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S'implanter en Chine, le coup de maître de Manchester City qui peut changer son histoire

S'implanter en Chine, le coup de maître de Manchester City qui peut changer son histoire

Le 03/12/2015 à 09:46

De ce côté-ci de la Manche, c'est un peu passé inaperçu mais le deal que Manchester City a conclu avec des investisseurs chinois est de nature à changer la face du football anglais et donner à City une puissance sans commune mesure.

Ce n’est pas d’hier que les prospecteurs de la Premier League sont allés explorer l’eldorado chinois. Comment ignorer la seconde puissance économique de la planète quand on se décrit comme "un championnat global qui se joue en Angleterre" et que vos matches sont diffusés en direct dans tous les pays du monde, exception faite de l’Albanie et de la Corée du Nord ? Eté après été, clubs petits et grands, de Sheffield United (partenaire du club de Chengdu) à Manchester United, vont porter la bonne parole du football anglais dans un pays où il écrase les compétitions locales, minées qu’elles sont par une corruption endémique.

Asmir Begovic, le gardien de Chelsea, s'incline pour la deuxième fois face à Manchester City, sur une tête de Vincent Kompany.

Asmir Begovic, le gardien de Chelsea, s'incline pour la deuxième fois face à Manchester City, sur une tête de Vincent Kompany.Panoramic

Pour certaines équipes de Premier League, cela va bien plus loin que nouer des relations commerciales avec les sponsors les plus improbables (dont une marque de préservatifs).

  • Cela peut être pour recruter des joueurs chinois dont le talent est au mieux modeste, comme le duo Li Tie-Li Weifeng, prêté à Everton pour une saison (2002-03) à la demande du sponsor d’alors des Toffees, le géant des telecoms Keijan; certains se souviendront aussi de la jeune star de Dalian Shide Dong Fanzhuo, sous contrat avec MU de 2004 à 2008, qui disputa en tout et pour tout trois matches pour les Red Devils (plus une rencontre de gala jouée… à Hong Kong, comme par hasard) entre deux prêts au Royal Antwerp.
  • Cela peut être pour offrir l’usage à titre gracieux de son terrain d’entraînement à la sélection olympique chinoise, comme Chelsea le fit au printemps de 2007, une aventure qui tourna mal lorsque l’un des joueurs invités, Zheng Tao, eut la mâchoire fracturée dans une bagarre générale qui mit fin à un match "amical" contre les Queen’s Park Rangers.

Le directeur exécutif d’alors des Blues, Peter Kenyon, ne regretta pas son initiative pour autant, et ce qu’il dit il y a plus de huit ans est encore plus pertinent aujourd’hui : "il est difficile de surestimer les opportunités de sponsorship et de création de revenus que représente l’appétit des Chinois pour les biens de consommation de grandes marques". Et nul ne doute que les clubs anglais soient de "grandes marques" en Extrême-Orient. Plus d'un milliard trois cent millions de consommateurs potentiels, une économie dont le taux de croissance a certes ralenti, mais est toujours plus du triple de celui de l’Allemagne, un pays dingue de football, que demander de mieux ?

Comment mettre le pied en Chine ?

Le problème, car il en y a un, et de taille, est comment mettre le pied dans la porte de cette Cité Interdite qu’est l’économie chinoise; par quoi j’entends, non pas établir des partenariats, mais s’implanter comme entités propres dans un environnement paradoxal, unique exemple d’une dictature se baptisant communiste tout en encourageant un ultralibéralisme sauvage que même Donald Trump aurait du mal à embrasser dans sa totalité.

C’est une chose que de porter le nom d’une entreprise de construction de Shanghai sur son maillot, ou de placer son argent sur le Stock Exchange de cette même mégalopole. C’en est une autre d’avoir pignon sur rue, d’exister pour de bon dans un pays où Twitter et Facebook ne sont toujours pas parvenus (et ne parviendront pas) à s’implanter. Pour cela, il faut un allié dans la place, un cheval de Troie. Et c’est précisément ce que le City Football Group (CFG), le holding d’Abou Dhabi qui contrôle Manchester City, mais aussi New York City FC, Melbourne City FC et, en partie, Yokohama F. Marinos, a trouvé en cédant 13% de son capital (*) à deux fonds d’investissements chinois, CITIC Capital et China Media Capital (CMC) pour 400 millions de dollars.

