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Mario Lemina : "Face à United, les gens ont pu constater mon vrai niveau"

Lemina : "Face à United, les gens ont pu constater mon vrai niveau"

Le 04/01/2019 à 15:01Mis à jour Le 04/01/2019 à 15:02

PREMIER LEAGUE - Après un début de carrière météoritique qui l’a vu passer de Lorient à la Juventus en trois ans, Mario Lemina s’est posé l’an dernier à Southampton. Placé au cœur du jeu des Saints, l'international gabonais brille dans une équipe en difficulté. Sa carrière, Bielsa, la Juve, son évolution, son avenir, il n’a éludé aucun sujet, en exclusivité pour Eurosport.

18 matches à Lorient, 50 avec l'OM et vous filez à la Juventus à 22 ans. Vous êtes un homme pressé...

Mario Lemina : J'ai eu un parcours atypique dans le sens où je n'ai pas vraiment eu le temps de m'imposer dans les clubs où je suis passé. J'ai souvent été obligé de partir. J'ai sauté beaucoup d'étapes et ça m'a peut-être porté préjudice.

A l'OM, vous avez découvert les exigences du haut niveau ?

M.L. : J'ai passé seulement deux ans à Marseille. Quand je suis arrivé, je pensais rester plus longtemps. La première année, avec Elie Baup a été compliquée mais la suivante avec Marcelo Bielsa a été magnifique. On a découvert un autre OM, plus spectaculaire. Avec le coach, j'ai appris énormément. C'est vraiment très intéressant de travailler sous ses ordres. Quand il est parti, ça a été un choc pour moi et c'est ça qui m'a donné envie de m’en aller.

En quoi Marcelo Bielsa est-il si différent ?

M.L. : Il essaie toujours d'allier beau jeu et résultat. Pour lui, la manière est importante. Il ne peut pas se contenter d'une victoire si le jeu n'a pas été attrayant. Il a cru en nous et nous a fait comprendre que si on se mettait au service de l'équipe, on pourrait réaliser de grandes choses. Au travers de discussions, il m'a permis de voir au-delà de mes qualités de base et d'avoir une vision plus large sur le football. Un an avec lui t'apporte énormément, à tous les niveaux.

Marcelo Bielsa, un entraîneur qui a compté dans la carrière de Mario Lemina.

Marcelo Bielsa, un entraîneur qui a compté dans la carrière de Mario Lemina.AFP

Après ça, vous débarquez à la Juventus...

M.L. : J'étais très excité à l'idée de rejoindre ce club énorme mais je ne me suis pas mis de pression. J'avais envie de me frotter à ces joueurs de classe mondiale, voir si j'avais le niveau pour jouer avec eux. Au début, ça s'est très bien passé. J'ai réalisé de très bonnes performances, j'ai joué beaucoup de matches, en profitant de la blessure d'un cadre, Claudio Marchisio. Je me suis très bien intégré mais forcément, quand il est revenu, j'ai moins joué. C'était totalement normal car c'était un joueur important et plus expérimenté que moi. Néanmoins, à la fin de la première saison, la Juve a levé l'option d'achat et m'a fait confiance.

" C'est moi qui ai demandé à partir (de la Juve)"

Qu'est-ce que ça vous a apporté de jouer dans un tel club ?

M.L. : Comme tout était allé très vite pour moi, j'ai pu combler quelques lacunes, notamment tactiques. Jouer avec de tels joueurs, si expérimentés, tellement au point tactiquement m'a permis de devenir un joueur plus complet. J'ai gagné en concentration. L'exigence est telle à la Juve qu'on ne peut pas perdre le fil pendant un match, on n'a pas le droit. On passait des heures à l'entraînement à travailler, à mettre en place notre jeu, à répéter des exercices.

Pensez-vous que vous auriez pu finir par vous imposer ?

M.L. : C'est difficile de répondre mais ce qui est certain, c'est que les dirigeants et les coaches voulaient absolument que je reste. Ils comptaient sur moi pour le futur. C'est moi qui ai demandé à partir. J'avais besoin de jouer avec plus de continuité. A 24-25 ans, si tu n'as pas fait une saison pleine, en enchaînant les matches, tu risques de prendre du retard. Il a fallu que je prenne mon courage à deux mains, que je demande à quitter ce club extraordinaire pour pouvoir m'aguerrir en tant qu'homme et joueur. Je devais montrer ailleurs que ce que j'étais capable de réaliser sur 20 matches n'était pas le fruit du hasard et que je pouvais le répéter pendant toute une saison. Ne plus être le jeune joueur sur lequel on compte de temps en temps et devenir important dans une équipe.

Mario Lemina avec la Juventus, face à Frosinone - Serie A 2015/2016

Mario Lemina avec la Juventus, face à Frosinone - Serie A 2015/2016AFP

Comment vous êtes-vous retrouvé à Southampton ?

M.L. : Mes proches et moi connaissions bien la réputation de ce club, dont la qualité de jeu est louée en Angleterre. C'était un challenge pour moi. J'ai beaucoup appris, j'ai beaucoup joué et ça m'a aidé dans ma transformation. Malheureusement, cela ne s'est pas très bien passé l'an dernier car on a souffert jusqu'au bout pour nous maintenir.

