Lundi, avant sa conférence de presse qui précédait son match de Ligue des champions face au Feyenoord, Pep Guardiola a tenu à saluer un confrère : "Je tiens à l’embrasser. Je suis déçu pour lui. Nous avons entretenu une relation très proche. A chaque fois que nous nous déplacions là-bas, il était très noble, très gentleman. J’espère que nous pourrons bientôt prendre un verre de vin rouge ensemble". Mais de qui parlait le meilleur entraineur au monde du moment ? Marco Bielsa, son mentor ? Maurizio Sarri, qui lui a donné du fil à retordre avec son beau Napoli ? Non, Tony Pulis, coach du dix-septième de Premier League, enfin ex depuis son limogeage de West Bromwich.
Rares sont les entraineurs virés bénéficiant d’un capital sympathie aussi important. Frank De Boer (Palace) était imbu de sa personne voire arrogant, Ronald Koeman (Everton) était plus dur et plus froid qu’un iceberg, Slaven Bilic (West Ham) critiqué par la faiblesse de ses séances d’entraînement tandis que Craig Shakespeare restera l’intérimaire qui a succédé au glorieux Claudio Ranieri. Quand je dis "sympathie", je ne parle pas des supporters de West Brom, lassés comme d’autres par son football ultra défensif ("Your football is hit", "You’ll be sacked in the morning" et "We want Pulis out"), ni de son propriétaire chinois dont on ignore les ambitions réelles mais de ceux qui l’ont côtoyé ou croisé. Pulis n’aurait jamais dû être viré, selon Alan Shearer. Gary Lineker estime que "le meilleur remplaçant à Pulis est… Pulis" tandis que Jose Mourinho a toujours voué de l’estime pour le coach à la casquette. Mais qui est ce technicien de 59 ans n’ayant jamais fini plus haut que la dixième place et adoré par ces grands noms ?

Guardiola rend hommage à Pulis

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Il obtient sa licence UEFA "A" à 21 ans

Sa carrière de joueur aurait pu se résumer à un rendez-vous manqué, un misérable jour pluvieux de 1986, lorsqu’un manager de D3 anglaise avait pris sa voiture depuis la côte sud anglaise pour aller observer un milieu de terrain hargneux de l’autre côté du Canal de Bristol, à Newport County, au Pays de Galles. Arrivé juste à temps pour le coup d’envoi, cet entraineur avait finalement découvert le joueur une tasse de thé à la main maugréant de ne pas avoir été retenu dans l’équipe. Ce manager s’appelait Harry Redknapp et cela ne l’avait pas empêché de le recruter quelques mois plus tard à Bournemouth avec qui il remporta le titre et la promotion l’année suivante. Pulis dit de Redknapp qu’il lui a tout appris. Le premier est devenu l’adjoint du second chez les Cherries quatre ans plus tard avant de lui succéder à son départ à West Ham en 1992.
Il faut dire que Pulis était coach dans l’âme avant même d’entamer sa carrière de joueur. Il n’avait que 19 ans lorsqu’il a passé ses diplômes d’entraîneur et 21 ans lorsqu’il a obtenu sa Licence UEFA "A". Il a dirigé son premier club (Bournemouth) à 34 ans et a enchaîné neuf postes. Il a été viré par ses dirigeants ou chassé par ses supporters de chaque club. Mais il a fait monter Gillingham en D4 dès sa première saison, sauvé Portsmouth cinq mois après son arrivée (1999-2000) tout come Plymouth Argyle (2005-2006), maintenu in extremis Stoke en D2 lors de son premier passage (2002-2005) et promu en Premier League pour la première fois en trois décennies lors de son second passage (2006-2013). Il a porté Stoke, un "club de milieu de tableau de Championship", à la finaliste de la FA Cup (2011) avant d’installer West Bromwich au sein de l’élite (2013-2017).

