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Kanté devient-il un bon milieu relayeur ?

Kanté devient-il un bon milieu relayeur ?

Le 13/04/2019 à 18:33Mis à jour Le 14/04/2019 à 12:55

PREMIER LEAGUE - Obligé de jouer plus haut sous les ordres de Maurizio Sarri, le champion du monde frustre ceux qui le voudraient dans le même rôle qu'en équipe de France. Si Chelsea, qui se déplace à Liverpool dimanche, réalise une saison mitigée, il est pourtant loin d'être perdu sur le terrain.

Passements de jambes, percussions, frappes lointaines... Chaque semaine, au stade de la Libération, un petit milieu de terrain enflamme les matches et, parfois, s'enflamme tout court. A 21 ans, N'Golo Kanté est alors en pleine découverte, du monde professionnel mais aussi de ses qualités. Déjà plus travailleur que tout le monde, il assume d'énormes responsabilités avec Boulogne-sur-Mer. Relayeur qui se mue tantôt en récupérateur, tantôt en meneur, il rappelle inévitablement le Claude Makelele des débuts, capable de faire des différences par le dribble mais trop irrégulier pour aspirer au très haut niveau.

Alors, comme "Maké", à qui Jean-Claude Suaudeau demandera de se focaliser sur les tâches défensives à Nantes, Kanté glisse progressivement vers un rôle plus défensif à mesure qu'il gravit les échelons, faisant parler ses qualités physiques et d'anticipation plus que ses pieds. Devenu une référence devant la défense, il est pourtant tombé sur un entraîneur qui a décidé de retourner la clepsydre en le faisant revenir à un poste plus avancé. Après huit mois sous les ordres de Maurizio Sarri à Chelsea, tout n'est évidemment pas parfait mais l'élève est appliqué. Analyse point par point du N'Golo Kanté relayeur.

Volume de course

C'est l'une des premières qualités attendues à ce poste, et le mot anglais "box-to-box", qu'on pourrait traduire par "d'une surface à l'autre", rappelle que le champ d'action attendu couvre une bonne partie du terrain. Avec son moteur hors du commun, Kanté n'a évidemment aucun problème à faire le piston et la répétition des efforts n'impacte pas son jeu.

A ce titre, évoluer dans une zone plus étendue que lorsqu'il évolue au sein d'un double pivot lui permet d'influer sur la structure de l'adversaire – qui doit s'adapter à ses déplacements – plutôt que de simplement chercher à équilibrer celle de son équipe. Rare mélange d'explosivité et d'endurance, il n'a cependant pas le don d'ubiquité. S'il n'est pas servi lors d'un appel en profondeur, il faut que quelqu'un vienne compenser dans sa zone…

Vidéo - L'instant tactique : Comment Sarri a fait de Kanté le facteur X de Chelsea

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Attitude à la perte du ballon

A Caen, Leicester, en Bleu et avec les précédents coaches de Chelsea, Kanté a évolué dans des équipes qui contrent ou, en tout cas, se projettent rapidement à la récupération. Avec son jeu de possession, Sarri change les données du problème : pour mettre l'adversaire en difficulté, il veut que son équipe occupe toutes les zones et multiplie les combinaisons au sol. A force de permutations, les joueurs peuvent donc temporairement occuper un poste qui n'est pas du tout le leur. Une fois la balle perdue, il faut pourtant avoir les bonnes attitudes pour la récupérer rapidement.

Cette façon de faire, adoptée par des équipes qui évoluent sans "destructeurs" et le compensent par l'effort collectif (Barcelone, Ajax…), pénalise évidemment le Français, qui n'est pas toujours placé pour arrêter les attaques adverses. Moins responsabilisé, il n'est plus celui qui colmate les brèches mais un élément parmi d'autres. Ses statistiques défensives s'en ressentent (2,1 tacles et 1,1 interception par match en championnat contre 3,3 et 2,5 l'an dernier et 3,6 et 2,4 il y a deux ans) et il ne peut pas en faire plus que les autres, sous peine de déséquilibrer l'édifice.

Obligé de défendre en avançant, il est souvent mal à l'aise, tiraillé entre l'idée de venir en aide à ses partenaires au pressing et la peur d'ouvrir des espaces dans son dos. Cette question, qui ne se poserait pas dans une équipe plus habituée à jouer de la sorte et capable d'immédiatement réduire les espaces, le met dans un entre-deux difficile à gérer. Un problème structurel que Chelsea a parfois contourné de manière simple : coller Kanté à Jorginho en possession, ce qui enlève une solution offensive mais protège la défense. Utilisée pour embêter Manchester City, l'idée a une faille : si le reste du "Big 6" essaie d'attaquer, la majorité du "Little 14" pense d'abord à protéger son but. Et garder un milieu en couverture face à un adversaire regroupé, c'est prendre l'autoroute du 0-0.