Swansea avec un sponsor hongkongais

Swansea avec un sponsor hongkongaisAFP

L’idée que ces 400 millions contribueront à financer un nouveau "Grand Bond en Avant" des clubs de Sheikh Mansour n’est pas dénuée de fondement. En ces temps de Fair-Play Financier (quelque frelatée qu’en soit la version actuelle), l’arrivée d’investisseurs aussi puissants ne nuira certainement pas à l’ambition de City Football Group - en Angleterre et ailleurs, comme il convient de le répéter. Mais le véritable objectif de l’opération est autre. Rien de moins que la création d’un club de Super League chinoise qui vienne s’ajouter à la galaxie CFG. Manchester, New York, Melbourne, Yokohama (autant dire Tokyo, distant de 30kms seulement)… à quand Beijing, Shanghaï ou Hong-Kong?

L'Etat anglais voit ça d'un bon oeil

Pour les rivaux de City, un tel projet est une vue de l’esprit. Le plus fou de leurs rêves, après lequel Chelsea, par exemple, court en vain depuis longtemps. Pour City, c’est la réalité de demain. Plus que des Chinois qui "achètent" City, c’est City ou, plus précisément, CFG, qui s’apprête à acheter - et pour de bon - en Chine. L’argent qu’ils ont reçu correspond, paradoxalement, à leur droit d’entrée à venir sur le territoire chinois. Comme l’a dit le président des Citizens Khaldoon al-Moubarak, l’accord offre à son groupe “une plateforme sans égale pour développer CFG en Chine”.

David Cameron, Xi Jinping, Patrick Vieira et Sergio Aguero

David Cameron, Xi Jinping, Patrick Vieira et Sergio AgueroAFP

Les dirigeants de CITIC Capital et de China Media Capital n’ont rien à voir avec les businessmen au pedigree souvent douteux qui ont acquis des clubs européens au cours de la décennie passée. Yichen Zhang, ancien membre de la Conférence Politique Consultative du Peuple Chinois, fondateur, président et directeur exécutif de CMC, n’est pas un escroc à la Carson Yeung (Birmingham City); il est un businessman au pedigree impressionnant qui voit dans le football un vecteur de profit, le responsable d’un fonds d’investissement qui a des comptes à rendre à ses clients, tout comme les décideurs de CITIC, lesquels gèrent un portefeuille de 5 milliards de dollars. Devenir actionnaires de CFG, pour eux, c’est se placer sur un marché qui rapportera gros, très gros, en Angleterre (**) et, sont-ils convaincus, dans leur propre pays. Ils ne souhaitent pas contrôler un ou des clubs. Ils souhaitent faire fructifier leurs avoirs.

Il y a enfin, comme il se doit quand on parle de City, une dimension géopolitique à cette opération de conquête de la planète football. Abou Dhabi, capitale des Emirats Arabes Unis, plus encore que le Qatar, a identifié le football comme un instrument de soft power. Comptez le nombre de clubs dont Emirates est un partenaire privilégié. Le PSG, le Real Madrid, Benfica, Arsenal, Olimpiakos, Hambourg, Milan…Autant d’équipes dont les joueurs servent d’hommes-sandwich pour les Emirats. Le sponsor maillot du New York City Football Club et de Melbourne City FC est le même que celui de Manchester City (et de Anorthosis Famagouste à Chypre, plaque tournante du commerce des hydrocarbures dans le bassin méditerranéen): Etihad Airways, la compagnie aérienne officielle d’Abou Dhabi.

J’ajoute que cette campagne ne pourrait être menée à bien sans la bénédiction des autorités passées et présentes du Royaume-Uni. Un hasard que Sergio Agüero ait pris un selfie en compagnie du président chinois Xi Jinping et du premier ministre britannique David Cameron lors d’une visite guidée du centre d’entraînement des Citizens il y a six semaines de cela? Un hasard que Tony Blair, conseiller très spécial du fonds souverain d’Abou Dhabi, se soit rendu vingt fois en Chine depuis qu’il a quitté Downing Street, et qu’il ait présenté al-Moubarak à des dignitaires chinois lors d’un voyage à Shanghai effectué en mars 2013 ? Tout le monde y trouve son compte, semble-t-il, mais personne davantage que Manchester City.

(*) Pour être précis, CFG a procédé une émission de nouvelles actions plutôt qu’à une cession de parts déjà existantes.

(**) Manchester City a dégagé un chiffre d’affaires de 498m€ en 2014-15 (bénéfice net de 15,15m€). Tenant compte des nouveaux contrats de droits TV, qui prendront effet en 2016-17, une projection de plus de 700m€ de turnover annuel pour cette saison n’a rien d’irréaliste.

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