Tony Pulis

Crédit: Getty Images

Il aime les joueurs grands et les coups de pied arrêtés

Durant sa carrière, Pulis s’est rapidement fait un nom et une réputation : celle d’aimer les joueurs de grande taille et de rendre ses équipes difficiles à battre. Elles sont athlétiques, agressives, concèdent peu de buts mais n’en marquent pas beaucoup plus. C’est à la fois ce qui rassure les dirigeants qui l’embauchent et finissent par lasser les supporters qui vont au stade. Pulis est un pragmatique au football rudimentaire pour les uns, archaïque pour les autres. A commencer par Arsène Wenger qui a toujours détesté jouer les équipes du Gallois: "Ce n’est plus du football mais du rugby", ira même jusqu’à lancer le Français en 2010. A l’époque, les longues touches de Rory Delap - surnommé la catapulte humaine - envoyées telles des missiles sèment la terreur dans les surfaces adverses où se massent les molosses de Pulis.
Conscient des limites techniques des équipes qu’il dirige, Pulis s’est fait une spécialité - et une arme - des coups de pied arrêtés. Mieux vaut être grand pour évoluer dans ses équipes. A Stoke, Diao, Kenwyne Jones, Sidibé, Faye, Shawcross, Huth, Crouch, recrutés tour à tour par le Gallois, culminent tous à plus de 1,90 mètre tandis que West Brom présentait l’effectif avec la taille moyenne la plus élevée de Premier League (185,8 cm en 2016-2017). Stoke a inscrit dix-huit buts sur coups de pied arrêtés en 2010-2011, soit le deuxième rang (18), seize en 2011-2012 (4e), quinze en 2012-2013 (3e), West Bromwich dix-neuf en 2014-2015, vingt en 2016-2017 (2e). En 2014-2015, son équipe a marqué le plus grand nombre de buts de la tête (16) et fut seulement battu par… Arsenal en 2016-2017 (16).
Néanmoins, son approche tactique ne se résume pas qu’à ces longs ballons dans le box. Sa manière de défendre, de bloquer les couloirs, de fermer les espaces et d’exploiter les faiblesses adverses suscitent le respect chez des techniciens comme Guardiola ou Mourinho. "Tony a eu des trophées partout où il est passé, dans chaque club, déclara un jour le Special One. Il n’a pas été relégué avec Stoke : c’est un trophée. Il n’a pas été relégué avec West Brom : c’est un trophée. Il n’a pas été relégué avec Palace : un autre trophée." Pulis est, à ce titre, le seul entraineur élu Manager of the Year après avoir terminé en dehors du Top 5 depuis la création du trophée en 1993. C’était en 2013-2014 après avoir sauvé miraculeusement Palace à la suite d’une incroyable série de cinq victoires et deux nuls lors des huit dernières journées.

Mourinho ironise sur Pulis : "Tony a beaucoup de trophées..."

L’ascension du Kilimandjaro, la traversé de la Manche à la nage, deux marathons…

Mais, si Pulis est apprécié, ce n’est pas tant pour ses qualités d’entraîneur que celles d’homme. Un personnage sympathique et jovial, honnête et franc, casquette vissée sur la tête par superstition et qui passe ses conférences de presse debout derrière son pupitre. Un entraineur qui garde la tête sur les épaules et transcendent ses équipes sur le bord de la touche. En septembre 2010, après avoir fait la route jusqu’au Pays de Galles suite au décès de sa mère plus tôt dans la journée, Pulis était revenu à temps pour la seconde période de son équipe (Stoke) face à Aston Villa. Menés 0-1 à la pause, les Potters, galvanisés par les mots de son coach, s’étaient finalement imposés 2-1.
Profondément catholique et connu pour sa générosité, celui qui manque rarement la messe du dimanche donne également de sa personne en dehors du terrain pour une œuvre de charité locale de Stoke-on-Trent. Il a ainsi grimpé les 5895 mètres du Kilimandjaro en 2010 pour récolter des fonds en faveur d’un hospice pour enfants, pédalé 1500 kilomètres à vélo de John O’Groats, pointe nord de l’Ecosse, jusqu’à Lands End de Cornouailles tout au bout de la côte sud ouest de l’Angleterre en 2012, parcouru 720 kilomètres à la nage en sept jours depuis Tower Bridge à Londres jusqu’à la Tour Eiffel à Paris en 2015 et couru deux fois le marathon de Londres. Et je ne serais pas étonné s’il retrouvait le banc d’un club avant le prochain en avril.
Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté. Pour approfondir le sujet, écoutez mon Podcast 100% foot anglais sur l’actualité de la Premier League et du football britannique.
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