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Manchester City : le plus grand des champions anglais ? Sans aucun doute

City, le plus grand des champions anglais ? Sans aucun doute

Le 17/04/2018 à 13:14Mis à jour Le 18/04/2018 à 12:43

PREMIER LEAGUE - A l’heure où la formation de Pep Guardiola savoure son sacre plus d’un mois avant la fin de la saison, il est temps d’admettre le succès d’un football qui a ébloui et fini de convaincre une Angleterre sceptique il y a encore un an.

Pep Guardiola jouait au golf avec son fils et le numéro 12 mondial, Tommy Fleetwood. Leroy Sané était en Allemagne à Gelsenkirchen où il assistait à la victoire de son ancien club, Schalke 04, face à Dortmund. Ederson était à Lisbonne où il rendait visite à ses anciens coéquipiers du Benfica. Vincent Kompany était au milieu de sa belle famille, pour certains, supporters de Manchester… United, avant de se rendre dans un pub local où il fut rejoint par Bernardo Silva, Walker, Stones, Mendy et Delph pour célébrer le titre au milieu de fans médusés, comme on fête un trophée de Sunday League. Une certaine simplicité pour un accomplissement qui ne l’est pas.

On savait qu’il arrivait mais personne ne l’attendait au moment où il est arrivé. Au bout d’une séquence éprouvante de cinq rencontres en quinze jours – et quel programme (Everton, Liverpool deux fois, Manchester United et Tottenham) - et d’une mauvaise série de quatre revers, Manchester City est allé s’imposé à Wembley face aux Spurs avant que son dauphin, United, ne s’incline chez lui face à la lanterne rouge. Inattendu pour un titre attendu et finalement officialisé cinq journées avant le terme du championnat.

Manchester City champion de Premier League

Manchester City champion de Premier LeagueGetty Images

C’est un drôle d’exploit qui, au-delà d’égaler le record de MU (1908 et 2001) et Everton (1985), symbolise sa suprématie totale sur ce championnat. Certains diront qu’elle correspond aux moyens mis à disposition de Guardiola comme ceux du PSG en faveur d’Emery. Mais combien de clubs en France possèdent les mêmes moyens, de près ou de loin, au club parisien ? La Premier League possède le club le plus riche au monde (Manchester United), tandis que Chelsea, Liverpool et Arsenal ne sont pas très loin derrière City.

D’ailleurs, parmi les joueurs clés de la saison des Citizens, un seul n’était pas déjà au club au moment de l’arrivée de Guardiola en 2016 : Ederson, arrivé seulement l’été dernier. Et si le Catalan a bouleversé la vision du football en Angleterre, le portier brésilien a, lui, révolutionné le poste de gardien, devenu le onzième joueur de champ. Son aisance dans le jeu au pied a offert une assise à son équipe et surtout une manière habile d’attirer son adversaire sur sa propre surface pour mieux créer des espaces dans son dos et le contrer dans les intervalles.

Guardiola fait progresser ses joueurs

En revanche, Fernandinho, De Bruyne, Silva, Sterling déjà étaient tous au club il y a deux ans. Mais la force du technicien catalan est de les avoir fait progresser et, pour certains, fait prendre une nouvelle dimension. Fernandinho était déjà le meilleur joueur d’un Shakhtar éblouissant et il est devenu, par son intelligence et sa qualité de passe, la pierre angulaire du système Guardiola qui assure l’équilibre d’une formation évoluant avec cinq joueurs offensifs et deux latéraux très portés vers l’avant. David Silva était déjà un joueur sublime pour ceux qui ont eu la chance d’admirer le petit meneur de jeu de près mais Guardiola l’a définitivement porté au grand jour.

Avec Kevin De Bruyne, le Catalan a inventé un nouveau poste, dans un rôle de meneur de jeu reculé. Au point d’en faire l’un des cinq meilleurs joueurs au monde. Le Belge donne parfois l’impression d’avoir une main à la place du pied à l’image de ses passes lumineuses aux angles improbables et de son toucher de balle "zidanien". Enfin, il a transformé Raheem Sterling en un joueur plus efficace (22 buts et 10 passes décisives) en lui conseillant, par exemple, de ne plus contrôler le ballon de l’extérieur du pied pour gagner en vitesse et en un sauveur inattendu comme en témoigne l’importance de ses buts inscrits en toute fin de match contre Everton, Bournemouth, Huddersfield, Southampton en début de saison. Bien sûr, Sterling garde encore l’image d’un joueur parfois maladroit mais cela illustre un peu plus encore la marge de progression de cette équipe de City.