Vidéo - Sarri : "Kanté doit s'améliorer tactiquement"

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Disponibilité à la construction

Jorginho, qui occupe la place de meneur de jeu reculé dans le 4-3-3 des Blues, est avant tout un régulateur, quelqu'un qui "donne à manger" à tout le monde et fait vivre le jeu mais tente peu de passes qui cassent les lignes. Limité techniquement dans les petits espaces, Kanté n'est pas une bonne solution de relance sous pression et sert plus souvent de leurre pour embarquer un adversaire.

Même au sein d'une équipe qui relance court, ce profil peut exister... à condition que le troisième homme du milieu soit un bon relanceur. Allan, qui occupait cette position à Naples, n'était pas toujours parfait face au jeu, mais Marek Hamsik était capable de le soulager. A Chelsea, quand un adversaire prend Jorginho en marquage individuel, ce serait normalement au milieu axial gauche, Mateo Kovacic, Ross Barkley ou Ruben Loftus-Cheek, de donner le tempo. Incapables de le faire, ils soulignent indirectement les difficultés du Français dans ce rôle.

Capacité à se projeter

Habitué à dévorer les espaces plus jeune, N'Golo Kanté a rapidement retrouvé ses habitudes. Avec le ballon, il n'hésite pas à mener les rares transitions dont bénéficie son équipe, avec du déchet et quelques inspirations, comme ce petit pont infligé à Declan Rice contre West Ham lundi. Mais c'est surtout quand ses partenaires l'ont qu'il est le plus efficace, repérant les déséquilibres pour se projeter dans le bon timing.

Une intelligence de jeu difficile à enseigner qu'il ne rentabilise cependant pas toujours, sa maîtrise du dernier geste étant plus aléatoire que la qualité de ses appels. Il y a dix jours, face à Brighton, il a ainsi plongé au point de penalty sur un centre d'Eden Hazard… avant d'expédier le ballon dans les nuages. Appel d'attaquant et finition de défenseur : un parfait résumé de ses qualités et défauts dans ce rôle plus offensif.

N'Golo Kante

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Faculté à être décisif

Avec trois buts et quatre passes décisives, le natif de Suresnes a amélioré ses statistiques mais ne pèse pas suffisamment. Son apport va pourtant au-delà des chiffres, qui ne reflètent qu'en partie ses progrès. Contre West Ham, il aurait ainsi pu réussir deux "assists" : la première d'une talonnade vers César Azpilicueta après une projection côté droit, la seconde d'un centre en une touche vers Gonzalo Higuain au point de penalty. Deux tirs contrés par un défenseur, mais deux des rares actions ne venant pas d'un dribble de Hazard, principale source de créativité de Chelsea.

Quelques minutes plus tôt, Kanté avait réalisé un enchaînement difficile à imaginer en début de saison : contrôle dos au but à 30 mètres, orientation de l'extérieur du pied vers l'axe pour prendre le défenseur à contre-pied, attente de l'appel croisé de Higuain pour s'ouvrir l'axe et frappe du gauche juste au-dessus de la lucarne. Ce n'est pas encore être décisif, mais c'est déjà se mettre dans les conditions de l'être.

Bilan

Dès les premières semaines, le champion du monde s'est remis à penser comme un milieu relayeur mais ses pieds ont encore du mal à suivre sa tête. Capable de faire de très bonnes passes vers l'avant, il touche paradoxalement moins le ballon que l'an dernier (de 63,3 à 60,2 passes par match en Premier League), les circuits offensifs débutant sans lui et son volume de course étant surtout exploité pour plonger au cœur de la défense adverse.

A 28 ans, N'Golo Kanté a encore une marge de progression, mais il est difficile de savoir s'il peut corriger une technique de frappe très moyenne à ce niveau de compétition, qui gâche une bonne partie des bons choix faits en amont. Et, tant qu'il ne sera pas capable de rentabiliser ses incursions dans la surface adverse, il y aura débat sur l'intérêt de le placer plus haut que Jorginho, qui n'a aucune mobilité défensive.

Malgré les tumultes, les Blues pourtant ont six points de plus qu'à la même époque l'an dernier - là où Naples en a treize de moins - et savent exactement la marche à suivre. En progressant dans le pressing à la perte du ballon, les hommes de Maurizio Sarri pourront évoluer haut sans s'exposer et vivront bien le fait d'avoir un milieu défensif qui ne sait pas défendre et un relayeur qui ne peut pas toujours servir de relais. Car le principal problème n'est pas de se priver des qualités de Kanté plus bas sur le terrain mais le manque de créativité en possession. Troisième défense du championnat, Chelsea n'a que la sixième attaque. Pas sûr que le coach y résiste…

N'Golo Kanté

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