place sur le marché, débourseront près de 7 milliards d'euros pour diffuser les trente-huit épisodes du show hebdomadaire le plus célèbre de la planète.
tweet
Premier League
Balotelli s'est réveillé et Liverpool en a (enfin) profité
10/02/2015 À 21:54
Richard Scudmore, patron de la Premier League, s'en frotte les mains. Et trouve cela plus que logique.
Si vous faites une enquête à l'étranger, la Premier League, la BBC et la Reine sont les choses que les gens apprécient quand ils parlent du Royaume-Uni.

La supériorité anglaise n'aura jamais été aussi écrasante

Cette nouvelle augmentation de 70% représente une sacrée manne financière pour une ligue qui ne manquait déjà pas de ressources.
Aujourd'hui, voici la situation telle qu'elle est en Europe, à l'issue de la saison 2013/2014 (via AFP) :
  • Espagne : Les équipes négocient leurs propres contrats avec les chaînes télé. Les chiffres exacts sont difficiles à avoir, mais au total, ils approcheraient la somme de 800 millions d'euros (600 pour la marché domestique, 200 pour l'international) par saison. Le Real Madrid et Barcelone touchent chacun 140 millions d'euros par saison. Les autres se partagent les restes.
  • France : La LFP, qui profite des nouvelles ambitions du PSG et de Monaco a vu ses droits domestiques augmenter pour la période 2016/2020 avec un montant record de 748,5 millions d'euros (contre 607 millions annuels de 2012 à 2016) à débourser par Canal+ et BeIn Sports. En outre, les droits télévisuels de la L1 à l'international ont été attribués à la chaîne qatarie BeIn Sports pour 80 millions d'euros annuels sur la période 2018-2024.
  • Allemagne : Les 36 clubs des première et seconde divisions sont concernés par un contrat exclusif de quatre ans signé en 2012 par la Ligue allemande (DFL) avec Sky Allemagne. En moyenne, Sky débourse 485,7 millions d'euros par saison pour diffuser 612 matches en live.
  • Italie : En Serie A, les droits sont de 945 millions d'euros pour 2015, renouvelables un an sur les mêmes sommes jusqu'en 2018. Sky et Mediaset se partagent le paquet. Sky met 572 millions pour tous les matches (380), Mediaset 343 millions pour les matches des grandes équipes.
Pour résumer : les nouveaux droits TV de la Premier League représentent 2,25 fois ceux de la Serie A, 3 fois ceux de la L1 ou encore près de 5 fois les droits de la Bundesliga !

Barcelone et le Real sont les clubs les mieux rétribués en Europe

Crédit: AFP

Dans le détail et par club, la répartition actuelle est la suivante (à l'issue de la saison 2013/2014) :
tweet
Les deux clubs phares espagnols touchent plus d'argent que quiconque en Europe. Derrière, c'est le désert. En Angleterre, la répartition est plus équitable puisque du mieux (Liverpool) au moins bien doté (Cardiff), on passe de 117 à 74,5 millions d'euros.
74,5 millions : dans les autres championnats, hormis le Real et le Barça, c'est ce que touchent les trois cadors italiens (Juventus, Inter, AC Milan). Le Bayern ou le PSG sont loin du compte.

Steven Gerrard

Crédit: Imago

Que vont changer les nouveaux accords en Premier League ?

Philosophiquement, pas grand-chose. La Premier League est basée sur un système de répartition équitable. Seule différence, et de taille, le gâteau va sérieusement grossir dès 2016. Et, par voie de conséquence, quand on doit couper 20 parts d'un gros pudding, les portions sont plus généreuses.  A l'image de ce qui va arriver en NBA - le modèle de la Premier League -, les sommes perçues par les formations anglaises vont donc exploser. CQFD.
tweet
Sportingintelligence estime qu'une équipe évoluant dans les bas-fonds du Championnat d'Angleterre pourrait toucher 133 millions d'euros à l'issue de la saison 2016/2017.
A noter que, même relégué, un club continue à toucher beaucoup d'argent puisque les malheureux qui quittent la Premier League bénéficient d'un parachute doré pendant quatre ans estimé à 84 millions d'euros (ndlr : il pourrait être ramené à trois ans mais augmenter en valeur absolue). Cela permet de ne pas vivre la relégation comme un drame économique.
Tout en haut, la formation la mieux rétribuée devrait toucher aux alentours de 210 millions. Voilà. Entre les deux, une répartition équilibrée. Ce qui permettra à la Premier League de rester le championnat le plus attractif et disputé d'Europe. Aux antipodes d'une Liga qui, sur le long terme, ne fait la part belle qu'à ses deux têtes d'affiches, le Real Madrid et le FC Barcelone.

Manchester City, champion d'Angleterre 2014

Crédit: Panoramic

L'Europe a du mouron à se faire

Pour le supporter anglais lambda, le principal changement à partir de 2016 sera l'intronisation du vendredi comme jour de match. A ce prix-là, la Premier League n'a pas discuté trop longtemps pour désanctuariser le dernier jour de la semaine…
Pour les clubs anglais, cette manne financière supplémentaire est une aubaine. Pour les formations étrangères, hormis quelques mastodontes européens, un malheur.
On l'a vu lors du dernier mercato, les Anglais ont fait la pluie et le beau temps et se sont montrés dépensiers comme personne.
Habitués à mettre le prix et à faire monter les enchères, les vingt formations de Premier League vont pouvoir accélérer le mouvement. La Ligue 1, avec ses jeunes et prometteuses pousses, et malgré une hausse substantielle de ses propres droits TV en 2016, peut être inquiète de l'attrait anglais. Attention à l'exode.

Benjamin Stambouli, après spon premier but avec Tottenham - Ligue Europa 2014-2015

Crédit: AFP

Alors oui, il y a le Fair-Play Financier. Mais la matraque de l'UEFA aura du mal à taper sur les têtes anglaises si celles-ci font preuve d'un minimum de rigueur financière. Leur avantage économique va devenir tel (hormis explosion des droits en Liga ou ailleurs) qu'ils bénéficieront d'un avantage concurrentiel et d'un matelas de sécurité conséquent.
On ne va prédire un retour à une ère domination anglaise sur les Coupes d'Europe. On ne va pas non plus avancer que cette manne financière va finir de plomber les jeunes footballeurs du cru et l'équipe nationale qui manque déjà de ressources humaines. Mais on n'en est pas loin. Et d'autres se sont déjà empressés de le faire. L'ancien boss de Tottenham, Lord Sugar, l'annonce clairement sur les ondes de la BBC.
C'est un montant faramineux. C'est positif pour les clubs. Mais je pense que c'est très négatif pour le futur de l'équipe nationale.
Bref, dans les années à venir, vous avez plus de chances de revoir ça...

FOOTBALL 2012 Chelsea - Drogba

Crédit: AFP

Que ça...

L'Angleterre, championne du monde en 1966

Crédit: Imago

Premier League
Chelsea + Cuadrado – Schürrle = un pari à tenter, mais un pari risqué pour les Blues
04/02/2015 À 09:06
Premier League
Manchester United s'impose contre Tottenham (1-0)
08/08/2015 À 13:37