Cette année est partie pour être aussi compliquée (les Saints occupent la 18e place de Premier League, après 21 journées)...

M.L., après réflexion : Non, je ne pense pas. On a mal commencé mais on est en train de rectifier le tir. On a un nouveau coach qui apporte énormément de rigueur (l'Autrichien Ralph Hasenhüttl a remplacé Mark Hughes début décembre, ndlr). Cela va porter ses fruits et je pense qu'on va se maintenir plus facilement que l'an dernier.

" Comme Southampton ne passe presque jamais à la télé en France..."

Il y a eu quelques couacs pendant la saison comme la déroute face à City (6-1 le 4 novembre) mais il y a eu également de très grosses performances comme ce 2-2 face à United. A titre personnel, vous avez été énorme...

M.L. : J'avais déjà fait des performances de ce niveau avant, mais comme Southampton ne passe presque jamais à la télé en France, peu de gens le savaient ! Là, c'était face à United, dans un grand match, c'était diffusé donc les gens ont pu constater mon vrai niveau. Ce jour-là, j'ai été le joueur que j'ai envie d'être tout le temps. Je retiens avant tout la satisfaction collective. On a montré que même si on n'est que Southampton, on peut être au niveau des meilleurs. Si on est dans un bon jour, aucune équipe nous fait peur...

Parlez-nous de ce Boxing day. En quoi cette période de la saison est-elle si spéciale ?

M.L. : C'est un moment très excitant. Tout le monde attend ça avec impatience ! C'est énorme car on a plus de visibilité, il n'y a que nous qui jouons. Le monde entier regarde car la Premier League est le seul championnat qui ne s'arrête pas. Il y a beaucoup de matches très rapprochés... D'habitude, l'ambiance est déjà top mais là, c'est encore mieux car les gens viennent au stade en famille. C'est grisant comme période !

Mario Lemina et Paul Pogba au duel, lors de Southampton - Manchester United (2-2, 1er décembre 2018)

Mario Lemina et Paul Pogba au duel, lors de Southampton - Manchester United (2-2, 1er décembre 2018)Getty Images

Comment vous définiriez-vous comme joueur ?

M.L. : Je suis un joueur "box-to-box" comme disent les Anglais. J'aime récupérer des ballons, me projeter vers l'avant, participer à la construction du jeu. J'essaie d'apporter à mon équipe mes qualités défensives et offensives.

Malgré vos qualités techniques, vous marquez peu. Est-ce le palier qu'il vous reste à franchir ?

M.L. : Je dois avoir plus de statistiques. Je travaille de plus en plus sur cet aspect de mon jeu. Le nouvel entraîneur me demande de tendre vers cela. Comme je donne beaucoup défensivement, j'ai parfois du mal à arriver dans les 30 derniers mètres avec la lucidité nécessaire. Le coach veut essayer de me libérer de certaines tâches défensives pour que je puisse apporter plus offensivement. Cela prouve qu'il croit en moi et je le prends comme une grande marque de confiance.

" En tant que cadre, je me dois de montrer l'exemple, je ne peux pas avoir une mentalité de gamin ou d'enfant gâté"

Quand on a connu la Juve, on vise forcément plus haut que Southampton ?

M.L. : Pour moi, les choses sont très claires : je veux rester dans ce club, m'y imposer, l'aider à se maintenir et ensuite on verra. Si je dois partir, ça se fera en concertation avec les dirigeants. Au début de ma carrière, je n'avais pas de plan. Je prenais les choses comme elles venaient, j'étais impressionné par tout ce qui m'arrivait, je n'avais pas le temps d'y réfléchir. Aujourd'hui, je suis plus mature et je veux vraiment prendre mon temps.

Votre parcours fait-il de vous un des cadres de l'équipe ?

M.L. : Je le sais, je suis un joueur important ici. Aujourd'hui, mes coéquipiers comptent sur moi car ils savent que je suis passé à la Juventus, que j'y ai joué et ils savent que c'est difficile de réussir là-bas. En tant que cadre, je me dois de montrer l'exemple, je ne peux pas avoir une mentalité de gamin ou d'enfant gâté. Je ne suis pas le genre à parler beaucoup en dehors du terrain, j'essaie d'être un leader par l'exemple. Mes performances et mon envie m'ont permis de gagner le respect de mes coéquipiers.

M.L. : Ce n'est pas bien pour l'image du football de voir encore de telles choses dans des stades. Cela me rend triste et je ne sais pas comment sortir de ça. Faut-il sanctionner les clubs qui sont souvent impuissants ? Je ne sais pas... [il souffle] Pourquoi font-ils ça ? Quand j'étais en Italie, je n'ai jamais vécu de telles atrocités. En Angleterre, le public est plus festif, les gens viennent au stade pour vivre un moment de joie et pour chanter ensemble. En Italie, le football est une religion. Les gens supportent leur équipe, insultent et haïssent les autres. C'est dommage car ce n'est qu'un sport. C'est fait pour s'amuser.

Mario Lemina (Southampton), devant Marouane Fellaini (Manchester United), en septembre 2017.

Mario Lemina (Southampton), devant Marouane Fellaini (Manchester United), en septembre 2017. Getty Images

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