Manchester City's Spanish manager Pep Guardiola (L) talks to Manchester City's Belgian midfielder Kevin De Bruyne

Manchester City's Spanish manager Pep Guardiola (L) talks to Manchester City's Belgian midfielder Kevin De BruyneGetty Images

Les critiques qui ont suivi son élimination dès les quarts de la Ligue des Champions et son revers dans le derby de Manchester étaient parfois injustes. L’argent n’est pas un gage de réussite comme l’ont montré les neuf années d’attente de Chelsea avant son premier sacre ou l’exploit de la Roma face à Barcelone cette saison. City est simplement tombé sur un Liverpool ébouriffant et implacable tandis que la seconde période du derby de Manchester ne définissait pas plus la saison hors norme des Citizens que celle des Red Devils et Paul Pogba, replongés dans leur médiocrité une semaine plus tard face à West Bromwich à Old Trafford où la sortie du Français avant même l’heure de jeu n’a choqué personne.

Des statistiques impressionnantes qui occultent la beauté de son football

Ces derniers jours, vous avez pu voir, lire ou entendre les statistiques et records établis par le City de Guardiola. Et ils sont nombreux ! City est premier au nombre de buts marqués (93), buts concédés (25), tirs cadrés (234), tirs (447), chances crées (441), passes (24,193) et passes réussies (21,473), possession (71,22%)… C’est vertigineux d’autant plus quand on sait qu’ils sont tous en progression par rapport au précédent exercice et, en même temps, tous ces chiffres ont tendance à dématérialiser la beauté du football de cette équipe, sa façon de jouer constamment vers l’avant, sa recherche perpétuelle du déséquilibre par le jeu de passes. C’est ce qui en fait sans le moindre doute le plus beau champion d’Angleterre.

Certains avanceront les "Invincibles" d’Arsenal de 2003-2004 alors que le jeu des Gunners n’était pas toujours à la hauteur du formidable exploit réalisé et qu’ils avaient été, comme City cette année, éliminés en quart de finale de la Ligue des Champions par un club… anglais (Chelsea). D’autres équipes comme le Chelsea de Mourinho (2005-2006), le Chelsea d’Ancelotti (2009-2010) ou certains des MU de Ferguson ont également porté une domination sans partage, mais pas aussi régulière et esthétique que le City de Guardiola. Même dans ses deux défaites – à Liverpool (3-4) et contre United (1-2) -, son équipe avait été formidable de panache à Anfield où elle fut toute proche de revenir à 4-4 et archi-dominatrice en première période à l’Etihad où elle aurait dû mener de 4 ou 5 buts à la pause.

Josep Guardiola, Manager of Manchester City shows appreciation to the fans after the Premier League match between Tottenham Hotspur and Manchester City at Wembley Stadium on April 14, 2018 in London, England.

Josep Guardiola, Manager of Manchester City shows appreciation to the fans after the Premier League match between Tottenham Hotspur and Manchester City at Wembley Stadium on April 14, 2018 in London, England.Getty Images

Neville : "Ils nous ont montré une autre voie"

Il y a un an, pour sa première saison anglaise il faut se souvenir que City finissait troisième à quinze points de Chelsea. Guardiola était critiqué de toutes parts. Certains l’accusaient d’avoir pris de haut la Premier League, d’autres que son approche n’était pas adaptée au football anglais et qu’il ne réussirait pas en Premier League. Guardiola a encaissé, pris en compte les remarques, les particularités de ce football exigeant, notamment ces fameux "deuxième ballon", et corrigé ou plutôt amélioré son approche. Résultat : son équipe n’a pas cherché à maitriser l’intensité du football anglais mais elle l’a imposé davantage en étirant les blocs sur la longueur plutôt que sur la largeur. Guardiola n’a pas adapté son football mais a bousculé les préconçus et révolutionné le football anglais comme Herbert Chapman, Brian Clough et Arsène Wenger en leurs temps. "Il n’y a jamais eu en Premier League une équipe qui jouait un tel football pur, affirme Gary Neville, sceptique la saison passée. Mais ils nous ont montré une autre voie."

Cette obsession du jeu, c’est ce qui a fait sa beauté et sa force tout au long de la saison en Premier League et sa faiblesse, peut-être, en Ligue des Champions où il faut savoir, parfois, abandonner ses idées pour se contenter d’un résultat qui vous place dans de meilleures dispositions au retour. Cela ne dit pas que Guardiola n’est pas un homme de "coupes", il en a remportées et en remportera d’autres, mais qu’il y a une autre manière que les titres pour laisser une trace dans l’histoire du football. Et ce Manchester City-là est bien entré dans l’histoire du football anglais.

Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté.

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